Nicholas Mosienko et ses pinceaux

L’Angleterre aime la France, son art de vivre notamment. Nicholas Mosienko, so british, l’a bien compris et a jeté son dévolu sur le Languedoc-Roussillon. Artiste-peintre de talent qui n’a pas froid aux yeux, il se confie dans les pages de LO’Mag.

 

Pourriez-vous brièvement nous raconter votre parcours artistique ?

Je suis britannique, à l’origine j’ai suivi des études pour être illustrateur-graphiste dans le Kent, et j’ai longtemps travaillé à Londres ; j’ai toujours dessiné et peint.

Dans les années 1990,  j’ai partagé un studio dans le quartier de Brick Lane, dans l’Est de Londres, un quartier avec une forte concentration d’artistes où j’ai développé un style abstrait non-figuratif avec textures et couleurs plus fortes. Mon style a maintenant évolué sur des formes plus minimales, plus contemplatives dans leurs expressions.

 

Vos œuvres figuratives (corps d’hommes et collages) sont très sexuelles. Vous dîtes qu’elles sont “la représentation de votre inconscient”. Caliente, le Nicholas ?

Vous avez sans doute raison ! Mais, je pense que les caractéristiques physiques masculines sont très inspiratrices, en particulier en termes de créativité artistique. L’aspect sexuel y est représenté comme une expression visuelle plus générale.

 

Vos peintures dévoilent de nombreux corps noirs à l’anatomie avantageuse. Comme Mapplethorpe, la physiologie black vous inspire ?

Oui, je suis très inspiré par la représentation du physique des corps blacks. Ceci est un thème que je commence à développer dans mes illustrations. Les proportions, textures et lignes de ces corps sont très définies et elles m’inspirent beaucoup.

 

Vous serait-il d’ailleurs concevable de peindre des corps (homosexuels ou pas) moins triomphants, comme ceux confus et meurtris de Bacon ou Freud ?

Peut-être pour le développement d’un projet artistique futur. Mais pour le moment, je suis plus inspiré par la représentation du “plaisir” à travers les formes masculines. 

Votre processus de création est assez singulier : inspiration d’impressions, sentiments ou évènements de votre vie, retranscrite spontanément mais avec une approche rigoureuse et contrôlée. Justement comment canalisez-vous vos émotions pour atteindre cette rigueur ?

Pour moi, peindre est un processus où je concentre mon esprit, clarifie mes pensées, et ceci est retranscrit à travers ce que je peins à ce moment précis. On en revient à ce que je vous ai dit à propos de mon travail, qui n’est pas préparé à l’avance, mais le reflet de mes sentiments, impressions, événements de ma vie, etc. 

 

On sent, comme pour tout artiste, de sérieuses références dans votre travail. Je pense à Rothko, Soulages, l’esprit de la Movida (dans vos collages) et un rien de Cocteau dans vos dessins… Sauriez-vous à brûle-pourpoint me citer votre artiste préféré ?

C’est très difficile de n’en citer qu’un seul, mais il y en a plusieurs qui m’inspirent constamment, bien sûr Rothko. J’apprécie aussi beaucoup l’esprit de Edward Hopper, les moments suspendus dans le temps, qui deviennent très contemplatifs, et je pense que mon travail (bien sûr d’un style totalement différent) exprime un parallèle, par exemple mes sentiments à un moment particulier « retenus » sur la toile. Van Gogh aussi pour l’intensité de son travail et ses couleurs vives.

 

Vos éclatants carrés abstraits tranchent avec le réalisme cru de vos peintures homo- érotiques. Comment êtes-vous passé d’un univers à l’autre ?

Ces deux univers ne sont en fait peut-être pas très différents quant à leur origine. Plus simplement, mes peintures abstraites sont souvent composées d’un élément central, un carré, contenu ou presque flottant dans un ensemble et parfois semblant essayer de sortir de la toile. C’est comme si la toile était une restriction et que la peinture sur cette même toile fasse partie d’un ensemble plus grand. Ceci peut être vu comme la représentation du fait que dans la vie nous sommes tous affectés par des restrictions diverses. Les illustrations homo-érotiques sont pareilles, la seule différence étant que j’utilise la forme masculine comme élément central.

 

Pourquoi, après de nombreuses expositions dans des centres d’art londoniens prestigieux, tenter l’aventure française ?

En m’installant dans cette région française, le Languedoc-Roussillon, que je connaissais et appréciais déjà, j’ai pu travailler dans un nouvel environnement, plus rafraîchissant en terme de luminosité, climat, esprit et culture ; tout ce qui m’inspire beaucoup. Il est très facile de comprendre pourquoi tant d’artistes Nord-européens s’installent ici pour peindre. L’esprit et les vibrations (‘vibes’ en anglais) qui se dégagent de cette région, sont tellement différents de ce que l’on trouve en Europe du Nord, que cela attire de nombreux artistes.

 

Alors, la France vous a-t-elle étonné artistiquement ? Quel regard portez-vous sur la scène picturale contemporaine française ?

Il me semble qu’il y a beaucoup de créativité dans toute cette région. Mais je pense que beaucoup d’œuvres proviennent de la culture locale, donc il y a, je pense, des opportunités pour une « scène artistique » plus variée et contemporaine, et j’aimerais beaucoup si possible en faire partie. Je ne peux pas me prononcer sur toutes les régions françaises que je ne connais pas parfaitement bien. Je pense simplement que le public qui aime l’art peut s’identifier avec plutôt que de se sentir imposer un challenge, ceci est en train de changer en mieux. Paris comme Londres sont toutes deux plus tournées vers cette forme d’art qu’en Province, mais on peut noter depuis quelques années des évolutions majeures.

 

Vous avez un projet très intéressant : un album d’illustrations homo-érotiques. Que pensez-vous de ces illustrateurs comme Tom of Finland ou encore Ralf Konïg ?

Je pense que Tom of Finland était et reste le maître de l’art homo-érotique. Ses œuvres sont superbement dessinées, et expriment une sexualité masculine homosexuelle très libérée.

 

Votre actu ?

Après avoir exposé à la Galerie Z à Aigues-Mortes entre décembre 2005 et mars 2006, j’expose actuellement des œuvres abstraites au Château de Grézan à Laurens jusqu'au 8 mai 2006.

Je dois me rendre à Londres en mai pour faire des recherches pour des projets futurs, inspirés du centre de la vie gay à Londres, Soho. Projets qui une fois terminés, pourraient être exposés en France pour commencer.

 

Propos recueillis par Cédric Chaory

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