Sacro-saintes résolutions de rentrée…
Réf 01/85

Tout est dit. Pensé et soupesé. Cette rentrée ne sera pas comme les autres puisque j'ai décidé de prendre les choses en main. Et je ne suis pas le seul. Que d'histoires autour de moi sur ces belles résolutions de la rentrée… Que de projets en germes pour les mois à venir… L'air du temps médiatique d'ailleurs nous y invite : ainsi chacun de statuer sur les mesures phares de son "paquet moral" de bonnes intentions, à faire fructifier pour de bon, sans savoir toutefois si tant d'investissement est vraiment rentable…
Ainsi qu'en sera-t-il de ces bonnes résolutions concernant le travail ? Va-t-on parvenir pour certains à abaisser le taux de routine et de surmenage pour s'économiser et se ménager du temps à soi ? Ou majorer ses efforts pour ceux qui veulent devenir plus performants, donc plus riches, et décrocher la martingale d'une probable promotion ?
Et quel(s) profit(s) en perspective pour nos amours ? C'est qu'il n'y a plus de temps à perdre : investissons au plus vite dans le mec de notre vie, de nos rêves et de nos attentes. A moins de préférer prendre son temps pour dénicher le plus de pépites possibles au filon du plaisir au quotidien…
Et la rentrée littéraire nous rappelle à la culture de notre âme : on décide ici encore de s'enrichir, mais pour notre bien (et épater sans doute à l'occasion les copains). On lira tous les livres (à la mode), on s'imprégnera de toutes les musiques (pour danser dessus comme des stars en boîte), on ira voir tous les nouveaux films (Casper Van Dien ne nous a-t-il pas promis d'ailleurs de nous remontrer ses fesses dans Starship Troopers 3, en fin d'année ?). On s'intéressera aussi à d'autres cultures et on s'essaiera même à apprendre d'autres langues (si cela nous ouvre et nous permet de briller sous d'autres horizons). A chacun donc ses bonnes résolutions de rentrée. Mais enfin pourquoi ? Ce que le Père Noël ou le petit Jésus n'ont pas exaucé en décembre sera-t-il entendu en septembre par le mystérieux Xavier (Darcos), au ministère de l'Education ? Serait-ce le post-traumatisme des drames estivaux, à l'heure où les corps se dénudent et les cœurs s'émeuvent, qui nous pousse ensuite dans les salles de gym, afin de s'y construire (chimère...) un corps à la Casper Van Dien, et d'y implanter en plus quelques neurones, pour devenir l'année suivante l'archétype de la séduction ? A moins que, bien sûr, on se sache déjà épatant dans tous les domaines et que, avec un peu d'efforts, on pourrait devenir sublime…
 Quoi qu'il en soit, on finit tôt ou tard par cueillir les fruits doux-amers plantés à la rentrée. Comme on a eu parfois les yeux plus gros que le ventre, on goûte alors à la désillusion, quand on ne se casse pas les dents sur le noyau de l'argent, voire des résolutions d'autrui… On était plein de foi et d'idéal, quand s'imposent à présent l'amertume et la déception envers la terre entière qui a monté contre nous un complot tellement abominable que même Casper Van Dien ne pourrait déjouer…
Mais il y a aussi ces petits muscles encore tout rabougris qui se sont développés dans les bras et dans la tête, ces petits profits qui constituent dès lors un petit capital qu'il conviendrait sans doute de faire encore fructifier… Les bonnes résolutions ne donnent alors pas forcément naissance aux rêves mais permettent de s'en approcher voire, si la chance s'en mêle, de les redessiner sous des contours insoupçonnés. On aurait donc tort d'ergoter : le paquet moral est rentable pour qui sait s'y investir, sachant tout de même que les bénéfices ne profitent pas à tous… Mais la recherche et l'accroissement des richesses personnelles ne sont-ils pas à terme un cercle vicieux, propre à autant de rendement que de frustration ? On n'en serait donc jamais quitte ? Qu'importe : avec mon embryon de culture et de biceps, je suis prêt désormais à emballer Casper Van Dien, l'été prochain, à L.A. !
Jean-Pierre S.

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