Le Billet d’humeur de Jonathan Denis
Mai / Juin 2006

Rendez-moi ma Gay Pride !

 

C’est reparti pour une Marche et à voir la cote actuelle des manifestations, je peux prédire sans me tromper que celle des Fiertés aura un vif succès...

 Après le CPE, voici donc le retour de l’estivale Gay Pride (je sais, on ne dit plus comme ça) et son cortège coloré de créatures, d’hommes politiques, de peoples, d’associations mais aussi de ceux que l’on oublie à chaque fois : les millions d’anonymes.

Oui, comme chaque année, je serai parmi la foule pour réclamer qu’enfin je ne sois pas considéré comme un sous-citoyen.

Oui mais aussi, comme à chaque fois, je refoule ce mot qui me pose problème quand un autre se permet de parler de mon identité : la fierté. Je suis borné mais je n’arrive toujours pas à comprendre : de quelle fierté me parle-t-on ?

Non, Messieurs les faiseurs de modes, je ne crie pas haut et fort ma fierté d’appartenir à “votre communauté”, Non que j’ai honte de vous ou de me promener dans des rues que vous avez créées mais je n’ai pas ce côté démago qui doit trahir tout le bonheur d’appartenir à un ensemble de personnes (ou de biens selon l’angle de la discussion). Aujourd’hui, c’est pourtant cela la réalité du terrain : on défile dans la Marche des Fiertés LGBT… On pourrait presque en faire des vêtements de marque.

Je ne renie pas tout ce passé ponctué de combats de “folles” qui se sont battues pour qu’en 81, un certain président Mitterrand ose le dire : “L’homosexualité doit cesser d’être un délit”. Un délit, les enfants… Je n’ai jamais entendu dire que cela devait devenir quelques années après “une fierté”.

Bien sûr, quelques gens de la haute sphère vont me taxer de dénigrer l’homosexualité, de pratiquer à ma façon l’homophobie, d’être plus royaliste que le roi. Alors, oui, s’il faut choquer, je veux bien être à la première loge : je ne suis pas fier d’être un pédé, simplement heureux d’être un Homme bien dans mon corps et dans mon esprit qui veut que certains jeunes “différents “comprennent qu’à l’avenir ce qui reste le plus important est le droit à l’indifférence… Qu’ils se battent ces mignons louveteaux pour que demain l’on réclame honnêtement et dignement la tolérance sans pratiquer l’inverse dans nos rangs.

Qu’on ne me jette pas la pierre de celui qui retourne sa veste au gré des saisons… Sur la première page de mon dernier livre on trouvait cette phrase de Jean-Louis Bory… Une phrase qui résume bien “mon” combat : “Il n’y a pas à avouer qu’on en est, parce que ce n’est pas une faute. Il n’y a pas à proclamer qu’on en est, parce qu’il n’y a pas là de quoi tirer fierté. Il y a simplement à dire qu’on en est parce que c’est comme ça”. Oui, chers amis, je suis comme ça… un point c’est tout.

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