Mathieu Alterman
Je me souviens des oubliés

Par Patrick Roulph

Ils ont eu leurs heures de gloire, ils ont été oubliés, parfois de leur plein gré, trop souvent malgré eux.
Mais que sont-ils devenus ?
Nous nous sommes tous posés la question. Si je vous dis : Tabatha Cash, Jean-Marie Proslier, Simon de La Brosse, Luna Parker, Jacky Quartz, Chantal Gallia, Childéric… ou encore Jesse Garon. ça y est… La mémoire vous revient ? Que sont-ils devenus certes, mais surtout que s’est-il passé pour qu’un jour leur carrière s’arrête ? Mathieu Alterman, au travers de ce nouveau livre “Je me souviens des oubliés”, nous réveille la mémoire et répond à nos questions. Etoiles filantes de la variété, de la politique ou tout simplement du petit écran… On apprend tout de la chute ou de l’abandon. Interview.

Tu as publié en avril 2007 un premier ouvrage « Apologie de l’échec », peut-on voir avec ce deuxième ouvrage « Je me souviens des oubliés » la suite en quelque sorte ? 

Ce deuxième livre est plus que la suite. La chose qui me fascine est le contraste entre la starification d’une personne et la qualité de son travail. Ce sont deux choses qui n’ont rien avoir entre elles. Il y a des personnes qui en étant oubliées ont commencé à faire des choses intéressantes, d’autres qui ont été stars et qui ont fait de la m…. puis d’autres qui ont fait des bides mais qui étaient eux extraordinaires. On trouve tout cela dans ce deuxième livre. En aucun cas je porte un jugement de qualité par rapport à leur travail, à ce qu’ils ont fait. Dans le cas des bides ça peut aller d’Orson Welles à François Valéry,  de Corynne Charby à Cris Campion, c’est pour te dire comme quoi le spectre est large.

 

Dans la préface de ce deuxième livre tu écris « la gloire, le succès et le déclin m’ont toujours fasciné ». 

Je me mets toujours dans la peau de l’artiste qui se ballade dans la rue qui rencontre quelqu’un et qui lui dit « c’est dommage on vous voit plus, vous faites quoi aujourd’hui ? ». Je crois que c’est ce qu’il y a de plus terrible. Tous ces gens-là ne peuvent pas faire autre chose que les raisons pour lesquelles elles sont connues. On a jamais vu un chanteur devenir prof de math ou entrer en médecine. Ils sont tellement fascinés par la scène, le contact avec le public, le star système, qu’ils ne peuvent pas décrocher. C’est ça qui est fascinant. Ils s’accrochent jusqu’au bout. Comme un drogué qui veut retrouver le premier flash. Là c’est pareil. La notoriété c’est la pire des drogues.

 

En lisant cet ouvrage, j’ai très peu vu le terme « has been » ? 

Je trouve ce terme pas très gentil. Je n’écris pas de livres méchants. Mes livres sont drôles mais pas méchants. La vraie caractéristique du « has been » est la personne qui a été, qui n’est plus et qui est persuadée d’être toujours là. Dave a été le premier à savoir qu’il n’était plus là et très intelligemment se qualifiait lui-même de « has been ». Mais tu as un tas de gens qui sont persuadés d’être au top de leur gloire. Dans les années 90 j’avais créé une émission de radio qui s’appelait « Le top has been » dédiée aux « has been » et nous passions le pire de la variété 70-80, j’animais ça avec Jean-Luc Lemoine qui aujourd’hui officie aux côtés de Laurent Ruquier. Je n’ai pas voulu réutiliser ce terme-là car depuis j’ai appris à connaître les artistes. C’est très difficile d’avoir du succès mais ne plus en avoir après n’est pas évident. Il ne faut pas les accabler. C’est vraiment très dur.

 

Dans la série Qui sont-ils, qui est Mathieu Alterman ? Aucune bio, aucun repère, certains vont même dire que ça sent le pseudo ? 

Ce n’est pas un pseudo. Je travaille depuis plus de dix ans dans la musique comme directeur artistique. J’ai travaillé dans plusieurs labels comme chef de projet. J’ai donc étais très souvent confronté à la réalité et je connais ce qu’il se passe entre les artistes et les maisons de disques.

 

« Je me souviens des oubliés » est ton deuxième livre, un an après « Apologie de l’échec », te sent-tu l’héritier ou le fils de Thierry Séchan ? (« Nos amis les chanteurs » 1992). 

Franchement non. J’ai aucune prétention littéraire. Mes livres sont faits pour être lu sur la plage, entre amis. A mon avis Thierry Séchan est un peu plus méchant que moi dans ses livres. Il s’attaquait à la qualité de travail des artistes. Mon travail et mon style d’écriture n’ont rien avoir.

 

Tu es l’un des rares à te souvenirs de Karim Allaoui ou Christopher Atkins. 

Christopher Atkins a joué dans « Le lagon bleu » au côté de Brooke Shields. Tous les adolescents de l’époque ont vu le film sorti en 1981. Ce qui est extraordinaire dans la carrière de cet acteur est qu’il a fait 2 ou 3 films puis plus rien.

 

Comme c’est souvent le cas en ce qui concerne les actrices ayant joué pour Spielberg. Toutes sont tombées dans l’oubli. 

95 % des actrices ayant joué le premier rôle dans les films de Spielberg n’ont plus rien fait après. Spielberg est quand même le plus grand réalisateur au monde en terme de notoriété.

 

Peut-on l’expliquer ? 

Spielberg étant un enfant dans sa tête, je pense qu’il film très mal les femmes. Ces femmes dans ses films n’ont aucune sensualité, ni sexualité. Du coup l’image de ces femmes est passée inaperçue aux yeux des autres réalisateurs.

 

Tu as grandi en pleine période disco et connu enfant les années 80, deux périodes aujourd’hui très médiatisées. Es-tu nostalgique de toute cette époque ?

 Sans être nostalgique, j’ai eu la chance de connaître cette période qui a été vraiment incroyable. Je pense que la France de 1979 et la France de 1983 n’ont rien à voir. Il y a eu en quatre ans une transformation extraordinaire. Une transformation due à l’arrivée des radios libres et à l’arrivé de Miterrand au pouvoir. Beaucoup de choses ont changé durant cette période. Nous sommes passés des Carpentier aux enfants du rock ! Ce n’est pas un hasard si toutes les stars des années 70 sont devenues ringard en deux ans. De cette époque j’ai également les souvenirs du Palace ; ma mère ne trouvant pas de baby-sitter, elle m’amenait avec elle au Palace ! Je sais que je ne connaîtrai plus jamais ça. C’est une période où les gens s’amusaient tous ensemble, sans agressivité. Il faut parler aussi de la mode. La mode allait très vte. Il est bien que la mode change ; c’est le propre de la mode. Aujourd’hui je trouve tout cela très lent.

 

On ne peut pas écrire un tel livre sans aimer ou avoir aimé les artistes cités. Du moins certains. Quels sont les artistes présents dans le livre et que tu affectionnes en particulier ? 

Oh là ! Dans ce deuxième livre ils sont nombreux. Claude Véga par exemple qui a été le précurseur de limitation moderne. Tout le monde pense qu’il est mort. C’est un mec brillant. Il était en classe avec François Truffaut, il a cofinancé « Les 400 coups ». Ses imitations de Barbara ou Delphine Seyrig sont extraordinaires, jamais vulgaires, j’aime beaucoup Claude Véga.  Chez les humoristes, j’adore les frères ennemis, qui eux faisaient exactement ce que font aujourd’hui Omar et Fred ou Eric et Ramzy, sauf que les frères ennemis le faisaient dès les années 60. J’aime Gabrielle Lazure, Roger Gicquel… je les aime tous, il y en a très peu que je n’aime pas. Ca fait c... de dire ça mais c’est vrai. Bon, certains je m’en fout comme les gens d’AB productions. Alors l’écurie d’AB productions je m’en fout ! On savait qu’ils allaient devenir « has been » dès le début. Il y a des gens étonnant aussi comme Brice Lalonde ou Robert Hue alors eux ce n’est pas que j’ai une tendresse particulière mais ils ont complètement disparu. On les voyait encore il y a 3-4 ans et depuis plus rien. Même lors des élections présidentielles, je n’ai pas souvenirs les avoir vus. J’aime bien les gens qui veulent disparaître d’eux-même. J’aime moins en revanche des personnes comme Caroline Tresca ou Alexandra Cazan, attention je ne les connais pas, je parle par rapport à l’image que j’ai d’elles ; j’aime un peu moins cette attitude qui consiste a arrêter une activité en pensant devenir star de cinéma, en étant persuadé de faire carrière et qui au final n’ont rien fait.

 

Et Nicole Rieu. Tu écris pas moins de deux pages sur elle ! 

Ah oui quand même ! Alors Nicole Rieu représente tout ce que je n’aimais pas quand j’étais petit. Je n’ai rien contre elle je le précise, mais il y a un côté tellement « qualité » où l’on considérait que Nicole Rieu faisait de la qualité alors qu’aujourd’hui qui est capable de citer ne serait-ce qu’une seule chanson de Nicole Rieu ? Aujourd’hui tout le monde l’a oublié. Comme Catherine Ribeiro d’ailleurs.

 

Dans la série analyse, comment expliques-tu le gadin de François Feldman ? 

François Feldman a sorti un album techno début des années 90, en pensant séduire tout le monde, avec un clip sado maso avec des fouets, des nanas. Je pense que le public de base qui le regardait chanter chez Foucault « Les valses de Vienne » à rien compris ! Mais tu sais, dans toute époque il y a un chanteur qui a beaucoup de succès puis d’un seul coup plus rien. On retrouve la même chose avec Roch Voisine, avec de Palmas, aujourd’hui Garou et je suis convaincu que dans quelques années on va trouver la même chose avec Christophe Maé. C’est typique le même profil. A toute époque, il y a toujours un mec qui plait, en général au même public c’est-à-dire les femmes entre 30 – 40  ans, divorcée avec enfant, qui aime le côté séducteur mais pas trop, le type rassurant. Ils ont tous le même profil. Et en général ça tient pas.

 

Côté personnalité on compte dans ton livre 2 hommes politiques seulement. Robert Hue et Brice Lalonde. Pourquoi ? 

Bizarrement la politique est un domaine où les gens se retirent difficilement d’eux-mêmes, sauf quant ils sont mêlés à des affaires ou bien quand ils meurent. Ou alors quand ils sont torpillés par des membres de leur parti. Ce qui a été le cas avec des gens comme Michel Noir et Bernard Stasi. Dans le cas de Brice Lalonde, Robert Hue eux ont disparu complètement. Je pense qu’ils en avaient profondément marre de la politique, ils étaient dans des partis qui n’avaient pas vraiment le vent en poupe. Quand on voit les derniers chiffres du PC… il faut savoir se retirer.

 

Doit-on reconnaître Tom Selleck qui incarne Magnum à la télévision sur la couverture du livre ? Si oui, pourquoi n’apparaît-il pas dans le livre ?

Tom Selleck a fait des choses bien après « Magnum ». Je pense notamment au film « In and out » avec Kevin Kline.

Il a fait des apparitions dans « Friends » notamment. Dans ce livre je n’ai pas trop parlé des anglo-saxons, sinon j’aurais du écrire 20 livres ! En ce qui concerne la couverture on a fait en sorte à ce que l’on se pose la question « Est-ce que c’est lui ? est-ce que c’est pas lui ? ». La même question en fait quand l’on se dit « Ah mais c’est lui qui chantait ça ?! , c’est elle qui jouait dans ça ?! ».

 

Que peut-on penser de l’absence de certains chanteurs, artistes ou comédiens ? je pense en particulier à Lio. Es-ce un simple oubli ou bien leur absence est-elle proportionnelle à l’envergure de leur avocat ? 

Ah non, on peut parler de tout le monde à condition que ça ne soit pas injurieux. Lio n’est pas une oubliée. Son spectacle sur Prévert a plutôt bien fonctionné, on la voit régulièrement à la télévision, tout le monde l’a connaît. On ne peut pas dire que Lio soit vraiment oubliée. Rose Laurens est oubliée. La plupart des gens et des mômes ne savent pas qui est Rose Laurens mis à part un tube « Africa », tout comme Corinne Hermès, les gens ne s’en souviennent plus. Alors que Lio a 6 ou 7 gros tubes ! Je ne parle pas de Sheila non plus dans le livre. Sheila c’est énorme.

 

Quelles sont les artistes que tu aimerais voir revenir sur le devant de la scène ? Ivanov, Kimera, Melgroove.

(Rires). Pour me marrer ou vraiment ??? Je ne sais pas.(Rires). Pour me marrer j’aimerais tous les voir revenir ! Dans le cadre des acteurs, les faire tourner tous dans un truc du style ils ont été fait prisonnier dans un vaisseau spatial, ils reviennent tous en 2008. Il y en a un qui est revenu, Frédéric Andréi qui a joué dans Diva de Beineix. Il vient de réaliser un film qui n’a pas beaucoup marché d’ailleurs, « Par suite d’un arrêt de travail ». Le film est sorti en juillet, c’est peut être pour ça.

 

Nous allons enfin terminer sur les grands absents de ce livre et pour cause, personne ne s’en souvient. Les participants issus de la télé-réalité comme le « Loft » ou « Nice people » pour ne citer qu’eux. Seraient-ils condamnés d’avance ?

Alors là c’est autre chose, pour moi eux c’est déjà rien dès le départ, donc j’en parle pas ; on s’en fout. Le pire chanteur des années 80 on peut se souvenirs de sa chanson, Loana on se souvient de la piscine et rien des autres. Et je ne pense pas que ces gens-là aient envie que l’on parle d’eux. J’ai une amie qui a fait « Nice People », elle m’expliquait que tous les gens qui ont participé à de la télé réalité ont tous fait des dépressions, ont tous eu des problèmes psychologiques. Personne n’a été suivit par la prod. Et je pense qu’il ne vaut mieux pas parler d’eux dans leur intérêt.

 

« Je me souviens des oubliés » par Mathieu Alterman. Editions Scali.

 Interview © Patrick Roulph pour www.mps-mag.com

Propos recueillis le 26/08/2008.

 

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