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Interview - Hubert Allin |
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Tu as publié plusieurs livres avant celui-ci, notamment sur U2 et les Rolling Stone. Appréhendes-tu la sortie de cette biographie sur Gainsbourg de façon différente ? Oh oui. Je ne vais pas dire que ce livre sur Gainsbourg est LE livre de ma vie, parce que je suis encore jeune, j’ai 33 ans et encore le temps d’en faire d’autres, mais ce livre représente LE livre que j’avais absolument envie de faire. Toutes proportions gardées, sans prétention et en toute modestie, cette biographie apporte un regard neuf sur la vie de Gainsbourg. Sur sa vie tout a été dit, décortiqué, raconté, quelquefois très bien raconté, donc il n’y a aucun problème par rapport à ça. J’ai voulu écrire ma sensibilité par rapport à sa musique ; ma sensibilité a été le moteur de cet ouvrage. D’ailleurs l’émotion a été omniprésente durant toute l’écriture notamment pour le chapitre sur l’album “Melody Nelson” qui est pour moi l’album référence. Ce livre est très important pour moi. Je n’avais pas envie de décevoir et c’est vrai qu’à sa sortie, j’ai eu un petit pincement au cœur. |
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Y a-t-il une période inconnue du grand public que tu as souhaité mettre en avant ? La fin des années 50, une époque où il était encore inconnu et où la France était trop endormie pour reconnaître son talent et son génie. Cette période contient de petites perles musicales, je pense à l’album “Gainsbourg percussion” où l’artiste semble avoir 10 ans d’avance sur son temps, puisque 10 ans plus tard on va utiliser les mêmes rythmes et les mêmes instruments.
Durant toute sa vie et sa carrière, Gainsbourg a vécu dans la souffrance à la recherche d’une reconnaissance permanente. Voulait-il vraiment en sortir ? C’est tout le problème de la vie de Serge Gainsbourg. Au début de sa carrière, il est très peu connu, si ce n’est du cercle parisien très fermé. Sur scène c’est une catastrophe, en tournée en Province avec Jacques Brel notamment, on lui lance des tomates, on l’insulte, on le hurle. Gainsbourg ne comprenait pas ce manque de succès car il se considérait supérieur musicalement. Pour connaître LA notoriété, il a dû attendre 1979 avec son premier disque d’or pour l’album “Aux armes et cætera”. Mais une fois cette reconnaissance obtenue, quoi en faire ? A partir de là, Gainsbourg était dans une schizophrénie permanente. Il se disait “J’ai la reconnaissance, mais en même temps, ça me gonfle”. La question était “dois-je la garder ou non ?”. A ce moment-là il boit et s’invente un personnage : “Gainsbarre”.
Ce besoin de reconnaissance dans la vie de Gainsbourg est permanent et s’est déclaré très souvent. D’après toi, qu'elle a été la période la plus difficile pour lui ? (Il réfléchit). Question très difficile ! (Silence). D’après moi, la période la plus difficile est quand il a dû commencer à écrire pour les Yé-Yé afin de ne pas mourir musicalement. Il est parti d’un constat très simple, ses propos ont été “Je fais 12 chansons pour 12 interprètes différents, ce sont 12 tubes ; je fais 12 chansons pour un album, je n’en vends pas beaucoup”. Je pense qu’il s’agit-là d’un moment difficile pour lui. “Retourner sa veste doublée de vison” comme il aimait dire !
Le personnage Gainsbarre arrive à l’aube des années 80, certainement les années les plus médiatiques et provocatrices de Serge, ce personnage était-il nécessaire à sa survie médiatique ? Oh oui ! A la survie tout court. Gainsbourg avait peur de la notoriété. Gainsbourg avait besoin de se protéger, c’est pour cela qu’il a créé Gainsbarre, afin d’éviter de se livrer. Il y a beaucoup de pudeur dans cette démarche. Gainsbourg avait besoin de boire avant chaque prestation télévisée, et quand il arrivait sobre certains présentateurs aimaient lui servir quelques verres avant l’émission. A ce moment-là Gainsbarre arrivait. Comme il disait lui-même: “J’ai inventé Gainsbarre, quand Gainsbarre se bourre, Gainsbourg se barre”.
Hubert Allin - Serge Gainsbourg - La biographie - City Editions Propos recueillis par Patrick Roulph |
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