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Couples
binationaux Bernard et Angélino témoignent |
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Propos recueillis par F. Mobihan |
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Ce
qui demain, au hasard d'une rencontre, de la rencontre de votre vie,
pourrait très bien devenir votre quotidien. http://nosybe.free.fr
est l'un des sites de référence du Net lorsqu’on évoque les couples
binationaux et les difficultés que rencontrent ceux-ci pour officialiser
leur existence en France. Bernard
et Nono (diminutif d'Angélino), deux Rennais qui ont vécu ce long
parcours pour la reconnaissance de leur union ont souhaité faire partager
leur expérience au plus grand nombre. C’est
durant l’été 1990, dans un parc à Montpellier, qu’Angélo,
Malgache, alors étudiant en France depuis deux ans et Bernard, Français,
en vacances dans la région, se sont rencontrés. |
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Pour
vous situer, pouvez-vous revenir à l'origine de votre histoire ? Notre
rencontre est à la fois banale et a été un bouleversement de nos vies
à des niveaux qu’on ne pouvait pas deviner à cette époque. Nous avons
très vite décidé de vivre ensemble à Rennes où Angélino a continué
ses études. D’année en année, le renouvellement de sa carte de séjour
“étudiant” devenait de plus en plus difficile, jusqu’à l’Invitation
à Quitter le Territoire (IQT) en 1996 pour raison “études non sérieuses”,
sans aucune considération de notre vie de couple déjà bien établie. Quelles
sont les étapes que vous avez traversées ? Tout
d’abord un choc, via l’IQT, de voir l’administration insensible à
notre situation de couple alors que Bernard servait depuis plusieurs années
de caution pour le renouvellement des cartes de séjour. Toutes nos démarches
étaient refusées : transformation du statut étudiant en salarié, régularisation,
recours gracieux. Malgré les promesses des politiques et des associations
homos près de ceux-ci, la régularisation sous Chevènement en 1997 n’a
aucunement pris en compte nos situations. Il fallait encore attendre la
loi du PaCS qui était en préparation. Face à ce mur et lors d’une
grande manifestation à Paris contre les lois d’immigration, nous avons
rencontré un couple dans notre situation, puis 2, puis 3… très vite
nous est venue l’idée de nous mettre en collectif “des homos sans
papiers” (archives sur http://cshsp.free.fr). Via ce collectif, une
douzaine de dossiers ont été présentés au cabinet du ministre de
l’intérieur qui a procédé à des régularisations à titre
exceptionnel, comme pour nous calmer. Même si la lettre de la préfecture
annonçant la régularisation a été un moment très intense, le compte
n’y était pas ! Les
associations LGBT étaient compatissantes à nos situations, mais qui
mieux que les personnes concernées pouvaient faire réellement bouger la
loi ? Nous avons ainsi co-fondé avec d’autres couples et demandeurs
d’asile l’association ARDHIS (Association pour la Reconnaissance des
Droits des personnes Homosexuelles et transsexuelles à l’Immigration et
au Séjour). Elle existe encore aujourd’hui et est même mentionnée
dans une circulaire du ministère comme un interlocuteur fiable (http://ardhis.free.fr).
Où
en êtes-vous aujourd'hui ? Aujourd’hui
Angélino a la double nationalité malgache-française après une procédure
de 3 ans suite à l’obtention de sa carte de résident (10 ans). On est
donc à l’abri et on peut vous dire que c’est une sacrée expérience
qui a fait le ciment de notre couple.
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Pourquoi
avoir créé votre site Internet ? Notre site Internet nous a permis de récolter des centaines de pétitions lorsqu’on était au bord du gouffre à une époque. Aujourd’hui, on souhaite informer et aider les personnes qui passent par des galères en partageant nos expériences lorsqu’elles nous contactent. En fait, le message principal qu’on souhaite faire passer, est que lorsqu’on se bat on finit souvent par récolter des résultats ! Internet donne un sacré coup de pouce dans ce domaine. |
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Quels
conseils pratiques donneriez-vous a des couples binationaux découvrant
les complications administratives ? Tout
d’abord de garder toutes les preuves lorsqu’on vit une relation à
travers les frontières et ce dès le début. Cela
va des factures téléphoniques détaillées aux photos, courriers, traces
de voyages, etc… De
plus, dès qu’on en a la possibilité, conclure un PaCS. Nous
connaissons malheureusement des couples qui n’ont pas encore pu franchir
cette étape à cause des refus de visa. Après un PaCS, il faut se
“cacher” pendant un an tout en accumulant les preuves de vie commune
afin de déposer une demande pour régulariser la situation. La loi est
ainsi faite : elle oblige à être sans papiers pour en obtenir, cherchez
l’erreur ! On
conseille également de prendre plusieurs avis car personne ne détient
une solution qui marche à tous les coups. Il
est très difficile de connaître le nombre de couples LGBT binationaux.
L’ARDHIS traite plusieurs centaines de dossiers par an, mais d’autres
sont livrés à eux-mêmes. On
peut simplement dire que ce nombre est relativement faible et qu’on ne
demande pas beaucoup. Simplement une égalité de traitement comme l’a
fait tout récemment l’Espagne ou le Canada. La
France ne serait-elle plus le phare de l’égalité en matière des
droits de l’Homme ? Aujourd'hui,
qu'espérez-vous des politiques pour ce qui est des couples binationaux ? En
1999 la loi a inscrit le PaCS comme un élément d’appréciation pour
l’obtention d’une carte de séjour “vie privée et familiale”. Au
fil du temps, et encore aujourd’hui, il faut se battre, dossier par
dossier, pour faire progresser la jurisprudence face à cette maigre avancée
(cf jurisprudence sur http://nosybe.free.fr/juridique). Cela a été le
cas pour Claire & Séna, qui, après plus de 2 ans de procédures, ont
gagné face à la préfète d’Ille-et-Vilaine en allant jusqu’au
Conseil d’Etat. D’un
autre côté, à chaque rumeur d’amélioration du PaCS, on espère que
cela va bouger avec au minimum un alignement avec les couples qui ont le
choix de se marier. La dernière en date, qui devrait intervenir fin 2005,
devrait encore une fois oublier cette simple revendication : égalité !
Pire, on peut craindre des régressions générales dans les lois
d’immigration en France, les personnes LGBT en font souvent doublement
les frais ! Info
/ contact : http://nosybe.free.fr |
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Karim
et Pierre Témoignent Je
suis parti de mon pays, le Maroc, en l’an 2000. Alors que j’étais en
âge de me marier, la pression sociale et professionnelle était de plus
en plus grande. Mon tour était venu et l’on ne comprenait pas pourquoi
je ne répondais pas positivement aux propositions qui m’étaient
faites. Le
risque était grand aussi lors d’une sortie avec des amis d’être arrêté
et d’être accusé par la police d’être homosexuel pour ma plus
grande honte et celle de ma famille. C’était arrivé à un ami. Il était
impossible pour moi de dire à ma famille “je ne veux pas me marier
parce que j’aime les hommes”. Aussi j’ai choisi l’exil, la France,
la Liberté. Je
pensais que ce serait facile de trouver un travail et de vivre mon
homosexualité en toute liberté et dignité. J’ai rencontré mon
compagnon dans le cadre associatif au Centre Gay et Lesbien de Nantes.
Mais il y avait urgence quant à la régularisation de ma situation en
France. J’étais rentré avec un visa de tourisme. Ma première démarche
a été celle de demander le statut de réfugié politique pour des
raisons sociales auprès de l’OFPRA. Tout en reconnaissant la sincérité
de mon témoignage, ma demande a été rejetée. Nous nous sommes pacsés
en juillet 2001. Nous devions être le premier couple mixte à nous présenter
tant cela paraissait compliqué pour le greffe du tribunal. Alors nous
avons entamé de longues démarches auprès de la préfecture. Nous étions
soutenus par les associations (ARDHIS, GASPROM, CLGN), les députés
locaux, les amis et la famille. J’ai fini par être invité à quitter
le territoire. Il a fallu attendre avril 2002 pour obtenir un titre de séjour
vie privée vie familiale. Depuis,
nous devons chaque année nous présenter à la préfecture pour
renouveler mon titre de séjour. En dépit
du fait que le Pacs est toujours en cours on nous demande de signer un
papier attestant de notre vie commune. Nous demandons que ces tracasseries
administratives cessent. Nous demandons à pouvoir bénéficier d’un
titre de séjour de 10 ans dans des délais raisonnables sans être obligé
d’apporter le justificatif d’un contrat professionnel à durée indéterminé. |
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