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“J’ai assez vécu pour voir que la différence engendre la haine” écrivait
Stendhal dans “Le Rouge et le Noir”. Oh, j’ai encore beaucoup de choses à
apprendre, beaucoup de larmes à verser, beaucoup de rires à exprimer mais
j’ai compris cela : la différence, celle que nous construisons, ne produit
que le rejet de l’autre, que la peur, que le démon de la pensée
anti-démocratique. Une partie de ce qu’on appelle à tort “la communauté
homosexuelle” croit détenir la clé de notre sauvetage : notre différence ;
celle qui fait que je ne ressemble pas à mon voisin, non par mon physique,
non par mon amour, mais bien par mon activité sexuelle.
C’est cela qui est grave aujourd’hui au sein même de notre système :
penser que notre sexualité construit notre identité. Je réfute cette thèse
fascisante qui ne fait de moi qu’un être sexuel alors que ma différence
est ailleurs : elle est dans le fait que je sois unique comme nous tous.
La différence provient de nos pensées politiques, religieuses, humanistes
; elle trouve sa source dans notre abyme spirituelle et intellectuelle
mais, ô grand dieu, non, elle ne réside dans notre approche de la
sexualité, de l’amour de nous-même.
Faut-il rappeler à ces ayatollahs roses l’article premier de la
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui veut que “tous les
hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits” ? Aucune
différence donc depuis la nuit des temps. Nous avons évidemment des
particularités physiques et psychiques mais ce n’est pas cela se sentir
différent de l’autre !
Comment ne pas comprendre l’indignation soulevée au lendemain de la Gay
Pride quand certains homos proclament haut et fort leur différence à
l’aide, pardonnez-moi la vulgarité, d’une plume dans le cul ? Comment ne
pas s’étouffer quand j’entends un de mes amis maintenir sa thèse selon
laquelle les homos élèveront leurs enfants différemment des hétéros et
dans le même temps prôner l’adoption et le mariage ? Ce même ami qui une
seconde après déploie des grands mots pour conspuer les hétérosexuels et
les médias qui ne nous veulent que du mal… Pardon, mais j’ai ri fortement
dans ma tête.
Il serait temps de comprendre un peu que la haine contre nous, que nos
batailles inutiles, que nos semblants de dramatisation ne sont, en grande
partie, que le fruit de notre cinéma, de notre désir de différence, de
notre stupide fierté à crier ce que l’on est au lieu de l’assumer le plus
paisiblement du monde. Bien sûr, il y a des épreuves, il y a des fachos,
il y a des casseurs de pédés, il y a des cathos intégristes, mais arrêtons
de nous jeter les premières pierres et retrouvons nos esprits. On ne
demande la tolérance qu’en se respectant soi-même et en respectant les
autres. On me taxera d’homophobe, on m’engueulera car je n’ai rien compris
mais on ne m’enlèvera pas l’idée que l’indifférence vaut mieux que la
différence. De toute façon, il n’y a qu’une différence entre les Hommes
sur Terre : on l’appelle la connerie. |