Les aventures de Madame H
Le journal d’une parisienne

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Longtemps je me suis couchée tard, mais hier, une madeleine et au lit à 21 heures. Je me couchai sagement tôt, sans attendre minuit pour regarder sur Pink TV les documentaires animaliers sur les pratiques sexuelles chez les homos erectus. Documentaires pourtant forts instructifs et relaxants, qui me permettent habituellement de m’endormir facilement en comptant les saillies.

Hier, je dus donc déroger à mes habitudes, car aujourd’hui une redoutable journée m’attendait.

Lassée du calme ronron d’Auteuil-Neuilly-Passy, j’avais comme une envie d’aventures : Go East ! Et si j’allais dans l’Est parisien observer comment vivent les pauvres ?

Ce matin, je me suis donc levée aux aurores. Je me suis sustentée d’un boudoir trempé dans mon thé, car j’adore tremper mon biscuit.

Revêtue de ma tenue safari totalement adaptée pour mon voyage d’exploration, je me précipitai dans le métropolitain.

Quelle émotion de prendre ce mode de transport pour la première fois de ma vie. C’est tout de même une bonne idée d’avoir inventé ce train souterrain qui permet de ne point voir, ni entendre (ni sentir) les prolétaires qui partent tôt au travail.

C’est très sympa, mais je déplore l’absence de wagon première classe. Je me renseignai : il n’y a ni espace VIP, ni backroom. Et ce carrelage blanc sur les murs, c’est d’un mauvais goût !Dans le wagon, je dus me tenir debout en me cramponnant à une barre en métal qui doit servir - j’imagine - pour les strip-teaseuses et gogo-danseurs de la RATP.

J’attendis, fis quatre fois la ligne : pas un strip-tease. Ce ne devait pas être le jour. Tous les pauvres sont restés habillés.

Déçue, en nage, mais finalement en vie, je descendis station République. Afin de me remettre de mes émotions, je me suis amusée comme une petite folle dans les escalators, en les prenant à contresens.

En sortant de la bouche de métro, ce fut l’horreur absolue. Une marée hurlante de jeunes pauvres en colère était en train de manifester.

Je sais les repérer facilement ces jeunes pauvres : ils ont de l’acné comme les riches mais ne portent pas de blaser bleu marine.

Et les filles de pauvres ne portent pas au cou un carré Hermès mais d’immondes foulards tissés par des petites filles du tiers-monde.

Je fis mon enquête : ces énergumènes étaient étudiants.

Mais où va le monde, si on laisse les enfants de pauvres faire des études ? Ils apprennent à lire, donc deviennent dans la capacité de comprendre les contrats de travail qu’on veut leur faire signer, ne veulent donc plus signer, car ils ne veulent plus se faire exploiter comme au bon vieux temps. Alors, ça manifeste et revendique. Ils et elles étaient toutes là à hurler, dressant leurs oriflammes peinturlurés.

Un acnéique me prit à parti : “On t’a reconnue Bernadette C. !”. Je me défendis : “Mais non, vous faites erreur mon bon. Tenez, prenez mes pièces jaunes !”

Je m’enfuis à ma banque, vidai mon coffre, et mallette en main, filai par le premier jet pour Monaco. Au moins, là-bas, les pauvres ne râlent pas parce qu’ils n’ont pas accès au casino !  

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