|
|
Le
Billet
d’humeur de Jonathan Denis Etrange Etranger |
|
La génétique est devenue un grand sujet de conversation. Bien évidemment, sur la place publique, le débat s’est immiscé avec comme trame de fond un sujet qui fâche les uns et les autres : l’immigration. Ainsi, vous n’avez pas pu passer à côté de la fronde menée contre une idée présentée par le gouvernement afin de lutter contre les fraudes massives ou imaginaires : effectuer un test ADN pour prouver le lien de filiation en vue du regroupement familial. Pour ma part, je ne suis guère étonné de voir le mot “génétique” revenir sur la table des échanges politiques puisque personne ne peut dire que notre actuel président ne nous y avait pas préparés. Rappelez-vous, pour mémoire, le scandale suscité à la suite des propos qu’aurait tenu Nicolas Sarkozy dans une interview donnée à un magazine philosophique. Pour lui, tout aurait été très clair et l’homosexualité trouverait sa cause dans cette même question des gènes. Aujourd’hui, ce n’est plus le même refrain, on ne se questionne plus pour savoir si l’on naît homo ou pas, si une explication est à donner à tout cela. Non, maintenant, c’est plutôt une question de prouver son appartenance, de justifier son passé, d’être coupable avant même d’avoir pu se défendre. Il y a un lien entre ces deux sujets inscrivant la génétique en premier lieu. Ce lien est simple et ancestral : l’étranger. Ce qu’on ne connaît pas, ce qui ne nous ressemble pas, ce dont on a peur. Deux sujets qui n’ont rien en commun au départ mais dont tout pousse à les rassembler. L’un pour expliquer, l’autre pour justifier. Mais jamais aucun pour comprendre. Comprendre qu’il n’y a pas besoin d’études ou de tests pour faire vivre ensemble tout le monde. Comprendre que ce qui est étranger à nous n’est pas forcément bon à jeter aux ordures. Comprendre qu’au-delà des différences flagrantes ou à deviner, se cache le plus grand mot de l’Histoire : l’humanisme. On a trop donné dans le scabreux. On a trop appris des thèses scientifiques prévalant sur la conscience des hommes. On a trop oublié qu’à force de vouloir prouver, on finissait bien souvent par ne même plus chercher ce qu’on voulait au départ. A travers ce mot, à travers cette idée, à travers ce débat, nous prenons tous la position d’un étranger. Etranger d’une société qui ne nous reconnaît pas, étranger d’une foule qui ne nous ressemble pas, étranger des autres et finalement dans le pire des cas étranger à soi-même. Je sais que ma fougue, que ma plume, que mes mots blessent parfois. Je sais que des propos que je tiens peuvent choquer, peuvent déplaire. Je sais que l’on attend d’un billet d’humeur qu’il vous fasse sourire, qu’il provoque une sympathie chez l’autre. Ne vous préparez pas à cela. Ce billet est une tribune pour écrire, critiquer, dénoncer, applaudir. C’est aussi une tribune pour dire que parfois on en a assez. Suis-je donc né comme ça ? Vais-je devoir passer un test demain pour le comprendre ? Faut-il que la génétique prouve mon lien avec qui que ce soit ? Hélas, la seule réponse qui me frappe la tête tient en une sentence cruelle : dans ce monde, je reste un étranger. Quoi qu’on y fasse. |
|