Juliette
L'anti Bling-Bling

Propos recueillis par Cédric Chaory


 

 

Vrai feu d’artifice de sons et de sens pétillants, le nouvel album de Juliette, “bijoux et babioles” est un vrai régal.
L’inénarrable chanteuse poursuit donc son bonhomme de chemin avec tambours et trompettes, mais loin des fastes bling-bling d’un show-biz français formaté.
Une résistante Juliette ? Bien plus que ça, une artiste vraie et sincère qui répond, entre deux concerts, aux questions de LOM.

 

Quel joyeux fatras que votre boîte à bijoux : de l’humour, des messages politiques, de la nostalgie. Vous faites le choix de l’éclectisme et de la diversité…

Il n’y a rien de volontaire. Je ne me suis pas posée de questions en fait. On peut effectivement parler d’un côté “joyeux bazar” où “je fouille dans mon grenier” car il n’y a pas de fil conducteur ou de concept dans cet album. Ceci dit, depuis mes débuts, j’aime explorer divers univers musicaux dans mes albums. Je suis curieuse de nature et cela se ressent dans mes disques. Pour “bijoux et babioles”, il y a de l’électro, de la musette, de la chanson française et de la tyrolienne…

Un fil conducteur malgré tout : la thématique de l’amour.

 

Vous ne supportez pas d’être mise dans des cases, d’où sans doute cet éclectisme. Malgré tout on aime à vous comparer à la Fréhel, la Piaf, à ces gouailleuses de la chanson française.

Cette image de moi est erronée. Je n’ai rien d’une chanteuse réaliste style Piaf. Je suis même plutôt du côté surréaliste. Je n’aime pas d’ailleurs me définir, tout comme m’enfermer dans une case. Je suis beaucoup trop curieuse pour aimer me sentir à l’étroit dans quelques carcans que ce soit.  

Autre chanson qui retient l’attention à l’écoute de votre dernier album : “Tyrolienne haineuse”, écrite par Pierre Dac. Pourquoi une telle reprise ?

Il y a une phrase qui m’a marquée quand j’ai entendu cette chanson : “Mais là où la chose se complique, et d'vient tragique, C'est qu'la haine devient pour chacun, Une espèce de besoin, Que d'authentiques sagouins, Entretiennent de près comme de loin”. Je pensais à Hitler et à ses discours malheureusement partagés par beaucoup de personnes. Ce genre de discours haineux est toujours présent dans notre société, différemment, mais bel et bien présent : discours anti-pauvres, discours raciste. Et en ces temps de période électorale, le nombre de conneries qui peut être énoncé est hallucinant. A gauche comme à droite. A force de draguer l’électorat extrémiste, on s’enfonce dans des discours haineux plus que limite et quasi-personne ne s’en émeut. Moi ça me gêne terriblement.

“Les authentiques sagouins” peuvent être certains médias également. On vous sent assez méfiante envers eux…

C’est mon choix d’être effectivement discrète. Je regrette que la télévision programme si peu d’émissions de variétés. Je suis chanteuse et ma raison d’apparaître à la télé est d’avant tout d’y venir pour interpréter des chansons. Maintenant venir dans des talk-shows peut faire partie du jeu de la promo. On me dit bonne

cliente, grande gueule pour ce genre d’émissions… sans doute, mais savoir qu’on va vous coincer pour qu’il y ait de l’ambiance… pffff. Une fois qu’on l’a fait et qu’on l’a subi, à quoi bon y retourner ? Je ne remets pas en cause le média TV, mais l’utilisation qu’on en fait ! Et c’est malheureusement valable pour beaucoup d’autres médias.

 

Côté show-biz c’est pareil, on vous voit peu !

Je ne suis pas mondaine pour un sou, ni très dîner en ville. J’aime pourtant faire des rencontres, car rassurez-vous j’ai une vie sociale comme tout le monde. J’ai ma propre famille d’amis. Maintenant si mes rencontres ne se matérialisent pas dans les pages de journaux “people”, vous m’en voyez ravie.

Que vous inspirent les actuels soubresauts de l’industrie du disque ?

Il y a, je pense, beaucoup de productions et l’on s’y perd un peu. Et puis le support CD est obsolète. Je télécharge beaucoup sur Itunes, légalement. Il est aisé de ne posséder que les titres qui vous inspirent sans pour autant avoir à vous coltiner tout un album pas forcément bon. Le téléchargement est une nouvelle donne dans le marché du disque et il va falloir l’intégrer. La France commence à s’y mettre tout doucement. Mais relativisons car il y a toujours des artistes qui vendent énormément. Je déplore juste que les maisons de disques investissent souvent prématurément sur de jeunes artistes qui sont encore en devenir.

C’est un peu démesuré et parfois ridicule comme quand on voit des pubs qui annoncent la sortie du nouvel album d’un tel… alors qu’il s’agit de son premier disque. Pourquoi alors parler de nouvel album ? Tout va trop vite là, non ?

Parlons de votre actuelle tournée placée sous le signe du music-hall !

Music-hall est un terme générique. On peut dire qu’il se passe des trucs comme dans un de ces shows. Mes musiciens sont habillés comme tel… mais ce ne sont pas des uniformes : pas de ça chez moi. C’est à l’image de l’album, comme vous le disiez au début : un joyeux fatras. Nous débutons tout juste… et au terme des six premières dates je peux vous dire que l’accueil est merveilleux. Je serais tentée de dire comme d’habitude. D'ailleurs, je le dis : comme d’habitude.

 

Bijoux et babioles - Juliette (Polydor)

En tournée dans toute la France

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