Homosexualité et religion
L'alliance impossible ?

Propos recueillis par Cédric Chaory

Egypte : l’affaire Queen Boat aboutit à la condamnation de 23 homosexuels. Arabie Saoudite : 3 jeunes gays sont dénoncés et aussitôt décapités. Pologne : la quasi-totalité du pays, fervent catholique, fait la chasse aux homosexuels. France : une députée brandit la Bible dans l’Assemblée pour empêcher l’union civile des gays. Israël : l’organisation de la World Pride de Jérusalem provoque une onde de choc organisée par les intégristes juifs…

 

Enumérer les humiliations et crimes occasionnés par les dignitaires et dévots des trois grandes religions monothéistes pourrait remplir des pages et des pages. Catholicisme, Judaïsme et Islam sont des sœurs ennemies depuis la nuit des temps mais la haine des homosexuels est la valeur la mieux partagée par celles-ci. L’épisode de Sodome et Gomorrhe, présent dès la Genèse puis cité et repris dans le Nouveau Testament et le Coran, sert de référence à tous les religieux homophobes.

Il existe toutefois une autre lecture de cet épisode : dans la mesure où ces deux villes sont connues pour leurs orgies depuis longtemps et que la colère divine ne s'abat sur elles qu'au moment où leurs habitants souhaitent contraindre deux envoyés de Dieu à une relation sexuelle, certains exégètes libéraux y voient surtout une condamnation du viol. Les plus intégristes, eux, préfèrent y voir un message de haine envers l'homosexualité.

 

Grâce à ses combats contre le VIH et le mariage gay, le Vatican reprend le pouvoir dans le débat public. Ce sont deux dossiers susceptibles de souder les intégristes de toutes les religions. Or la priorité actuelle du Vatican est de construire un front œcuménique réunissant les extrémistes juifs, chrétiens et musulmans pour résister à la laïcité. C'est notamment le cas lors des conférences des Nations Unies, où se dégage un front commun réunissant le Vatican, la droite prolife américaine, l’Arabie Saoudite, le Pakistan et le Nigeria contre la prévention du VIH.

 

Alors même combat pour les trois religions ? Pas vraiment : la vraie différence entre les intégrismes ne tient pas à la nature de leur religion respective, mais aux contre-pouvoirs que rencontrent ou non les intégristes. La droite religieuse américaine est aussi homophobe que le sont les wahhabites de l'Arabie Saoudite. La différence, c'est qu'aux États-Unis, il existe un mouvement gay et une Cour suprême pour barrer la route aux intégristes. Rien de tout cela n’existe en Arabie Saoudite. Là-bas, lorsque le gouvernement décapite des homosexuels au nom de la charia, c’est sans aucun recours.

 

Un Coran tout-puissant… mais diversement interprété.

Difficile de dire quelle est la religion qui remporte la palme des pires horreurs infligées aux gays et aux lesbiennes.

Spontanément, on songe à l’islam et sa terrible charia. Karim, responsable de Kelmaghreb, le site du premier magazine gay maghrébin on line, parle de la situation des homos dans les pays du Maghreb : “Ces discriminations ont toujours existé. Ce qui est récent c'est leur médiatisation au-delà des frontières de ces pays. C'est l'effet du 11 septembre, les accusations contre l'Arabie Saoudite de soutenir et de financer le terrorisme international, qui font qu'aujourd'hui on s'intéresse aux violations des droits de l'homme là-bas.

Etre gay est illégal dans les trois pays du Maghreb par exemple, passible d'une peine de prison ferme. Il y a régulièrement des arrestations, plutôt dans le milieu de la prostitution masculine. Ce sont souvent des cas individuels qui ne retiennent, hélas, pas l'attention. Mais la majorité des pays musulmans n'appliquent pas la charia à la lettre, ce qui est plutôt bien. La véritable solution serait la séparation du domaine politique et du religieux : la laïcité.”

Les violations de ces droits font grand bruit dans les médias, mais quelques subtiles nuances doivent être prises en compte pour dresser un tableau plus juste des rapports entre islam et homosexualité. L’extrême diversité de cette religion qui, par sa structure même (absence d’autorité suprême à l’image du pape chez les chrétiens par exemple), permet à toutes les interprétations des textes sacrés de coexister et de se développer, des plus fondamentalistes (comme dans l’Afghanistan des Talibans, en Iran ou en Arabie Saoudite) aux plus modernistes (celles qui prônent l’adaptation des règles du Coran aux évolutions de la société). La question homosexuelle ne se pose donc pas de manière uniforme d’un pays à l’autre.

Depuis quelques années, la pression des groupes les plus extrémistes est de plus en plus grande dans le monde musulman. Même des pays officiellement laïques comme la Turquie ou l’Egypte y sont soumis.

 

Certes, comme la Bible ou la Torah, le Coran n’est guère tendre envers les homosexuels, et comme dans l’Église catholique et chez les Juifs, les hiérarques religieux ont tendance, aujourd’hui encore, à rejeter les homosexuels. Mais c’est à l’inverse de ce qui existe en Occident où l’Eglise et l’Etat sont généralement séparés, l’imbrication de plus en plus profonde des Etats et d’une religion incarnée par ses extrémistes les plus virulents qui pose si crûment le problème.

 

Catholicisme : entre hypocrisie et homophobie revendiquée.

Certains pays, tels la Pologne et l’Italie, assument sans aucune honte leur homophobie. Pour une majorité de polonais, l’homosexualité est une maladie. Selon un sondage réalisé en 2003, 40 % de la population pense qu’il faudrait l’interdire. Seuls 5 % la considèrent comme normale. Raison de cette homophobie profonde, intégrée par nombre de gays : le poids de la religion catholique. Alors la Pologne, un pays homophobe ? "Oui, bien sûr" répondent en chœur les gays polonais. L’homophobie, Marcin, un Varsovien de 25 ans, pourrait en parler longuement : "Là-bas, tout le monde est catholique, c’est presque obligatoire. Les gens sont assez primitifs : ils assimilent les homosexuels au diable. Il est impossible d’avoir une conversation normale avec un prêtre sur l’homosexualité.”

Quant à l’Italie, sa proximité étouffante avec le Vatican, ne l’ouvre pas forcément aux droits des gays. Sa politique est trop souvent victime de l’ingérence de la papauté dans ses décisions. Et ce n’est pas le successeur de feu Jean-Paul II, homophobe notoire, qui va changer la donne. La réputation de conservatisme, d’intransigeance, d’intolérance, qui était celle du cardinal Ratzinger prend toute sa dimension depuis qu’il s’est métamorphosé en Benoît XVI.

 

Pourtant, quelques espoirs naissent de-ci de-là sur la planète catholique. Ainsi, le nouveau chef de l'Église anglicane Rowan Williams a estimé, à la veille de sa prise de fonction officielle, qu'une relation homosexuelle durable et “fidèle” n'était pas contraire aux enseignements de la Bible.

Cette position a bien évidemment ouvert un débat houleux au sein de l’Église qui accepte l'homosexualité des fidèles, mais estimait jusqu'à présent que les homosexuels non chastes n'étaient pas de bons candidats pour occuper des fonctions de prêtres ou d’évêques.

Mais lâcher parfois du lest sur la question gay, permet de “récupérer” quelques fidèles et beaucoup de deniers.

Attention : on cadre bien les choses, histoire d’éviter les débordements et d’inviter le diable à sa table.

Dans un "Guide pastoral" à l'attention des prêtres, on peut lire que “l'inclination homosexuelle”, terme préféré à "orientation", “n'est pas en soi un péché” ». “Posséder simplement de telles inclinations ne constitue pas un péché. Mais agir d'après ces inclinations est en revanche toujours mal”, ajoute le texte qui n'impose pas toutefois “d'obligation morale à chercher une thérapie”.

Interrogés lors d'une conférence de presse sur le fait de savoir si les homosexuels pouvaient recevoir la communion, les évêques ont répondu que la loi morale s'appliquait à tous.

“L'activité sexuelle en dehors des liens du mariage est un grand péché”, a résumé l'un d'eux. Des propos en forme de menaces qui nuancent cette pseudo-avancée des mœurs catholiques.

 

Un milieu associatif plus tolérant.

Heureusement, loin des hautes sphères religieuses, s’activent des associations humaines et croyantes. David et Jonathan, fondée en 1972 à Paris par un petit groupe d’hommes et de femmes, fait partie de celles-ci. Au départ, ce groupe s’appelait "Christianisme et Homophilie". Sa démarche de réflexion autour du christianisme et de l’homosexualité (aujourd’hui élargie à d’autres spiritualités) attire aujourd’hui plus de 1 500 personnes adhérentes à travers 20 groupes répartis sur toute la France. “Parler de ma foi, de mon homosexualité, des éventuels dilemmes, mais aussi du bonheur qu’elles me font vivre, me fait le plus grand bien. Cette association m’a apporté et m’apporte encore beaucoup. Elle est la preuve que religion et homosexualité ne sont pas deux entités distinctes.” explique un des membres de David et Jonathan.

Beit-Haverim, l’Église œcuménique chrétienne Provence-Languedoc, l’Église métropolitaine communautaire…

Tous ces rassemblements combattent activement l’ostracisme des intégrismes religieux. Un combat en forme de sacerdoce à saluer.

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