LE FORUM DES LECTEURS

Le milieu gay laisse-t-il une place aux handicapés ?
Accueil, accessibilité des établissements, rencontres, regard des autres...

 

En tant que syndicaliste, membre d'un CHSCT(comité hygiène conditions de travail) et gay, je suis confronté tous les jours au problème du handicap en milieu professionnel.

Mais en ce qui concerne le milieu gay, c'est pire ! Pas d'accès aménagé pour nos concitoyens, qu'il s'agisse d'un léger ou fort handicap.

Je ne parle pas des nights clubs en priotité; ne serait ce que les bars: pas de rampe d'accès, de plan incliné, l'intérieur minimaliste et restreint ne permet pas de mettre en place des sièges pour les personnes à mobilité restreinte ou à station debout pénible.

En ce qui concerne les autres établissements du style des saunas, lieu de "détente" ou de débauche, il ne faut pas être handicapé; l'accès est mission impossible !

Le milieu gay est élitiste, narcissique: alors il est préférable de laisser son handicap chez soi !!

Belle preuve de solidarité ou d'ouverture d'esprit en cette année du Handicap !!

On verra fin 2005 lors du bilan national; nous avons, nous gays beaucoup d'efforts à fournir et allons devoir nettoyer devant notre porte.

A bon entendeur: un gay handicapé n'est pas un pestiféré. Bruno

 

Si quelques établissements se donnent la peine de faire des efforts (peu tout de même), le plus difficile à vivre, en tant qu’handicapé est le regard des autres : regard d’indifférence, de mépris.

J’ai même une fois entendu quelqu’un qui disait en pensant que je n’entendais pas “mais que fait-il ici, à sa place je resterai chez-moi”.

Comme si nous, les handicapés, nous ne pouvions pas sortir, aller boire un verre, rencontrer des gens. Fort heureusement, la vie, qui ne nous a pas fait de cadeau, nous a rendus plus forts, mais entendre ce genre de discours, nous affecte profondément.

Il reste beaucoup d’efforts à faire pour qu’un jour enfin, nous puissions, tout comme les autres, sortir et nous amuser sans craindre le regard des autres. François.

 

Je ne suis pas handicapé mais j’ai eu un accident grave et il y a quelques années mon ami a perdu la mobilité de ses membres inférieurs, depuis il vit dans un fauteuil.

Je vis donc au quotidien les difficultés qu’il rencontre, transports en commun pas toujours adaptés, des trottoirs durs à affronter et je ne parle pas de l'accès aux services administratifs, dont certains bureaux se trouvent à l’étage sans ascenseur. Alors pour ce qui est des établissements gay, l'accès n’est pas plus délicat qu'ailleurs, nous y avons un accueil très agréable, souvent les gens sont plus attentionnés. Alors que dire de plus ? Henri

 

Dans ce milieu, on est nombreux à être handicapé par rapport aux autres. Je comprends ce que peut ressentir un gay handicapé physique ou mental face à des hommes au physique soigné (trop parfois) en totale dévotion à leur beauté, grands, minces, les yeux bleus, ceux que tout le monde regarde comme une tarte qui fait envie (désolé pour la métaphore, faut bien que je me défoule un peu).

Je n’ai pas ce physique de mannequin et les regards sont plutôt caustiques à mon égard, alors je peux mesurer la souffrance que les handicapés peuvent ressentir. Mais attention, personne n’est à l’abri... A méditer. Joël.

 

Une grave maladie m’a en partie paralysé il y a quelques années. J’arrive à marcher avec des béquilles, mais vous comprendrez que je ne peux pas rester debout trop longtemps.

Je ne vais pas dans les bars et discothèques gay, je n’ai rien à y faire malgré mon jeune âge (21 ans), car je ne vois pas bien qui voudrait bien de moi. Ce qui ne m'empêche pas de faire des rencontres, grâce aux annonces dans les magazines, mais celles-ci ne durent pas.

Je n’en veux à personne, car je comprends qu’Il faudrait une sacrée force de caractère pour accompagner un handicapé tous les jours. Une vie qui se limite où tout devient extrêmement compliqué. Cyril

 

Le milieu homosexuel est rarement aménagé pour les personnes handicapés. Que penser des mecs qui en plus vous font bien ressentir que vous n'êtes pas à votre place dans un établissement. On vous regarde comme si vous étiez E.T. en personne. Je pense que les personnes nous voient comme un miroir et dans ce milieu où l'aspect physique compte énormément, que peuvent-ils penser d'une
personne avec un physique " cassé". Depuis 10 ans je sors dans le milieu et je pense que les mentalités changent à partir du moment où ils s'habituent à vous voir. Aujourd'hui je m'occupe d'une association regroupant les personnes handicapées homosexuelles. C'est une association qui est née à cause de ces problèmes que l'on rencontre à cause de notre état physique et de l'inaccessibilité des établissements. C'est l'AGLH (Association Gay Lesbienne Handicap), elle est ouverte à tous même les hétéros et les valides. Nous avons tous besoin les uns des autres pour notre intégration.
Heureusement ils ne pensent pas tous ça. J'ai eu une petite histoire d'un an et demie avec un mec mais hélas pour moi , il était marié. Nos relations sexuelles restent les mêmes que deux valides. Et je n'étais pas forcément passif. L'idée de certains mecs c'est qu'en étant handicapé on est obligatoirement passif. Il faut arrêter avec les clichés qui sont révolus. On est pas tous pareils et loin
d'être des éphèbes selon Gauthier ou Kenzo.... 

 

Je dois en effet confirmer que le milieu homo est assez superficiel pour l'essentiel, mais, en ce qui concerne le handicap, j'ai plutôt des réactions  bienveillantes.

Il faut dire que je suis handicapé, je suis amputé des 2 jambes. Habillé, cela ne se voit quasiment pas vu que j'ai une paire de prothèses, juste une  légère imperfection de la démarche sans aller jusqu’au boîtement; mais nu, évidemment ça se voit comme le nez au milieu de la figure.

Au début, lorsque je me suis "lancé" dans le milieu homo, je fréquentais surtout les réseaux  téléphoniques, et honnêtement, je préférais prévenir à l'avance mes  partenaires potentiels. C'est vrai que 9 fois sur 10 j'essuyais un refus.  Après, me rendant compte que la plupart du temps coucher avec un mec dans une voiture n'impliquait pas nécessairement de se mettre complètement à poil, je ne disais plus rien et je gardais mon pantalon que je baissais à mi-cuisses. Pour une pipe ça suffisait et pour plus, étant actif, mon partenaire n'y voyait que du feu.

Et puis, las des plans en voiture, je me suis résolu à sortir dans des cruisings ou faire des rencontres grâce à Internet. Là encore, ma politique est de ne rien dire avant que les choses sérieuses ne commencent, mais maintenant, lorsque je reçois ou que je m'isole avec un mec, je préviens de l'anomalie au moment où l'on dépasse les simples caresses. Curieusement, 9  fois sur 10, les mecs sont ok pour continuer, et le plus souvent, d’accord pour un autre rendez-vous.

J'arrive à compenser ce problème physique par d'autres atouts. D'abord, concernant le reste du physique, je suis plutôt pas mal, j'entretiens mon corps en faisant du sport et en faisant attention à mon alimentation. Ensuite, quand je drague, il y a aussi ce qu'il y a dans la tête. Je sélectionne plus les mecs pour  leur intelligence que pour leur physique (même si parfois les 2 vont ensembles) et je pense que le charme que je peux dégager par ailleurs (gentillesse, douceur, ..) peut compenser ce handicap.

Voilà mon témoignage. Je suis conscient que ma situation est bien différente de celui qui peut présenter un handicap plus visible que le mien, mais globalement, je n'ai pas à me plaindre.

 

Le milieu gay, qui voue un véritable culte au corps, n'est pas réputé pour être vraiment accueillant avec les homos non formatés. Les relations qui se nouent dans les boîtes, bars et autres lieux d'échanges en tous genres sont essentiellement basées sur le paraître… Peut-on vraiment imaginer alors que les regards ne sont pas encore plus pesants lorsqu'on est homo et handicapé ?

Les témoignages d'hommes gay qui souffrent d'un handicap témoignent de cette réalité : le corps et le jeunisme sont les atouts indispensables pour être intégré, donc bonjour la discrimination ! 

Ils ont cependant un corps et envie d'être aimé et d'aimer. Et ce n'est pas de la pitié et de la commisération qu'ils veulent lire dans le regard de l'autre, mais de l'amour. 

Parce qu'ils sont différents, les handicapés méritent-ils notre indifférence ? 

Il y a une vraie réflexion à faire sur ce sujet encore tabou afin de mieux prendre conscience de certaines réalités. Une remise en cause pour intégrer une minorité dans une autre minorité.

Nous nous estimons souvent incompris, ne bénéficiant pas des mêmes droits que les autres mais ne sommes-nous pas dans nos comportements quotidiens des handicapés émotionnellement ?

En ce qui concerne les lieux de rencontres gay, on peut souvent constater que la rentabilité est le mot d'ordre (à défaut de la convivialité). Il y a donc beaucoup à faire au niveau de l'amélioration des facilités d'accès.

En effet, je fréquente des établissements de cruising et j'affirme qu'ils ne sont absolument pas adaptés aux handicapés. Couloirs souvent très sombres (quand il y a de la lumière), petites cabines ou l'on peut à peine s'ébattre à deux, escaliers sans rampe d'accès…

Les bars eux sont noirs de monde donc le client lambda se retrouve souvent debout, parfois à l'extérieur du bar (sur un trottoir… pratique donc pour celui qui arrive en chaise roulante !) 

Je pense donc que rien n'est fait à ce jour au sein de la communauté gay (si ce n'est dans quelques associations) pour favoriser l'accueil des personnes handicapées. Il semble donc qu'une prise de conscience soit nécessaire pour faire avancer les choses de manière sérieuse  et concrète.

Ceci dit, il faut bien admettre qu'en ce qui concerne l'accueil des handicapés et les accès, la réalité à laquelle ils sont confrontés au quotidien dans le milieu hétéro ne semble pas bien plus réjouissante…