Le Billet d’humeur de Jonathan Denis
Septembre/Octobre 2007

Clap de fin pour la chaîne rose ?

Je me souviens amèrement du 25 octobre 2004. C’était il y a presque trois ans et Pink TV venait effectuer un tourbillon dans le paysage si prude du PAF.
Son président fondateur, Pascal Houzelot, avait alors les honneurs du 20 heures de TF1 et on se gargarisait des têtes d’affiches de la petite chaîne estampillée homo.
On y trouvait pêle-mêle de grandes pointures du journalisme comme Claire Chazal, Marc-Olivier Fogiel ou encore Frédéric Mitterrand.
L’innovation s’arrêtait là ! Il était déjà temps d’ouvrir les yeux et de constater que Pink c’était du vent. Du vent pour homos bien pensant. Du vent pour ceux qui réfutaient les lectures moyennes disponibles en kiosques. De la poudre aux yeux sauf pour quelques-uns : ses actionnaires. Des rois du CAC 40 qui profitaient de cette volonté un peu ridicule de vouloir sa propre chaîne gay en France.
Je ne vais pas vous mentir sur les quelques bonnes minutes de plaisir que j’ai pu passer sur Pink en reluquant le physique d’un présentateur qui brillera, j’en suis sûr, par son professionnalisme, en la personne de Christophe Beaugrand.
Oui, j’ai peut-être joui devant un porno à 9 euros par mois. Oui, j’ai sans doute ri en regardant Debbie sermonner Justin dans l’inépuisable Queer As Folk. Et puis le reste… Ce reste fait de rediffusions vieillissantes de Wonder Woman, Côte Ouest et de l’Homme de l’Atlandide.
Il en va de même pour la musique classique estampillée homo par les concepteurs de Pink. Que fallait-il y comprendre ? Qu’on adore les kitscheries des années 80 ? Que l’on veut saliver sur Patrick Duffy dans son slip de bain jaune ?
Trente ans de combats, d’activisme pour en arriver à cela. Pour franchir la ligne d’une vision aussi réductrice de l’homosexualité.
La chaîne rose fait pâle figure aujourd’hui avec ses 4 millions de dettes, ses 110 000 abonnés et ses 4 salariés alors qu’ils étaient encore 26 l’année dernière.
Alors on parle de tactique, de nouvelles possibilités pour faire survivre cet ovni du lobby gay. Seule issue possible, la diffusion de programmes en clair de 22 heures à minuit avec ensuite 5 heures de porno bon marché crypté.
Ce n’était pas le rêve d’Houzelot. Ce n’était pas celui non plus des homos qui vomissent cette machine à fric qu’est devenue une frange de la communauté parisienne du gay power.
Pink avait au départ tout pour plaire. De beaux présentateurs, un slogan chic, des photos chocs, de l’argent à foison, une envie de faire bouger les choses. Il ne lui aura manqué qu’une chose : la culture. Pas celle des faiseurs de pédévores. Pas celle des actionnaires qui nous prennent pour des dindes chantant à tue-tête Dalida.
Non, la vraie culture. Celle qui n’est pas gay. Qui n’est pas que gay. Ah oui, pardon, ça se fait déjà sur des chaînes généralistes. Et c’est bien mieux comme ça.

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