Le Billet d’humeur de Jonathan Denis
Mai / Juin 2009
 

Notre parole doit être plus forte que leur bruit de fond !

Faudrait-il croire que la thématique de l’homosexualité est lancée à plein régime dans le monde comme un signe profond d’ouverture vers un avenir où la lutte contre les discriminations serait inscrite en lettres dorées sur le fronton de la planète ?

Jour après jour, de nouvelles avancées pointent le bout de leur nez à la grande déception des plus conservateurs. Pourtant, rassurez-vous, ces derniers ne sont pas en reste grâce aux traditionnels dérapages du Pape et aux luttes acharnées contre toutes les modifications de lois profitables aux homosexuels.

En France comme ailleurs, nous ne dérogeons pas à la règle avec le lot de discours encourageants et la virulence des “anti” toujours prêts à dégainer quand une étape semble franchie. C’est ainsi que de nos mains se sont fait entendre des “clap clap” quand une ministre audacieuse de la Famille a mis sur table le projet du statut de beau-parent, promesse électorale du candidat Sarkozy. Mais trop de chamboulements dans la vie politique, ça entraîne inexorablement le retour de la morale incarnée par les traditionalistes en tout genre et avouons qu’en France nous sommes vernis quand il s’agit de les voir venir… et manque de bol pour la majorité politique actuelle, la plupart vient de son camp.

Boutin, Vanneste et autre Nesme ont donc décidé de faire circuler les petits papiers pour arrêter ce semblant d’avancée sociale. Acte réussi puisque la promesse est remise aux calanques grecques et que la pauvre Nadine Morano a été croquée d’un coup sec par ses adversaires, Bible à la main.

Heureusement, un geste encore plus grand que celui de Morano a été dessiné par la France, soutenu sur ce coup par le président américain en personne. Mais hélas, cette nouvelle avancée ne venant pas d’une opposition désireuse d’avoir la main mise sur les questions sociales, le sujet est passé sous un relatif silence. Pourtant, à l’occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie le 17 mai, il serait de bon ton de se rappeler que la France, en la personne de sa secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, a porté haut et fort à l’ONU une voix pour demander la dépénalisation universelle de l’homosexualité. Soixante-six pays ont alors ratifié cette déclaration unique en son genre et prometteuse pour l’avenir… “Clap clap” encore une fois sauf que cela ne fait qu’un tiers des Etats membres de l’ONU, le camp d’en face se fédérant autour d’une contre-déclaration signée par cinquante-sept pays et reconnaissant que “dépénaliser l’homosexualité pourrait aboutir à légitimer des actes déplorables tels que l’inceste, la pédophilie ou la zoophilie”. Nos amis les intégristes de tous bords étaient de retour pour un nouveau tour de piste.

Nous sommes en 2009 et vous ne rêvez pas. Alors que certains d’entre vous s’apprêteront à descendre dans les rues pour participer aux estivales Marches des Fiertés LGBT, nous devrons avoir conscience qu’au-delà de nos beaux discours, qu’après nos ravissants engagements citoyens, qu’à la suite de notre actif militantisme, restent sur la paille des millions de nos frères et sœurs avides de la même réussite que la nôtre. C’est en combattant sans relâche nos “anti” sur leur propre terrain de jeu que nous pourrons réellement faire changer le cours de nos lendemains.

Sans sourire de nos timides avancées ou tentatives locales, gardons en mémoire entre le bruit de nos pas caressant le bitume, la douleur d’autres homos n’ayant pas le bonheur de pouvoir scander notre révolte. A la fin, nous nous souviendrons non pas des mots de nos ennemis, mais des silences de nos amis. Il sera alors trop tard pour nous expliquer.

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