Arielle Dombasle

So chic, So glam !

Par Cédric Chaory

Enorme, Glamour à mort est énorme. De talent, de sensualité, de beauté, d’insolence et de sons bien sentis. S’il est un album qui se doit de tourner en boucle sur votre Ipod, c’est bien celui-là. Pour LOM Arielle Dombasle nous en dit plus sur ce nouvel opus et convoque Madonna, Saint Sébastien et Mishima pour l’occasion. Glamour et Friendly… à mort !

 

Hyperféministe le nouveau rôle que vous endossez avec Glamour à Mort, traversé par l’ombre de Sœur Juana Inés de la Cruz. D’où vous est venue cette idée de superhéroïne ?

Tout est parti de discussions informelles avec Philippe Katerine, puis Gonzales l’arrangeur de l’album. Nous avons eu de longues conversations autour de la peinture, de l’esthétique. En fait nous avons cherché à définir ce que pourrait être l’icône moderne. J’ai toujours aimé ces images pieuses, j’ai également une réelle fascination pour cette carmélite et poétesse mexicaine qui a insufflé un vent révolutionnaire au XVIIe siècle. Je me suis demandée qui aujourd’hui pourrait incarner cette Sainte moderne. Nous en sommes venus à la conclusion que les superwomen des comic-strips possèdent ce pouvoir de transcendance, cette aura. On avait trouvé là le fil conducteur de Glamour à mort.

 

Pas un mois ne se passe sans que l’on parle de vous. Hyperféministe et hyperactive donc ?

J’aime mon travail mais ne provoque jamais les choses. Dans mon jardin secret, j’ai tout un tas de projets en gestation, en suspens, en latence. Il y a beaucoup d’underground dans ce que j’ai pu ou peux faire. Les médias ne parlent pas de tout et c’est sans doute mieux ainsi. Bien souvent ils se focalisent sur ce qui émerge à la surface. Le plus clinquant aussi.

Vous prenez un malin plaisir à emmener le public là où il ne vous attend jamais : du personnage de l’Ange Bleu au Crazy Horse, des ritournelles fifties à l’electro-pop de Katerine. D’où vous vient ce côté caméléon ?

Je suis avant tout une actrice. J’aime donc me promener dans des univers hétérogènes. D’autre part je suis très intuitive, me laisse porter par la passion. Rien ne sera jamais calculé ou pensé en amont, mais tout sera toujours bouillonnant de spontanéité. J’ai toujours privilégié la gaieté de la vie, ses imprévus. Il faut réfléchir à tout ce que le monde peut nous proposer, toutes ses fulgurances et en jouer. Et surtout ne suivre aucun chemin tracé.

 

Cet éclectisme caractérise votre carrière musicale. Face au triomphe de vos deux anciens albums ne vous a-t-on pas imposé un « C’est si bon 2 » ou « Amor amor, la suite » ?

Bien sûr, comme tous les artistes qui rencontrent un jour un joli succès. Certains acceptent ce jeu mais très sincèrement quel est l’intérêt de refaire ce que j’ai déjà fait ? Je ne souhaite en aucun cas refaire éternellement mes grands succès. Regardez une artiste comme Madonna et son idée du Re-Invention. Elle n’a eu de cesse d’endosser de nouveaux univers et personnages. Réinventer sa vie, n’est-ce pas ce qu’il y a de plus merveilleux ?

 

Comment expliquez-vous cet énorme capital sympathie dont vous jouissez en France ? Tout ce que vous touchez devient or !

Relativisons. J’ai rencontré de beaux succès publics ces vingt dernières années mais n’oublions pas toutes ces œuvres qui n’ont pas rencontré leur contemporain. Je pense aux films de Raoul Ruiz, Alain Robbe-Grillet et tant d’autres. Ce sont des œuvres fortes qui peuvent trancher avec Glamour à mort, très pop-electro et exubérant. Je peux comprendre que certains trouvent déroutants ces grands écarts, mais où est le problème à partir du moment où tous ces projets ont été menés en accord avec soi-même ? La vie n’est ni linéaire, ni lisse. L’art également. Quant à mon capital sympathie : je ne suis pas misanthrope et loin d’être dans ma tour d’ivoire. Je vais spontanément vers les gens et ils me le rendent plutôt bien.

 

L’album, patchwork musical, est parfait pour un show démesuré. Farmer et Madonna n’ont qu’à bien se tenir ?

Absolument. La tournée que nous préparons avec les musiciens de Katerine - de jeunes hommes beaux comme des coeurs - ira dans ce sens. Faire le show ne m’a jamais effrayée, donc j’y travaille. Nous ferons très certainement quelques dates et shows case avant le vrai lancement de la tournée en octobre probablement. Mais je ne peux vous en dire plus.

 

L’album est très coquin. Après l’érotisme du Crazy et le porno chic que vous avez co-réalisé (Le bijou indiscret) vous chantez là de textes hot (A la Néandertal, Saint Sébastien…). Glamour oui, provocante aussi !

Non je crois plutôt à l’intensité de l’amour. Qu'elle soit hétéro ou homo d’ailleurs. L’attraction des corps est la chose la plus miraculeuse de la terre, ne trouvez-vous pas ? Au final s’il on regarde bien ma carrière, elle est une véritable ode à l’amour. Il y a des artistes pour qui cette thématique est accessoire, pour moi elle est le cœur de ma réflexion : célébrer l’amour.

 

Saint Sébastien est très présent dans la culture gay. Votre chanson est-elle un clin d’œil à vos fans LGBT ?

Vous savez, je suis depuis toujours sur la même fréquence que les gays. Nous partageons les mêmes univers depuis bien des années. Maintenant Saint Sébastien a de tout temps fasciné les hommes et les artistes. Songez aux sublimes peintures du Quattrocento italien, ou plus proche de nous aux écrits saisissants de Mishima ou Yourcenar que j’ai lus avec attention. Saint Sébastien synthétise en lui la douleur et la volupté. Il est emblématique, traversé par des paradoxes qui m’émeuvent. Ce subtil mélange de féminité et de virilité est de toute beauté, vous ne trouvez pas ?

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