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Sida Grande Cause Nationale 2005 : Utopie ou Réalité ? Interview Jean-Luc Roméro |
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Par Serge Giordano |
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Le
sida devait être une des priorités du gouvernement, neuf mois plus tard
qu’en est-il exactement ? Jean-Luc
Roméro, à l’initiative de ce projet, nous en fait un premier bilan. |
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Grâce
à vous le Sida a été reconnu grande cause nationale 2005, neuf mois
plus tard quelque chose a-t-il changé, qu’est-ce que cela a apporté ? On
peut dresser un bilan globalement positif de cette première partie de
l’année « Sida grande cause nationale 2005 » même si la mobilisation
des médias au niveau national est globalement bien moins importante que
je l’espérais. En
janvier, Elus Locaux Contre le Sida et Sida Info Service ont organisé une
Journée Nationale du dépistage au VIH avec le soutien du Premier
ministre, de ministres et de personnalités du monde culturel et sportif.
Aujourd’hui, il faut rappeler que la moitié des personnes entrant dans
le stade sida ne connaissait pas leur séropositivité. Ainsi, voir les
personnalités et les ministres se faire dépister a permis de banaliser
le dépistage, mais a été aussi un moment fort en termes de solidarité
et de non-discrimination avec les personnes touchées. En février, nous
avons passé le relais à l’Union Nationale des Associations de Lutte
contre le Sida (UNALS) pour le mois du malade. Des pin’s en forme de cœur
ont été distribués par les magasins Séphora et des fiches sur les
difficultés rencontrées par les personnes touchées ont été éditées.
En mars, AIDES a traité la question des femmes et du VIH. Une dizaine de
femmes séropositives ont témoigné sur la spécificité de la maladie et
leurs difficultés. Avril a marqué le mois du Sidaction avec un résultat
très correct - même si l’actualité n’a pas joué en notre faveur -.
Au mois de mai, consacré à la prévention chez les jeunes, le réseau
des CRIPS a organisé un concours d’affiches sur toute la France et
l’image gagnante sera déclinée sous forme d’affiches, de sets de
table, d’emballages de préservatifs. En juin, mois de l’homosexualité,
les Gay Prides - notamment celle de Paris pour la première fois - ont
toutes respecté une minute de silence en hommage aux victimes du Sida et
de nombreux débats ont eu lieu sur le thème « Sida et homosexualité ».
En juillet, le festival des Solidays était axé sur la solidarité
Nord-Sud. Août a été consacré à la prévention. Quant aux actions des
prochains mois : septembre aux migrants, octobre à la lutte contre les
discriminations et novembre à la toxicomanie. Vous pourrez retrouver des
informations plus complètes sur le site http://www.sida2005.net
Par
ailleurs, des groupes de travail ont été mis en place et collaborent
avec les pouvoirs publics afin d’être forces de propositions. Les différents
thèmes développés sont l’assurabilité des personnes touchées, la
situation dans les départements français d’Amérique, le Nord-Sud,
l’éducation… Au
niveau de la visibilité nationale, la campagne de communication qui
portera sur le thème de la solidarité avec les personnes touchées va être
organisée en fin d’année. Pardonnez
cette liste quelque peu fastidieuse mais je crois qu’il était nécessaire
de la faire pour bien montrer que, contrairement à ce que certains
veulent faire croire, il y a une mobilisation d’ampleur dans le cadre de
cette année très spéciale. Alors, bien évidemment, déclarer le sida
grande cause nationale ne s’apparente pas à une mesure miracle mais
cela permet de sensibiliser le grand public, d’avancer sur différents
thèmes et réflexions. C’est très clairement de la responsabilité de
tous : associations, médecins, société civile, médias, de faire de
2005, l’année d’une grande mobilisation dans la lutte contre le sida
! Cette
année aucune campagne de prévention n’a été faite dans les supports
s’adressant à la communauté homosexuelle alors que l’épidémie est
en nette progression, comment expliquez-vous cela ? Au
moment où je vous parle, une campagne de communication menée par la
Direction Générale de la Santé, le SNEG et le collectif « Sida grande
cause nationale 2005 » à destination des gays est réalisée et les
affiches sont en train d’être envoyées. Cette campagne par son slogan
fort « 1 homosexuel sur 10 est contaminé par le VIH. Plus de quatre
homosexuels découvrent chaque jour leur séropositivité / Sida : nous
arrêtons quand ? » renvoie - sans stigmatiser - à la responsabilité de
chacun, séronégatif comme séropositif face à une situation épidémiologique
extrêmement grave. Au
cours de cette année « Sida grande cause nationale 2005 », je crois
qu’il était en effet indispensable de faire une campagne spécifique à
destination des gays alors que, selon l’enquête presse gay 2004, on
constate entre 1997 et 2004 une augmentation de près de 70 % des rapports
non protégés chez les gays. Je rappelle que le mois de juin 2005 a été
consacré au thème du sida et de l’homosexualité. Laissez-moi
ajouter que la remobilisation d’ampleur indispensable face à la
situation épidémiologique extrêmement grave ne pourra être véritablement
efficace qu’à la condition que tous les acteurs de la communauté
homosexuelle se mobilisent, notamment les associations de convivialité
qui, pour la plupart, n’ont pas envie qu’on leur parle du sida.
Pourtant ne nous cachons pas la vérité : 1 homosexuel sur 10 est
contaminé par le VIH, 1 sur 5 à Paris… Que
pensez-vous du phénomène “bareback”
? Doit-on laisser tribune libre à des gens qui prônent ces
pratiques ? Avant
de répondre à votre question, je souhaiterais remettre les choses à
leur place : le bareback, à cause de son côté très provocateur, a été
mis sur le devant de la scène médiatique par des journalistes incitant
des homosexuels à parler de leur volonté de contaminer leur partenaire.
Ce discours nous a fait passer pour des irresponsables pour le français
moyen alors que ce phénomène ne concerne qu’une très faible minorité
d’homosexuels, rappelons-le ! Mais
revenons à votre question. Les barebackers sont souvent des gens bien
informés et ils revendiquent une certaine forme de liberté… comme si
être atteint du virus ou développer une résistance aux traitements
rendait plus libre ! Alors
faut-il leur interdire la parole ou au contraire leur laisser l’espace
public quitte à inciter les gays à abandonner le préservatif ?
Personnellement, je crois qu’il ne sert à rien d’imposer unilatéralement.
J’ai toujours été pour le dialogue et la discussion beaucoup plus
productifs que l’interdiction. Alors oui pour la discussion mais il faut
aussi que les journalistes fassent leur travail et acceptent la
contradiction, même si médiatiquement le bareback est plus marquant ! Face
au relâchement des comportements qui nous concerne plus directement, de
nombreuses pistes de réflexions s’ouvrent aux acteurs de terrain:
insister sur la notion de surcontamination, développer la réduction des
risques, envisager la lutte contre le sida dans une problématique plus
globale en terme de santé gay… Beaucoup de travail en perspective et
d’actions à mener ! Quelle
vision avez-vous des différentes associations de lutte contre le sida
? Alors
que jamais autant de personnes n’ont vécu avec le sida dans le monde et
en France et que 6000 personnes sont contaminées chaque année au VIH,
notre pays a la chance de compter un nombre très important
d’associations de lutte contre le sida - près de 1800 - qui ont des
champs de compétences (prévention, collecte de fonds, accompagnement des
malades, recherche…) et des publics (migrants, homosexuels, hétérosexuels…)
très différents. Il me semble essentiel de faire perdurer ce paysage
associatif, c’est pour cela qu’il est indispensable que le montant des
financements accordé à la lutte contre le sida, comme le ministre de la
santé s’y est engagé très récemment, ne baisse pas. Alors
même s’il n’est pas toujours simple de travailler ensemble et que la
controverse entre associations est quelque fois assez vive, nous devons être
unis sur l’essentiel, car ce n’est que comme ça que nous parviendrons
à gagner ce combat pour la vie ! Pensez-vous
qu’aujourd’hui faire de la prévention soit encore très utile ?
N’est-il pas informé qui veut bien l’être ? Aujourd’hui
tout le monde a entendu parler du sida et a une idée vague de ce que
c’est. La vraie question n’est pas tant de savoir si vous avez entendu
parler de quelque chose mais de savoir qu’est ce que vous en savez,
comment vous percevez les conséquences. L’arrivée des trithérapies a
donné l’impression que le sida était une maladie chronique donc dépassée,
que quelques pilules suffisaient pour avoir une vie normale. Faux et
archifaux ! Nous devons marteler cette vérité : le sida reste une
maladie obstinément mortelle ! En tant que personne touchée depuis plus
de 20 ans, je peux vous témoigner de tous les effets secondaires et de
l’angoisse du lendemain… Alors
quand on voit que 6000 personnes sont contaminées chaque année au VIH en
France, qu’une personne sur deux, avec un diagnostic de sida en
2003-2004, ignorait sa séropositivité VIH, quand on apprend que selon
une étude de l’ORS, près de 25 % des Franciliens pensent qu’on peut
être contaminé par une simple piqûre de moustique, quand on constate,
entre 1997 et 2004, une augmentation de près de 70 % des rapports non
protégés chez nous les gays, ce sont bien les preuves que nous devons
repenser et renforcer notre politique de prévention. Dans ce combat pour
la vie, la réaction des pouvoirs publics et des associations doit être
extrêmement forte. L’UMP
semble être de plus en plus éloigné des revendications des gays, est-ce
pour cela que vous avez souhaité créer votre propre parti ? Pour
mémoire, c’est en juillet 2004 que j’ai démissionné de mon poste de
secrétaire national de l’UMP afin de protester contre le report de la
loi sur la répression des propos homophobes. Aujourd’hui, la droite
reste en décalage avec les aspirations légitimes d’égalité de la
communauté homosexuelle et j’étais assez déçu que le nouveau Premier
ministre ne parle ni du sida ni des revendications homosexuelles dans son
discours de politique générale. J’attends avec impatience de voir le
contenu du projet de loi relatif à l’amélioration du PaCS et je serai
extrêmement vigilant sur la question. Ce décalage, que j’ai longuement évoqué dans mon dernier livre, est une des raisons de la création d’« Aujourd’hui Autrement » en septembre 2004 mais pas la seule : je souhaite aussi pouvoir ouvrir le jeu à droite avec ce parti qui repose sur des valeurs de liberté et de tolérance et qui reste associé à l’UMP. |
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