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Tout est dit. Pensé et soupesé. Cette rentrée ne sera pas comme
les autres puisque j'ai décidé de prendre les choses en main. Et
je ne suis pas le seul. Que d'histoires autour de moi sur ces
belles résolutions de la rentrée… Que de projets en germes pour
les mois à venir… L'air du temps médiatique d'ailleurs nous y
invite : ainsi chacun de statuer sur les mesures phares de son
"paquet moral" de bonnes intentions, à faire fructifier pour de
bon, sans savoir toutefois si tant d'investissement est vraiment
rentable…
Ainsi qu'en sera-t-il de ces bonnes résolutions concernant le
travail ? Va-t-on parvenir pour certains à abaisser le taux de
routine et de surmenage pour s'économiser et se ménager du temps à
soi ? Ou majorer ses efforts pour ceux qui veulent devenir plus
performants, donc plus riches, et décrocher la martingale d'une
probable promotion ?
Et quel(s) profit(s) en perspective pour nos amours ? C'est qu'il
n'y a plus de temps à perdre : investissons au plus vite dans le
mec de notre vie, de nos rêves et de nos attentes. A moins de
préférer prendre son temps pour dénicher le plus de pépites
possibles au filon du plaisir au quotidien…
Et la rentrée littéraire nous rappelle à la culture de notre âme :
on décide ici encore de s'enrichir, mais pour notre bien (et
épater sans doute à l'occasion les copains). On lira tous les
livres (à la mode), on s'imprégnera de toutes les musiques (pour
danser dessus comme des stars en boîte), on ira voir tous les
nouveaux films (Casper Van Dien ne nous a-t-il pas promis
d'ailleurs de nous remontrer ses fesses dans Starship Troopers 3,
en fin d'année ?). On s'intéressera aussi à d'autres cultures et
on s'essaiera même à apprendre d'autres langues (si cela nous
ouvre et nous permet de briller sous d'autres horizons). A chacun
donc ses bonnes résolutions de rentrée. Mais enfin pourquoi ? Ce
que le Père Noël ou le petit Jésus n'ont pas exaucé en décembre
sera-t-il entendu en septembre par le mystérieux Xavier (Darcos),
au ministère de l'Education ? Serait-ce le post-traumatisme des
drames estivaux, à l'heure où les corps se dénudent et les cœurs
s'émeuvent, qui nous pousse ensuite dans les salles de gym, afin
de s'y construire (chimère...) un corps à la Casper Van Dien, et
d'y implanter en plus quelques neurones, pour devenir l'année
suivante l'archétype de la séduction ? A moins que, bien sûr, on
se sache déjà épatant dans tous les domaines et que, avec un peu
d'efforts, on pourrait devenir sublime…
Quoi qu'il en soit, on finit tôt ou tard par cueillir les fruits
doux-amers plantés à la rentrée. Comme on a eu parfois les yeux
plus gros que le ventre, on goûte alors à la désillusion, quand on
ne se casse pas les dents sur le noyau de l'argent, voire des
résolutions d'autrui… On était plein de foi et d'idéal, quand
s'imposent à présent l'amertume et la déception envers la terre
entière qui a monté contre nous un complot tellement abominable
que même Casper Van Dien ne pourrait déjouer…
Mais il y a aussi ces petits muscles encore tout rabougris qui se
sont développés dans les bras et dans la tête, ces petits profits
qui constituent dès lors un petit capital qu'il conviendrait sans
doute de faire encore fructifier… Les bonnes résolutions ne
donnent alors pas forcément naissance aux rêves mais permettent de
s'en approcher voire, si la chance s'en mêle, de les redessiner
sous des contours insoupçonnés. On aurait donc tort d'ergoter : le
paquet moral est rentable pour qui sait s'y investir, sachant tout
de même que les bénéfices ne profitent pas à tous… Mais la
recherche et l'accroissement des richesses personnelles ne
sont-ils pas à terme un cercle vicieux, propre à autant de
rendement que de frustration ? On n'en serait donc jamais quitte ?
Qu'importe : avec mon embryon de culture et de biceps, je suis
prêt désormais à emballer Casper Van Dien, l'été prochain, à L.A.
!
Jean-Pierre S. |