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Le réveil du Dragon gay |
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Cédric Chaory |
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Le continent asiatique n’a jamais été autant sous les feux de la rampe : fer de lance de la mondialisation, on fête dans la joie cette Asie et ses dragons, on y chérit ses mangas ou son cinéma d’auteur tendancieux, sans oublier de délirer sur ses Harajuku girls… Mais qu’en est-il de la question de l’homosexualité, ici et ailleurs ? Embarquement immédiat sur la planète gay asiat’ !
Décembre 2005, Pékin : maintes fois repoussé, le 1er festival gay et lesbien de Chine s’ouvre enfin pour mieux se refermer quelques heures plus tard sur ordre des autorités locales. La raison est aussi simple que farfelue : les autorisations ne sont pas conformes. “ntox” crient les organisateurs. Ce pétard mouillé, vu de l’Occident, nous conforte dans l’idée que la Chine a encore beaucoup de chemin à faire dans l’acceptation de ses propres gay et lesbiennes. Et pourtant, quelques signes d’espoir sont notables : la multiplication des bars gay dans la capitale tout comme la création d’une hotline dédiée à la cause gay ou encore, en 2001, le retrait de l’homosexualité de la liste des maladies mentales. Ces minimes avancées semblent malgré tout avoir peu d’emprise sur les mentalités : l’homosexualité reste encore et invariablement une « chose sale ». |
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Fort heureusement, la Chine n’est pas l’Asie et les nombreux petits frères du mastodonte font preuve de beaucoup plus de tolérance (bien évidemment sont à exclure la Corée du Nord ou encore le Vietnam). Au palmarès des pays les plus friendly le Japon, la Thaïlande, le Laos ou Bali sont les grands vainqueurs : bars, boîtes, associations y sont nombreux. Il n’est d’ailleurs pas rare que les programmes scolaires y abordent le thème de l’homosexualité. Cependant, prudence ! Les démonstrations d’affection en public sont à proscrire. Mais qu’elles soient homos ou hétéros, ces effusions sont très mal perçues dans cette contrée du globe. Question de culture, prônant par-dessus tout la discrétion et un relatif effacement pour “ne pas troubler l’ordre social.”
A des milliers de kilomètres de cet Orient si exotique, en France, les jeunes gay de la deuxième génération issus de l’immigration asiatique, s’organisent sérieusement, profitant d’un climat beaucoup plus clément envers les homosexuels. Malgré une culture toujours aussi vivace (comprenant le sens de la famille et de la hiérarchie poussé à l’extrême, le tabou de la sexualité…), les garçons se dévoilent et tentent même des coming-out tout aussi douloureux que ceux de leurs confrères européens (certes moins nombreux car la peur de décevoir la sacro-sainte famille freine l’émancipation). Nombreux sont épaulés par de trop rares associations échafaudant un timide réveil mais de plus en plus visibles (on ne recense que trois et uniques structures en 15 ans : Long Yang Club Paris, Fantasia et AZN Pride). A l’instar de Fridae, organisatrice de la plus grande manifestation gay chinoise « Nation », ces associations tentent de concilier la tradition séculaire de leurs parents et la modernité occidentale. Inutile de dire qu’ils ont fort à faire car l’homme asiatique souffre d’une piètre réputation dans le milieu gay : trop effacé, mal membré, obligatoirement passif… Les clichés s’accumulent et elle semble encore loin l’heure où un bel éphèbe aux yeux bridés détrônera un étalon black au rayon des fantasmes gay. « Les asiatiques n’ont pas été intégrés aux grands mouvements « ethniques » qui ont émergé via les deuxièmes générations françaises d’immigrés beurs ou blacks. Le schéma est le même chez les gays, il est même exacerbé, puisque les gays sont les spécialistes de la récupération fétichiste de tout code ou statut social ultra-viril : les fringues militaires, les pompiers, les flics, et depuis quelques années les sportifs, footballeurs, rappeurs, bad boys » explique Jérôme, organisateur des rafraîchissantes et très dynamiques soirées Pop Asiat’ gay « AZN Pride » à Paris. Pourtant les frenchies semblent oublier les corps parfaits et virils des samouraïs, ceux triomphants des athlètes kung-fu ou encore des boxers thaïs, véritables bombes atomiques cinématographiques. Quelles sont alors les raisons de cette impopularité ? « Sans doute la faute aux médias qui n’identifient pas ces jeunes au même titre que les autres deuxièmes générations ?… ou la faute aux asiatiques qui ne souhaitent pas prendre position, ne mettent pas en place d’icônes, ne se structurent et ne se mélangent pas ? Un peu des deux, peut-être, l’un entraînant l’autre et inversement, sur un mode « de la poule ou de l’œuf, qui en premier… ». (Jérôme) Pour pallier à cette représentativité quasi nulle dans la communauté gay, l’association AZN Pride multiplie les actions avec talent et un succès grandissant. « Je trouvais la communauté asiatique très peu représentée dans les médias gay, absente des circuits de communication du Marais (flyers, présentoirs), avec des structures en place discrètes, ou assez traditionnelles et associatives dans leur approche, ce qui renvoie une image décalée et désuète pour une partie importante du « grand public ». Le pari était de monter un rendez-vous très identitaire mais très contemporain, en allant puiser musiques et références asiatiques de l’époque (et en occultant volontairement tout le folklore « nems & dragons »), en « jouant le jeu » des médias, partenariats et circuits gay. Bref, une soirée qui prend en compte les codes et les moyens de son époque. » En passe d’être une des soirées tendances du moment (si vous souhaitez vous déchaîner sur la Britney Spears coréenne, c’est la soirée qu’il vous faut !!), on espère que le phénomène AZN donnera des idées aux provinciaux… Le péril jaune gay est en marche et rien ne semble l’arrêter !
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