Le Billet d’humeur de Jonathan Denis
Mars / Avril 2009
 

Toujours de grandes promesses...

Je pensais ne plus avoir à écrire sur ce sujet mais hélas notre chère ministre de la Santé, pourtant souvent bien trop seule à droite à vouloir faire avancer son camp sur les questions de société, s’est montrée curieusement bloquée dans un monde ancien sur la question du don du sang.

Après avoir promis (bien trop tôt ?) qu’elle souhaitait revenir sur la contre-indication de l’Etablissement Français du Sang interdisant le don de sang pour les homosexuels masculins, Roselyne Bachelot a fait marche arrière toute dans un entretien au journal « Libération » en revenant sur sa décision pourtant courageuse et innovante au départ. L’EFS est passé par là avec son lot d’experts toujours prompts à nous expliquer les termes de prévalence, de fenêtre de contamination, de rapports statistiques entre hétérosexuels et homosexuels séropositifs…

Bref, la conclusion reste la même : un sang d’homo est différent de celui d’un hétéro. Car à ce stade du débat, la vérité doit être posée sur la table… crûment, inexorablement difficile à entendre mais ô combien libératrice. Les gays faisant partie « d’une population à risques » et de ce fait ayant une exposition majoritaire face au VIH, il convient d’en déduire que dans le sang de chaque homo (pour l’EFS, comprendre « tout homme ayant eu une relation sexuelle même une seule fois avec un autre homme ») se trouverait une sorte de gène provoquant le virus du sida beaucoup plus que dans le sang de n’importe quel autre. On imagine un sang impur, bref un sang inférieur à un autre. Derrière ce prétexte n’existe-t-il finalement pas l’idée de la maladie de l’homosexualité présente dans le sang ? Et puis, plus d’homos séropos que d’hétéros, cela peut-il servir de base pour exclure totalement et définitivement une population d’un geste citoyen ? Partons de ce principe et constatons le nombre de séropositifs au niveau des personnes venant d’Afrique… l’Afrique étant le continent le plus contaminé par le sida, va-t-on demain interdire à tous les Noirs de donner leur sang ? En fera-t-on de même si l’on découvre, après études, que les hommes séropositifs aux cheveux bruns sont plus nombreux que les blonds, que les chrétiens séropositifs sont plus nombreux que les juifs… Allez, de nouvelles exclusions…

Eh oui, on appelle cela un grand principe de précaution. Mais face à cela, osons aussi poser le problème des nouvelles contaminations beaucoup plus présentes dans le cadre d’une relation hétérosexuelle qu’homosexuelle… Et puis, parlons ensemble des cas de séropositivité découverts par l’EFS après un don… Réponse : majoritairement des hétéros ! A force de confondre, de monter les gens les uns contre les autres, à force de jouer une carte de la différence, le combat va être perdu dans le cadre de la lutte contre le sida, de la prévention, du développement des informations sur le virus.

Enfin, que dire d’un ministre homo présent dans ce gouvernement, qui lui, confirme que son sang est plus risqué qu’un autre. La médiatisation de son coming out a voulu apporter quelque chose de neuf. Mais reste pourtant cette simple question : comment a-t-on pu imaginer la nouveauté avec une majorité politique plus rétrograde que jamais ?

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