Sous l’uniforme

Par Cédric Chaory

Ces grandes folles (fictives) de Village People étaient plus futées qu’elles n’en paraissaient. En se dandinant dans des costumes de flics, pompiers ou encore de gars du bâtiment, nos disco-queens ont mis en émoi les gays du monde entier (et au passage amassé des millions de dollars).

Alors, question existentielle ultime : Pourquoi les homos kiffent les uniformes ?

Autre interrogation : dans un univers aussi macho, quelle est la place accordée au fonctionnaire gay ?

Lettre Ouverte a rencontré un pompier, deux gendarmes et un policier à la terrasse du “Bazooka Café” (Paris, 4ème) pour percer les mystères de l’uniforme.

Yann le policier, Mike le pompier, Philippe et Paul gendarmes de leur état et couple à la ville, tous les quatre gay, peuvent s’estimer heureux. Ils portent élégamment l’uniforme. Et auprès des hommes sensibles c’est un atout indéniable. Il n’y a qu’à voir la pléthore de films X qui emploie le costume à des fins aphrodisiaques, sans compter les revues “olé olé” (notamment la revue allemande “In Uniform”) qui en font leur spécialité.

Un rapide sondage parmi vos amis vous permettra de comprendre pourquoi quelques bouts de tissus savamment coupés excitent à ce point l’homme sensible que vous êtes.

 

Pour Grégoire, sémillant parisien de 32 ans, c’est “le côté viril de l’uniforme, sans compter les accessoires, qui me rendent fou. Les culs sont bien moulés dans les fûts de pompiers, tout est sanglé et très avenant.” Soit !

 

Pour Laurent, 21 ans, c’est un autre son de cloches : “J’aime le côté autoritaire et hyper-masculin que dégagent ces corps de métiers. Sans aller jusqu’à Freud, j’aime ce rapport dominant-dominé qui peut s’installer. Il y a aussi un aspect transgressif, comme si séduire un gendarme pendant ou en dehors de ses fonctions était un tabou, un interdit à braver… D’ailleurs je n’invente rien car les films pornos exploitent à fond ce filon.”

 

Mais à y regarder de plus près, ce charme opère-t-il aussi facilement auprès de la gente gay ?

 

Yann le flic s’explique : “Le fantasme de l’uniforme existe aussi bien chez les homos que chez les hétéros. Et j’avoue que cela ne me laisse pas non plus indifférent. Je ne joue pas du statut de policer quand je parle aux mecs, mais quand on me demande ma profession, je réponds en toute sincérité. J’avoue qu’à certains moments c’est efficace… A d’autres, ce sont plus que “des vents” que je me prends.”

Notre joli pompier Mike acquiesce en souriant : “Oui ça aide pour draguer, c’est indéniable !”

 

La réponse de Paul, elle, est sans appel et beaucoup plus nuancée : “Certains ont tenté leur chance avec moi mais ils ont été mal reçus. Désolé mais comme tout militaire, je suis attaché à mon uniforme mais je comprends le fantasme, mais vous savez les fantasmes et la réalité ne font pas toujours bon ménage !”

Et oui, ce n’est pas le tout d’être un objet de désir, encore faut-il accepter ce rôle ! 

 

Globalement, pour “pécho”, les militaires ont la vie facile mais c’est oublier que la Grande Muette et assimilés ne rigolent pas avec le “douloureux problème”. Passés les succès nocturnes des discothèques, le lieu du travail de nos compères est-il aussi paradisiaque ?

“Pour mon coming-out chez les pompiers, j'ai beaucoup hésité à le faire et puis, après un an passé, j'ai décidé de le dire. Tout s’est relativement bien passé, même si beaucoup de mes collègues se posent des questions. Au niveau des pompiers aucune structure concernant les gays n’est mise en place à ce jour”, explique Mike.

 

La sortie du placard du gendarme Paul fut digne du outing de bas étage mais il en rit aujourd’hui : “J’ai été outé par des camarades peu scrupuleux et surtout peu intelligents… mais j’ai eu la chance d’être soutenu par ma hiérarchie et cela s’est bien passé.

Au final, ces imbéciles m’ont rendu service car ils m’ont évité de me poser la question de savoir comment j’allais présenter ça. Certes, on a discuté dans mon dos mais tout est rentré dans l’ordre au bout de quelques jours car je n’ai pas voulu rentrer dans leur jeu ! Si c’était allé plus loin, j’aurais pris les mesures qui s’imposaient et que nous offre le code pénal !”

Son conjoint Philippe table sur la signature du PACS pour mettre ses collègues au courant. “Des bruits courent déjà… J’ai d’ailleurs été victime de quelques insultes à caractère homophobe. Le patron en a été informé et le protagoniste a été mis en garde avant poursuites (pénales et disciplinaires).”

 

Du côté des keufs aussi, pas question non plus de se moquer des agents car l’association F.L.A.G ! veille au grain.

“C’est l’association des Policiers Gays et Lesbiens de la Police Nationale. Elle regroupe environ 200 adhérents à travers la France. Elle a pour but de promouvoir l’égalité de toutes les personnes au sein de la Police Nationale, de lutter contre toutes les formes d’exclusion et de discrimination ainsi que l’isolement. L’association aide les fonctionnaires découvrant leur différence d’orientation sexuelle à s’intégrer dans la Police Nationale. Je pense qu’elle est bien perçue de la part de la hiérarchie. FLAG ! cherche même à travailler, autant que possible, en partenariat avec elle. On peut dire que FLAG ! évolue et existe au sein du ministère.” argumente Yann.

Finalement, nos quatre hommes ont de la chance. Outre le fait d’être des aphrodisiaques sur pattes pour toutes les “Uniform Queens”, ils donnent cette impression d’être relativement bien protégés par leurs supérieurs.

Bien évidemment, tout n’est pas si rose, et il y a fort à parier que certains d’entre vous, flics ou pompiers, ont vécu des intégrations beaucoup plus traumatisantes dans vos services.

N’hésitez pas alors à témoigner dans les pages de Lettre Ouverte.

Et surtout consolez-vous en vous disant que pour bon nombre de gays, vous êtes un pur fantasme !

 

Pour plus de renseignements :  FLAG !

www.flagasso.com   -  mail : flagasso@yahoo.fr

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