LES LIVRES
Sélection
Mars / Avril 2009

 

La chronique de Pierre Salducci - Rédacteur en chef de la-reference.info - salducci@la-reference.info

 

Bruno Bisaro, un auteur gay affirmé et revendiqué.

Né en 1974 et révélé par l’éditrice et poète Geneviève Pastre, Bruno Bisaro publie son premier livre en 2005 sous le titre L’intrépide Bruno Bisaro, et connaît d’emblée un succès d’estime. Il s’agit d’un recueil poétique écrit entre 1986 et 2003. L’auteur, qui est aussi chanteur et comédien, n’hésite pas à monter sur scène pour interpréter lui-même ses textes et établir avec son public un rapport direct et plus humain. Une démarche qui n’est pas sans rappeler celle de Mme H, mais dans un registre plus poétique et non satirique. C’est d’ailleurs à la poésie qu’il continue de se consacrer puisqu’il vient d’adapter pour la scène le poème de Geneviève Pastre Octavie ou la deuxième mort du Minotaure sous le titre Arthur Rimbaud ne s’était pas trompé(e), un spectacle qui a été présenté en compétition officielle lors du festival parisien du théâtre gay et lesbien 2008.

En avril 2007, Bruno Bisaro fonde les Productions Bruno Bisaro pour soutenir sa démarche artistique et philosophique. L’année suivante, il lance sa propre maison d’édition, les éditions Bruitage, dont la première mission est d’accueillir la collection « Les autoportraits en auteur dramatique » qui regroupe l’intégralité de l’œuvre théâtrale de Bruno Bisaro (plus de onze titres à paraître d’ici juin 2010). Les trois premiers titres viennent tout juste de paraître : Le Fruit de nos Entrailles (1998), La Norme Hypocrite (1996-2006), Le Langage de la Réalité / Tant de jours qui suivront… (2004-2005).

Bruno Bisaro revendique le titre d’auteur gay, pas seulement parce que l’homosexualité est le thème récurrent de son œuvre ni parce que les situations littéraires et dramatiques mettent en scène ou impliquent des personnages homosexuels, mais avant tout parce qu’il considère le mouvement gay et lesbien comme l’un des mouvements artistiques, culturels, politiques les plus marquants de notre histoire contemporaine. Bruno Bisaro commence à écrire pour le théâtre et à monter sur les planches précisément au moment où son désir d’émancipation et d’affirmation est en train de triompher en lui et autour de lui. En 2005, il donne d’ailleurs une lecture de Tant de jours qui suivront au centre gay et lesbien de Paris, à l’occasion du Printemps des poètes dans son édition consacrée aux « Passeurs de mémoire ». Dans ce texte, il écrit que « la littérature gay n’a rien à attendre de la littérature générale ».

 

Ambitieux, indépendant et pluridisciplinaire, Bruno Bisaro fait indéniablement partie des nouveaux auteurs gay à surveiller et à découvrir. On peut en apprendre plus sur sa démarche en visitant son site Internet :  www.brunobisaro.com

- L'intrépide Bruno Bisaro, poésies, éditions Geneviève Pastre, 2005.- Le fruit de nos entrailles, théâtre, éditions Bruitage, 2009.

- La norme hypocrite, théâtre, éditions Bruitage, 2009.

- Le langage de la réalité / Tant de jours qui suivront, théâtre, éditions Bruitage, 2009. 

Mauvais genre - Axel Léotard

“On ne devient pas transsexuel, on naît transsexuel”       C’est l’histoire d’une femme qui ne s’est jamais reconnue dans le sexe féminin que lui avait attribué sa naissance. C’est l’histoire de l’homme qu’elle deviendra, d’une longue gestation et d’une auto-naissance dans une société qui laisse peu de place aux différences. C’est l’histoire de Gabriel, de son parcours du combattant pour convaincre institutions, corps médical – psychiatrie en tête – de sa volonté de devenir un homme.

Cet écrit qui oscille entre le récit et roman d’apprentissage nous fait connaître et découvrir un univers souvent mis en lumière par les médias, mais rarement expliqué, celui des transgenres, ces hommes et ces femmes qui ne se reconnaissent pas dans leur sexe de naissance. Si l’on est plus familiarisé par les hommes qui veulent devenir femme, on connaît beaucoup moins les femmes qui veulent devenir homme. La société n’est pas prête à accepter les transgenres et il faut une force et un courage incroyable pour surmonter tous les obstacles qui se dressent sur leur route. C’est ce combat que nous raconte Axel, son regard sur ce corps de femme qu’elle choisit de quitter, les métamorphoses liées à la prise de testostérone, le regard des autres, incrédule ou compréhensif et cette entraide propre à la communauté transsexuelle.

168 pages - 16 € - www.hugoetcie.fr

Homo-Cassand 2 - Série Black - Philippe Cassand

Fervent adepte des « petits comprimés aux couleurs pastel », Thierry Romain est de son propre aveu un être vil et veule. Pour autant, comment ne pas compatir à son désarroi quand il ne sait même plus si c’est bien lui qui a assassiné son amant et la femme de celui-ci.

En attendant de répondre à cette question, Thierry décide de se mettre au vert et de filer en Afrique rejoindre un de ses ex, installé au Congo. Mais quand la poisse se met de la partie, il n’est pas si facile de lui échapper, et Thierry débarque au beau milieu d’un jeu de massacre dont il devient le principal suspect. Dans un village coupé du monde par une tempête, il lui faut d’urgence mener son enquête pour découvrir qui décime méthodiquement la population locale. Pas si simple quand on ignore si l’on est la prochaine victime ou le meurtrier…

192 pages - 7 € - www.editionsgaiesetlesbiennes.eu

Transsibérienne - Christophe Marcq

Furieuse, une femme arrive avec sa lourde valise sur le quai d’une gare désertée du Transsibérien. Pourquoi est-elle descendue du train ? Qui est-elle vraiment ? Elle qui se dit chinoise, est-elle seulement une femme ? Pourquoi ces inscriptions en hébreu dans cette gare perdue au fin fond de la Sibérie ? Cette femme est drôle, séductrice, volubile, imaginative, exaspérante d’infantilisme. Certains la diront mythomane et folle à lier, d’autres comprendront qu’elle est d’une liberté totale avec son corps, sa vie, le monde. Son humour est une arme et un masque. Alors que la gare livre ses secrets et que les fantômes du passé ressurgissent, cette femme vacille et son masque se brise. Quand mettra-t-elle fin à cette comédie pour nous révéler enfin son drame ?

64 pages - 9,80 € - www.ho-editions.com

Dolko IV Le dernier combat - Jean-Paul Tapie

Devenir roi ne suffit pas : encore faut-il le rester ! Et pour cela, il faut avoir une soif de pouvoir irrépressible. Seulement, Dolko est davantage préoccupé par d’autres désirs, plus sensuels. Shéhérapsouth, reine déchue et femme bafouée, entre en guerre contre son turbulent et volage époux. La fortune des armes, dans un premier temps, sourit à Dolko. Mais la victoire est frivole. Elle ne se donne qu’à celui qui la veut avec acharnement. Que veut Dolko ? Le sait-il lui-même ? Devenu tout-puissant, il commence à se perdre dans les méandres de sa sensualité. Il se laisse lentement absorber par la débauche. Mais le sort veille. La couronne, en chutant de sa tête, réveille sa conscience. Certes, il est emprisonné, mais mieux que les prisons, Dolko sait forcer les geôliers et les convaincre de lui ouvrir la porte. Après les errances du trône, Dolko va connaître les chemins de l’exil. Il ne les parcourra pas seul. Et puis, il lui reste toujours deux quêtes à accomplir : retrouver ce fils qui lui échappe toujours et remettre la main sur Quintilius, son vieil amour… Pour Dolko, l’heure du dernier combat a sonné !

576 pages - 23 € - www.ho-editions.com

En voyage avec mon ami mort - Mathias de Breyne

Il y a des voyages qu’on préférerait ne pas faire. Des voyages dont on se dit qu’ils ne valent pas la peine d’être vécus, car on croit en connaître tous les recoins, toutes les fins et les peines. Pourtant, même si on aurait voulu éviter ce long voyage-là, celui d’un ami parti trop tôt, on réalise qu’il s’agit d’un des plus beaux voyages de la vie ; ce voyage incessant, ce voyage de l’accompagnement et non de l’éloignement que l’on vivra avec l’ami parti non pas pour toujours, mais avant nous. Deux choix se présentent alors : laisser l’ami voguer seul, à tout jamais, ou voguer avec lui - comme avant -, et passer, ensemble, d’un monde à l’autre, les deux n’étant désormais qu’un.

Avec En voyage avec mon ami mort, Mathias de Breyne, géographe des sentiments, nous offre une ode bouleversante à l’amitié et à l’errance, convaincu que la mémoire est une longue rue paisible qui mène à un petit pont en bois.

128 pages - 12 € - www.ho-editions.com 

Calomnie - Christophe Bridou

En l’espace d’une journée, la vie d’un homme peut basculer. Le lundi 11 septembre 2001, Christophe Bridou, chef de la police municipale de Garges-lès-Gonesse, est convoqué par le sénateur-maire Nelly Olin. On lui demande de but en blanc s’il est homosexuel, on l’accuse de détournement de biens publics. Très vite, il est même soupçonné de pédophilie.

Le monde s’effondre autour de ce jeune père de famille, il voit ses collègues le lâcher, sa femme le quitter, il est destitué de ses fonctions. Une terrible descente aux enfers commence alors. Elle va durer six longues années. Rien ne sera épargné au policier. Il connaîtra l’humiliation de la garde à vue, la violence des perquisitions, l’internement psychiatrique, la rue.

« Accuser quelqu’un d’actes de pédophilie c’est comme lâcher une bombe. Cela est devenu une arme. »

Comment Christophe Bridou a-t-il réussi à déjouer ce piège infernal ? Il nous le raconte avec beaucoup de souffle et d’émotion dans un récit captivant.

192 pages - 17 € - www.hachette-litteratures.com

La sélection LOM N°93          Retour sommaire