Le Billet d’humeur de Jonathan Denis
Mai / Juin 2007

Et que chacun se mette à chanter

Quand j’étais petit garçon, je repassais mes leçons… en chantant. Si Sardou me prête si bien ses mots, c’est que la musique occupe une place particulière dans ma vie comme dans celle de beaucoup d’autres. Je suis un amoureux des mots, un fanatique des textes, un homme ébloui par le charme inégalable des phrases des plus grands auteurs.

En musique, on retrouve cela aussi. Des bribes envoûtantes, des syntaxes réjouissantes, des rimes affolantes… Rien ne traduit mieux le genre humain que la lecture des mots.

La musique a su évoluer au fil des temps - nous autres homos étant les premiers à importer de nouveaux styles, passant allégrement d’un son jazzy à des rythmes déambulatoires de techno. Et puis vint le rap… Du Baudelaire ou du Hugo des temps modernes sur un tempo cousu de fil blanc.

Le rap et ses déviances, le rap et ses insolences, le rap et son trop plein d’idées préconçues, savamment orchestré par des gourous imbéciles, par des cons habillés de chaînes de supermarchés et entourés de filles toutes sorties d’une partouze hongroise. Ce rap dont on ne sait même plus le sens mais qui déchaîne encore les passions quand il faut savoir aller plus loin encore dans la provocation.

Depuis quelques années, les keufs sont rangés au vestiaire pour laisser la place belle aux tantouzes de Prisunic que nous sommes. Frapper du pédé, il n’y a que ça de vrai ! Alors, on se lâche comme dans un mauvais gang-bang pour faire figuration dans un monde musical qui repousse toujours plus loin ses limites de néonazisme et d’intolérance rédhibitoire.

Ce milieu macho mousse sous l’effet d’une brûlure de tarlouze en appelant à la haine, au racisme, à l’ébranlement des valeurs d’un monde où nous sommes plus de six milliards.

Je ne fais pas mon vieux con comme certains pourraient le penser. Je sais vivre avec mon temps… mais jamais le temps ne me permet de mettre en sourdine des convictions profondes, des racines historiques, des idées d’ordre juste.

Nous avons su rire de nous, nous le faisons encore, nous avons su encaisser les brimades, les insultes et les quolibets. Mais nous n’acceptons plus l’appel à l’ordre pour éradiquer notre sale race du sol terrestre. Plusieurs chanteurs ont dû annuler leurs concerts pour ne pas se froisser avec les associations homosexuelles, pour ne pas étaler sur une tartine de connerie leur homophobie latente.

Cela peut paraître toujours trop, toujours aussi grand dans nos idées de lobby… mais avec l’expérience, avec la saveur de la vie, avec la volonté de toujours se battre pour être accepté tel que je suis, il y a une chose dont je suis sûr : le poids de mots est le plus important.

Quand on appelle à la haine, même dans la manière la plus artistique qui soit, il faut savoir prendre ses responsabilités et comprendre qu’un mot n’est que le commencement d’un geste fatal.

A tous ceux qui peuvent se sentir visés, à tous ceux qui me prennent pour un réactionnaire à la noix, à tous ceux qui pensent que le petit pédé fend trop souvent son armure pour prêcher la bonne parole, je n’ai qu’une chose à répondre : dans nos refoulements, nous avons tout en commun, dans nos peurs de l’autre, nous pouvons nous comprendre… Dans notre fierté d’assumer nos difficultés, nous sommes aussi unis.

Aux amateurs de lutte de vieilles folles, je n’ai pas honte d’être un homo comme ils disent…

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