L’ homophobie réellement   réprimandée ?

Par Cédric Chaory

L’année 2004 aura été indéniablement celle des gays ! Entre nos mariages mort-nés, nos amis battus à mort et nos caricaturaux représentants dans des jeux TV, nous étions sous les feux de la rampe.

Le 21 décembre, dans une relative discrétion, un soap opera nommé HALDE a achevé notre année médiatique.

Retour sur la création de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité.  

Nous sommes en mars 2003, SOS Homophobie publie son rapport annuel, mettant à jour le nombre toujours plus croissant d’actes homophobes, et déjà le gouvernement songe à se pencher sur la question de l’homophobie. Les associations LGBT la réclament à corps et à cris et semblent être entendues lorsque le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, confie à Bernard Stasi, Médiateur de la République, une mission de réflexion sur ce que pourrait être l'autorité de lutte contre les discriminations, promise par Jacques Chirac.

Quatre mois plus tard, Raffarin persiste et signe en promettant de déposer devant le Parlement, en 2004, un projet de loi réprimant toute injure ou toute incitation à la haine homophobe et permettant aux associations homosexuelles de se porter partie civile dans ces affaires.

Cet heureux effet d’annonce ne manquera pas d’inspirer tous les autres partis politiques qui tour à tour déposeront leur proposition de loi, systématiquement rejetée par le gouvernement, seul maître à bord. Il faudra attendre le 14 février de l’année suivante pour que le rapport Stasi arrive sur le bureau du Premier Ministre. Un début d’année plutôt encourageant pour la communauté gay puisque le Ministre en question ne manque pas, lors de ses vœux à la presse, de déclarer que 2004 doit être l'année “de la lutte contre les discriminations”. La création de la Haute Autorité semble n’être qu’une question de semaines.

Du coup des verrous sautent : la FSU (Fédération Syndicale Unitaire) s'engage à soutenir les salariés victimes d'homophobie, réclame une loi contre les propos homophobes et une “éducation à la diversité” ou encore la “Loi Perben II” vise à lutter contre la criminalité et étend la circonstance aggravante d'homophobie aux cas de menaces, de vol et d'extorsion.

Mais des trouble-fêtes viendront briser cet élan, toujours les mêmes d’ailleurs : quelques UMP rétrogrades, de fervents de l’Eglise catholique et les syndicats de la presse qui crient à la mort de la liberté d’expression  face  à  ce “projet de loi liberticide”.

A l’heure du politiquement correct où il ne faut en aucun cas insulter un arabe, juif, noir, handicapé voire, et dans une moindre mesure, une femme, la presse espère bien continuer à casser du PD dans ses pages… en toute impunité.

A la veille de la Gay Pride, histoire de calmer les esprits échauffés, Monsieur Raffarin reçoit les principales associations LGBT pour les rassurer…

 

Une semaine après la parade parisienne, coup de théâtre : Jean-François Copé, alors porte-parole du gouvernement, annonce, la mine grave, que le projet de HALDE ne sera discuté à l’Assemblée qu’à l’automne.

Le triste sort de Sébastien Nouchet aura ému les politiques français, le temps de déclarations pleines de pathos aux journalistes, certes, mais pas question de passer l’été à régler la question de l’homophobie !

 

Dès les premiers frimas de l’automne, les négociations reprennent, tout comme la valse des auditions entre les associations LGBT et le Sénat. Sur fond de discorde, vu que le Sénat refuse de pénaliser les insultes à l’encontre des transgenres.

Un nouveau trouble-fête entre alors dans le    bal : La CNCDH.

La commission nationale consultative des Droits de l’Homme voit tout simplement dans ce projet une atteinte “au respect des droits de la presse et de l’opinion.”  Le gouvernement devra alors composer… à notre désavantage.

La HALDE est officiellement née dans la nuit du 21 décembre dernier après le vote conforme des sénateurs, et après un ultime autre coup de canif dans le texte initial.

Après le rejet de la question transgenre, le délai de prescription réduit à 3 mois (au lieu d’un an), le député UMP Jean-Paul Garraud  fait adopter un amendement limitant aux seules associations reconnues d’utilité publique la possibilité de se porter partie civile dans les procès. A ce jour aucune association LGBT n’est reconnue d’utilité publique !

  

Au final à quoi peut  bien servir cette Haute Autorité ?

Concrètement sa mission est triple : dynamiser la lutte contre les discriminations en incitant à la mise en œuvre d’initiatives, fournir toute assistance aux victimes de discriminations et tenter d’aboutir à une conciliation et coordonner un travail de recherche sur les phénomènes discriminatoires.

Soit, mais à ce jour Monsieur Christian Vanneste peut encore insulter des millions de gays et lesbiennes français en expliquant aux médias que “le comportement homosexuel est une menace pour la survie de l'humanité”.

L’actuel gouvernement et le président de L’UMP ne s’en émeuvent pas.

Qu’en pense alors la HALDE ?                  

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