Le Billet d’humeur de Jonathan Denis
Mars/Avril 2008

 

Il suffisait que la Justice...

La justice pour tous. C’est ainsi que pourrait commencer le grand livre qui s’écrit en France autour de la question de l’homoparentalité et de l’égalité demandée par les couples de même sexe. Que de chemin parcouru depuis le 27 juillet 1982 et la dépénalisation de l’homosexualité dans notre pays… Nous retiendrons maintenant la date du 22 janvier 2008 comme étant une étape déterminante dans la construction du chemin vers une reconnaissance pleine et entière. Ce jour-là, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a joué un rôle primordial en condamnant la France pour avoir refusé un agrément d’adoption à une homosexuelle.

Elle n’était pas la première à se voir refuser ce droit de pouponner mais elle restera un symbole dans notre lutte. Elle restera celle qui, par ce jugement, aura fait basculer la balance du côté de ceux qui sont obligés de mentir, de se trahir, pour pouvoir espérer enfin adopter.

Les mots sont importants, les gestes jamais anodins, les luttes représentatives, mais personne ne peut rêver meilleur outil de campagne qu’une décision judiciaire comme celle-ci. Je me rappelle alors les larmes, les insultes, les violences, parfois tant psychologiques que physiques, les regards mauvais, les crachats, les brimades… Toutes ces choses qui font la vie de ceux qui veulent croire que l’égalité triomphera. Je me rappelle ces périodes de doute face à tel ou tel politique au pouvoir, face à des propositions de loi qui n’iront jamais bien loin, face à des déceptions après un dernier dérapage d’un député à qui on offre même une mairie. Face à tout cela, je souris. Je souris, car aujourd’hui la CEDH vient de donner un coup d’arrêt à ceux qui préféraient dire que “ça n’intéressait personne”, “qu’on a mieux à faire”, “qu’on serait prêt à courir à la décadence de notre société”.

Aujourd’hui, plus rien n’interdit l’adoption en France par des personnes homosexuelles. La CEDH n’a fait que rappeler la loi française qui n’impose pas la condition d’hétérosexualité aux candidats à l’adoption. Et cela, personne ne pourra le contredire. Bien évidemment, rien ne sera simple…

Des conservateurs, des homophobes, des religieux - tout ce qui fait sans cesse le recul de notre société - pourront s’égosiller devant un tel jugement. Et dans un temps où la laïcité en prend un coup, dans un temps où parfois le populisme peut se marier à merveille avec la popularité, dans un temps où les progressistes ne savent se rassembler, durant ce temps-là nous pouvons aussi continuer d’espérer. Un espoir, car jamais nous n’aurons été si près du but. Jamais nous n’aurons été si proches d’un concept que certains jugent foireux mais que nous aimons plus que tout : l’égalité !

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