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Je me souviens amèrement du 25 octobre 2004. C’était il y a presque trois
ans et Pink TV venait effectuer un tourbillon dans le paysage si prude du
PAF.
Son président fondateur, Pascal Houzelot, avait alors les honneurs du 20
heures de TF1 et on se gargarisait des têtes d’affiches de la petite
chaîne estampillée homo.
On y trouvait pêle-mêle de grandes pointures du journalisme comme Claire
Chazal, Marc-Olivier Fogiel ou encore Frédéric Mitterrand.
L’innovation s’arrêtait là ! Il était déjà temps d’ouvrir les yeux et de
constater que Pink c’était du vent. Du vent pour homos bien pensant. Du
vent pour ceux qui réfutaient les lectures moyennes disponibles en
kiosques. De la poudre aux yeux sauf pour quelques-uns : ses actionnaires.
Des rois du CAC 40 qui profitaient de cette volonté un peu ridicule de
vouloir sa propre chaîne gay en France.
Je ne vais pas vous mentir sur les quelques bonnes minutes de plaisir que
j’ai pu passer sur Pink en reluquant le physique d’un présentateur qui
brillera, j’en suis sûr, par son professionnalisme, en la personne de
Christophe Beaugrand.
Oui, j’ai peut-être joui devant un porno à 9 euros par mois. Oui, j’ai
sans doute ri en regardant Debbie sermonner Justin dans l’inépuisable
Queer As Folk. Et puis le reste… Ce reste fait de rediffusions
vieillissantes de Wonder Woman, Côte Ouest et de l’Homme de l’Atlandide.
Il en va de même pour la musique classique estampillée homo par les
concepteurs de Pink. Que fallait-il y comprendre ? Qu’on adore les
kitscheries des années 80 ? Que l’on veut saliver sur Patrick Duffy dans
son slip de bain jaune ?
Trente ans de combats, d’activisme pour en arriver à cela. Pour franchir
la ligne d’une vision aussi réductrice de l’homosexualité.
La chaîne rose fait pâle figure aujourd’hui avec ses 4 millions de dettes,
ses 110 000 abonnés et ses 4 salariés alors qu’ils étaient encore 26
l’année dernière.
Alors on parle de tactique, de nouvelles possibilités pour faire survivre
cet ovni du lobby gay. Seule issue possible, la diffusion de programmes en
clair de 22 heures à minuit avec ensuite 5 heures de porno bon marché
crypté.
Ce n’était pas le rêve d’Houzelot. Ce n’était pas celui non plus des homos
qui vomissent cette machine à fric qu’est devenue une frange de la
communauté parisienne du gay power.
Pink avait au départ tout pour plaire. De beaux présentateurs, un slogan
chic, des photos chocs, de l’argent à foison, une envie de faire bouger
les choses. Il ne lui aura manqué qu’une chose : la culture. Pas celle des
faiseurs de pédévores. Pas celle des actionnaires qui nous prennent pour
des dindes chantant à tue-tête Dalida.
Non, la vraie culture. Celle qui n’est pas gay. Qui n’est pas que gay. Ah
oui, pardon, ça se fait déjà sur des chaînes généralistes. Et c’est bien
mieux comme ça. |