Coordination Interpride France
L’Edition 2008 des Marches des fiertés LGBT est lancée

Propos recueillis par Serge G.


 

Ces Marches, bien connues de tous, sont supervisées par  la Coordination Interpride France. Nous avons rencontré Didier Genty, Vice-Président de la C.I.F. qui nous en dit plus sur la situation et l’évolution des Lesbian and Gay Pride au niveau National.

 

La Coordination Interpride France c’est quoi exactement et quel est son but ?

La Coordination Interpride France (CIF) est un collectif qui regroupe les associations organisant les Marches des Fiertés LGBT, appelées aussi Lesbian and Gay Pride, et signent notre charte dans les différentes villes de France.

La CIF a pour fonction de faciliter l’organisation des Marches en mettant en relation les organisateurs de chaque ville. La CIF est aussi l’interlocuteur d’autres structures lesbiennes, gaies, bi, trans (LGBT) ou de partenaires institutionnels ou commerciaux au niveau national. Enfin, la CIF est amenée à prendre des positions politiques sur des sujets qui concernent l’orientation sexuelle ou l’identité de genre en soutien aux régions, à l’échelle nationale ou au niveau international.

 

Les Marches ont-elles encore aujourd’hui un grand intérêt et permettent-elles réellement de faire avancer nos revendications ?

Oui, les Marches ont encore un grand intérêt. L’obtention de lois est une bonne étape – elle n’est d’ailleurs pas terminée puisqu’on nous refuse toujours une égalité complète par la possibilité du mariage et de l’adoption – mais il y a encore beaucoup de chemin à réaliser dans les mentalités, le vécu quotidien d’une orientation sexuelle minoritaire est aujourd’hui encore souvent difficile. Même si on peut constater une évolution dans la société, il reste beaucoup à faire pour aller vers une réelle acceptation et vers une vraie égalité. Il n’y a qu’à voir les positions prises encore aujourd’hui par certaines personnes comme Christian Vanneste, malgré la loi qui condamne ces propos, pour être certain que ce qu’apporte la Marche et les activités culturelles qui l’accompagnent ont un sens et une légitimité. La visibilité est toujours indispensable pour aller de l’avant et les Marches sont là pour ça.

 

Lors des LGP, on constate que la majorité des participants, souvent très jeunes, sont juste là pour faire la fête et non pas pour revendiquer. Les militants sont-ils aussi peu nombreux dans notre pays ?

Il est vrai que plusieurs publics participent aux Marches. Mais les Marches ne sont-elles justement pas là pour permettre à différents publics de se rapprocher, de mieux se connaître et de partager ? Certaines personnes viennent davantage pour faire la fête. C’est une spécificité historique des Marches. Elles ont toujours su allier fête et revendications. Cependant ces jeunes, le plus souvent hétérosexuels, qui ne sont venus que pour faire la fête, côtoient ce jour-là des homos et des lesbiennes, et peu à peu cela diminue leur “homophobie latente”, cela leur fait accepter peu à peu le respect des différences. Pour d’autres, c’est parfois en venant faire la fête qu’ils se découvrent une âme de militant.

Toutefois, on constate, dans les associations LGBT comme dans les autres, que le militantisme diminue et touche moins les nouvelles générations. Les Marches peuvent justement donner à réfléchir au militantisme d’aujourd’hui. Par exemple, à Toulouse, l’association Arc-en-ciel, qui s’occupe d’organiser la Marche et le Festival des Fiertés LGBT, ne cesse de voir arriver et s’investir de nouvelles personnes de toutes générations. L’important est avant tout de donner un sens aux projets et aux actions.

 

Organiser des Marches dans les 5 ou 6 plus grandes villes de l’hexagone ne serait-il pas plus profitable que d’en faire dans des villes d’importance moyenne où les participants sont peu nombreux ?

A mon sens non. Parce que ce n’est pas dans les grandes villes qu’il est plus difficile de vivre son homosexualité. C’est à la campagne, dans les villes moyennes. Même si c’est aussi difficile et tabou dans les quartiers sensibles des grandes villes. Chaque année, nous voyons des personnes qui viennent nous dire que pour elles cela n’a pas été facile de venir à la Marche. Ce n’est pas seulement aux individus de venir vers nous mais bien à nous d’aller aussi vers eux. En proposant des activités culturelles dans des communes plus petites, en organisant un débat ou en intervenant dans un établissement scolaire on complète l’action des Marches et on permet à certaines personnes de découvrir qu’elles ne sont pas seules. Et puis réunir 6 000 personnes à Toulouse ou 2 000 à Angers c’est important.

Il semble qu’au fil des années le fossé qui sépare les organisateurs des LGP et les commerces LGBT soit toujours aussi important. Pourquoi rejeter systématiquement le côté commercial qui est malgré tout une de vos sources de financement ?

Globalement, il n’y a pas de rejet du côté commercial, simplement les Marches doivent veiller à garder leur essence revendicative, mais la plupart du temps un bon équilibre est trouvé. D’ailleurs, dans la plupart des villes où les Marches sont organisées les rapports sont bons. A Paris, le partenariat est régulier avec FG à l’arrivée à Bastille. La LGP de Nantes organise la Marche avec l’ensemble du tissu commerçant. A Tours, en partenariat avec les commerçants, une soirée officielle LGP sera organisée cette année. A Lille, le renouveau avec les établissements est même transfrontalier. Pour parler de ce que je connais davantage, à Toulouse, depuis 4 ans, chaque année tous les commerces LGBT sont invités à participer et quasiment tous participent dans une grande entente et une grande convivialité. J’en profite d’ailleurs pour les remercier. Mais c’est aussi parce que ces établissements ont compris le sens de notre démarche et pris en compte que leur participation est aussi corrélée à un soutien de nos actions et de nos revendications. Si ailleurs d’autres établissements pensent qu’il ne s’agit que d’un espace de communication c’est regrettable. Et si des représentants d’associations les excluent par principe ça l’est tout autant. Les Marches doivent rester ce lieu de rencontres afin que la société dans laquelle nous vivons toutes et tous progresse pour le bien-être de chacune et chacun. Et ce ne sont pas de vains mots, mais bien des objectifs vers lesquels tendre même si cela repose sur des valeurs malheureusement de plus en plus absentes de la société d’aujourd’hui.

 

Quel est votre point de vue sur l’évolution, les changements de comportements dans le milieu gay ?

Il faudrait commencer par définir ce qu’est le milieu gay. Et où est le milieu lesbien, le milieu bi ou le milieu trans dans votre question ? N’existent-ils pas dans les Marches ? Sans les associations qui les concernent, nous n’aurions pas les mêmes forces pour organiser les Marches.

Il y a deux types d’évolution des comportements gay et lesbien. Dans le milieu gay, on peut trouver une satisfaction très superficielle, l’enfermement dans une façon de vivre très formatée par les commerces et les médias spécialisés… la diminution du militantisme en est parfois une conséquence. Mais cela ne représente qu’une minorité, hélas la plus visible, car les médias ne s’intéressent qu’à eux. Les comportements changent certainement ici comme dans tout milieu. Les publics se mélangent davantage, hétéros et homos pouvant passer des soirées ensemble par exemple. Et c’est tant mieux ! La nécessité d’ouverture à l’autre nous concerne aussi. Nous devons permettre aux diverses orientations sexuelles et identités de genre de se côtoyer et d’œuvrer ensemble pour l’amélioration des vies et des droits de chacune et chacun.

 

En dehors des Marches annuelles, la Coordination Interpride France a-t-elle d'autres fonctions ?

Oui. Voici quelques exemples. Elle permet des échanges d’infos entre les LGP des différentes villes. Elle relaie des actions militantes (évolution des lois, aspects internationaux, respect des droits,…). Elle permet des solidarités avec des personnes, des associations ou des villes où des combats sont menés. Elle participe à la réflexion du RAVAD.

 

Quel sera le thème de ces LGP 2008 ?

Après plusieurs années autour des questions d’égalité, de mariage, d’homoparentalité, nous devions prendre acte que la situation était bloquée encore pour la nouvelle législature. Sans les abandonner, nous reprenons donc des revendications tout aussi fondamentales, sur des terrains où l’on peut faire avancer les choses. Les thèmes tourneront donc pour la plupart – mais chaque ville reste souveraine dans sa décision – sur visibilité et éducation.

La visibilité est un des fondements des Marches et reste malheureusement d’actualité. Comme cela a déjà été dit, être visible en tant que gay, lesbienne, bi ou trans au quotidien, tout simplement, dans sa famille, son travail, ses activités sportives ou culturelles, ses voyages, ... reste un chemin difficile malgré des évolutions récentes.

L’éducation, à quelque niveau que ce soit, reste le moyen essentiel de parvenir à cette simple visibilité, chemin incontournable vers l’acceptation. Et cette éducation qui reste à construire doit se développer, certes sans prosélytisme, mais en totale acceptation des personnes LGBT et sans aucune discrimination. Elle doit entrer dans toutes les familles, à l’école, au collège, au lycée, dans les lieux de formation, dans les maisons de retraite, sur les lieux professionnels, dans les institutions de la République,...

Et nous espérons bien que dans toutes les villes où nous marcherons, vous serez nombreuses et nombreux à nous rejoindre pour porter ces revendications tout en faisant la fête !

 

Didier Genty, Vice-Président de la CIF - Pour nous contacter : www.interpride-france.org

 

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