Laurent Viel  -  'L'impatience"

Propos recueillis par Patrick Roulph

Auteur compositeur interprète, Laurent Viel nous présente son nouvel album “L’impatience”. Acteur de sa propre vie, de ses propres envies, il l’est aussi sur scène avec sa troupe “Les palétuviers” et présente sur la scène de l’Etoile du Nord à Paris du 12/11 au 20/12 “Que reste-t-il de leurs amours”, son nouveau spectacle musical autour de mai 1968. De passage au Festival d’Avignon au mois de juillet dernier pour une série de concerts Laurent Viel nous accueille à sa table. Rencontre.

- Ta biographie détaille ton parcours mêlant tes deux passions: le théâtre et la chanson. A quand remonte tes premières pulsions artistiques ?
A ma toute petite enfance. Les souvenirs que j’ai de moi petit enfant sont lorsque je m’enfermais dans ma chambre pour écouter mes artistes préférés. C’était un refuge, mon monde à moi, une nécessité en tout cas. J’ai très vite senti alors que je voulais être artiste. J’ai toujours su que je voulais chanter, le théâtre est arrivé un moment donné dans ma vie comme on a besoin de se nourrir, de donner une dimension supplémentaire à sa vie. 

 

- Quels artistes écoutais-tu ?
Ca allait de France Gall avec Michel Berger, Sylvie Vartan, la dernière époque de Claude François. Tous ces artistes représentaient le côté festif, léger, strass et paillettes du métier, puis à l’âge de huit ans, j’ai rencontré Barbara, une rencontre très forte. D’ailleurs lorsque j’ai écouté Barbara pour la première fois à huit ans, j’avais l’impression de l’avoir toujours entendu. Jai vraiment eu l’impression de rencontrer une personne qui m’attendait et me parlait comme je l’attendais.

- Aujourd’hui, quelles sont tes références musicales ? Que trouve-t-on dans ta CDthèque ?
Actuellement on trouve Christophe, Alain Bashung, les Rita Mitsouko, Etienne Daho, Françoise Hardy puis bien sûr Serge Gainsbourg, Barbara, Sylvie Vartan, Véronique Sanson, France Gall. C’est assez éclectique. J’écoute aussi Björk, Muse, Radiohead, Kate Bush, Peter Gabriel, David Bowie, Prince. J’écoute de la musique classique aussi.

- En 1998 tu édites ton premier album “A l’envers”. Ton site Internet reste très discret à ce sujet. 
Tu sais, à la base c’est un album auto produit tiré à 1000 exemplaires. Cet album a été enregistré afin de m’aider à me produire sur scène. Au départ on devait faire un 5-6 titres puis à la fin on s’est retrouvé avec un album complet. Mais il n’a pas été défendu comme un album doit être défendu pour qu’il vive vraiment.

- Les titres “Surf on the web” et “Etrangère” que tu interprètes sur scène sont-ils tirés de cet album de 1998 ?
Non. Ces deux titres devaient à l’origine se trouver sur l’album “L’impatience”, mais je n’étais pas entièrement satisfait de la façon dont ils étaient réalisés, puis on avait suffisamment de titres au final. Ces deux titres ont donc été mis de côté, “Etrangère” apparaîtra, je pense, dans le prochain album prévu pour l’automne 2006, quant à “Surf on the web” c’est plus une chanson de scène, une sorte de pirouette scénique, un moment pour se détendre, rire. Pour que “Surf on the web” soit vraiment exploitable en studio il faudrait la travailler avec des remixeurs, lui apporter une couleur particulière.

- A propos de “Surf on the net” tu n’es pas tendre avec Internet. Quel surfeur es-tu ?
(Rires). Oh non, je n’ai rien contre Internet, je suis seulement nul avec Internet !Mais aucun rapport avec ma chanson, qui est une chanson ludique. Je ne suis pas encore connecté mais je trouve Internet fantastique. Tout est possible avec le net. Bien évidemment comme toute nouvelle technologie, il y a les côtés néfastes. Le côté enfermement d’Internet me fait un peu peur. Je continue à penser que la plus belle chose dans la vie sont les rapports humains, les rencontres.

- Internet permet des rencontres !
Bien évidemment, mais certaines personnes se suffisent à elles-mêmes et restent derrière leur ordinateur.

- Depuis cinq ans tu te produis aussi sur scène avec ta compagnie “Les palétuviers” et avez créé un spectacle musical “J’ai la mémoire qui chante”. Que penses-tu des comédies musicales qui fleurissent sur nos scènes depuis quelques années ?
J’en ai vu quelques-uns unes, mais ce n’est pas ma tasse de thé, même si je peux aimer certaines chansons issues de ces répertoires. Le travail que j’effectue avec ma compagnie est un travail qui n’a rien à voir avec les comédies musicales. Avec ma compagnie nous allons à la rencontre des couches de la population, si je peux dire ainsi. Le premier spectacle était dédié aux personnes âgées où durant tout le spectacle elles racontaient de courtes anecdotes, de courtes histoires sur le siècle qui vient de se terminer, tout cela en voix off avec pour illustration sonore des chansons qui allaient de Vincent Scotto aux Rita Mitsouko en passant par Dutronc, Brel, Vian, Mistinguett, Prévert. La parole et les chansons étaient en échos et venaient raconter notre vie à nous, la vie de nos grands-parents. Le prochain spectacle que nous jouons du 12 novembre au 20 décembre prochain a pour thème Mai 68. Pour ce spectacle nous avons rencontré des personnes qui ont vécu cette période-là. Une fois encore pour ce nouveau spectacle, les paroles et la chanson seront en écho. Nous travaillons la mise en scène, la scénographie. Nous faisons un important travail de recomposition dans les chansons, les arrangements. Tout ce travail est différent des comédies musicales montées sur scène ces dernières années.

-Raconte-nous ta rencontre avec Olivia Ruiz avec qui tu interprètes un très joli duo “L’amour qu’on a pas fait”.
J’avais repéré Olivia quand elle était dans le Château de la Star’ Ac 1. Je regardais un peu et me disais qu’est-ce qu’elle est “cracounette” puis je trouvais que les activités dans le château étaient un peu limitées par rapport à ses possibilités et qualités. J’aimais bien sa voix, sa personnalité. Quelques mois plus tard chez ma productrice j’entends une chanson que je trouvais sympa, il m’a semblé reconnaître la voix d’Olivia. Ma productrice me répond que c’est elle ! L’idée du duo m’est venue rapidement. J’ai demandé à la rencontrer, de son côté Olivia a assisté à l’un de mes spectacles en première partie de Guidoni, puis le feeling s’est produit entre nous. Elle aimait bien ma voix, aimait la chanson que je lui proposais. Personnellement je trouve qu’Olivia est une fille avec un parcours que je trouve magnifique. Venir d’où elle vient, réussir à se faire écrire un album par des gens comme Juliette, les Têtes Raides pour le prochain, toutes ces personnes à l’antithèse de la Star Academy, il faut le faire. Olivia sait ce qu’elle veut.

- A propos de ce duo, n’as-tu pas eu peur de te faire taper sur les doigts en chantant avec une ex de la Star’ Ac ?
Pas du tout. J’ai aucun préjugé de ce type. Moi j’aime les gens. J’adore le dernier album de Camille, Amel Bent, qui vient de la Nouvelle Star, a une voix et une façon d’interpréter magnifique, pareil pour Thierry Amiel. Bon ensuite je n’aime pas forcément tout, mais à la base je suis très ouvert. J’ai aucune envie de classifier, d’être classifier. En ce qui concerne Olivia, je l’aime, elle a fait la Star Ac, elle s’est servi de la Stars Ac et voilà. La Star Ac j’ai rien contre. Je trouve seulement dommage qu’il n’y ait suffisamment de place pour autre chose que la Star Ac à la télévision. La Star Ac existe, pourquoi pas. Depuis que cette émission existe, on a jamais vu autant de jeunes chanteurs et artistes participant à la chanson française classique émerger ! Juliette vend des disques comme elle en a jamais vendu avant, pareil pour Bénabar ou Vincent Delerm.

- Ce nouvel album “L’impatience” t’aurait demandé deux années de travail. Tantôt auteur, tantôt compositeur, comment travailles-tu ?
En ce qui concerne cet album, j’ai écrit trois textes seuls, en un seul jet. Les autres textes sont de Xavier Lacouture avec qui j'ai passé beaucoup de temps. Je racontais à Xavier les choses que j’avais envie d’entendre. Je lui ai raconté beaucoup de choses, longuement. Puis il se mettait à l’écriture après que nous ayons fait ce temps de paroles entre nous. En tant que compositeur je travaille avec Thierry Garcia, qui est aussi mon guitariste et d’autres personnes, mais le travail reste toujours très “lié”, très à l’écoute l’un de l’autre; Thierry part sur deux accords, j’enchaîne sur une mélodie et repart sur un troisième accord ! C’est vraiment un travail en commun."

- Chaque texte de cet album semble avoir été vécu.
Tout à fait. Toutes les chansons de cet album sont des histoires qui me sont arrivées. C’est un album très personnel, très introspectif. Le prochain album sur lequel je commence à travailler sera beaucoup plus tourné vers le monde extérieur. 

- Xavier Lacouture tient une place importante dans l’écriture des textes. Comment l’as-tu rencontré ?
Par Thierry Garcia avec qui il travaille beaucoup. Je cherchais un auteur car je ne me sentais pas suffisamment solide pour assurer tout seul. J’ai rencontré différentes personnes de talent mais aucun atome crochu. Xavier Lacouture a su écouter, écrire des chansons qui me collent à fond.

- Tu signes les paroles de “Mon amour”, sublime chanson de l’album. Comment arrive-t-on à une telle déclaration ?
J’étais fou amoureux ! C’était même un amour passionnel avec les bons côtés et les côtés difficiles de cet amour là. C’était quelques choses de très fort ! J’ai eu envie de lui dire, j’ai donc écrit ce texte là.

- Tu chantes “Qu’est-ce qu’il y a d’aussi bon qu’embrasser un garçon”. Pour certains tu interprètes toutes les audaces, quoique. Y’a-t-il un thème, une idée que tu n’oses pas encore aborder ?
Non, je ne me suis jamais posé réellement la question. Il y en a plein forcément que je n’ai pas encore abordé. (Il réfléchit). Je sais que j’ai très envie de faire une chanson sur la mort, une chanson positive. Le rejet de notre société par rapport à la mort ou à la maladie est plus nuisible qu’on ne le croit. Tu vois, une chanson comme “Etrangère” qui n’est pas sur l’album et que j’interprète sur scène a été écrite suite à une émission de télévision qui présentait une femme d’une cinquantaine d’années qui à la base était un homme, c’était donc une personne transsexuelle. Cette histoire m’a bouleversé. Je l’avais trouvé très belle, digne. C’est une femme médecin dans une petite ville, elle avait gardé sa clientèle. J’ai éteint la télé très ému. J’ai voulu écrire et chanter une chanson pour elle, pour ces personnes-là, avec des parcours de vie extraordinaires.

- En interview tu évoques rarement, voire jamais, ton enfance et ton adolescence que tu qualifies “d’assez compliquées”. Toutes ces envies qui t’habitent aujourd’hui ne sont-elles pas la conséquence de cette énergie que tu as depuis toujours et de certains manques de ces périodes-là ?
Si tout à fait. Je n’ai pas eu en apparence de vie compliquée. Tout se passait bien à la maison, j’avais des parents qui m’aimaient, je manquais de rien et pourtant à l’intérieur de moi un truc fonctionnait pas. Je me souviens que je n’étais pas bien dans ma peau.
Comme je te le disais tout à l’heure, ma chambre était un refuge. Socialement j’allais bien, mais je n’avais pas de grandes bandes de copains, j’avais quelques amis dans mon coin, c’est tout. Le besoin d’amour, d’aimer et d’être aimé ma poussé à faire ce métier, c’est évident. Ensuite tu découvres le partage et tout ce qui va autour. Il est clair que l’enfance et l’adolescence sont les nourritures principales pour beaucoup de choses.

- Comment arrives-tu à canaliser toutes ces énergies ? En d’autres mots, que fais-tu quand tu ne chantes pas. Qu’est-ce qui te détend ?
(Il réfléchit). J’apprends à vivre... et je dis bien “J’apprends” car ce n’était pas évident au départ, j’ai eu beaucoup de mal à partir en vacances par exemple. J’apprends à profiter des choses simples, des choses quotidiennes de la vie. Une belle après-midi ensoleillée installé avec des amis à une terrasse d’un café par exemple. A une époque ces activités m’apparaissaient futiles, alors qu’aujourd’hui je pense que ce sont des choses essentielles.

- As-tu un conseil à donner à un jeune de 20 ans aujourd’hui mal dans sa peau.
Trouver une passion, sa propre passion. Personnellement j’ai eu la chance d’avoir cette passion qu’est la chanson, la scène puis le théâtre. Je me suis très vite réfugié dans cet univers. Réussir à se créer son propre monde et réussir à guetter à l’extérieur tout ce qui va nous enrichir, nous mettre en confiance, nous faire grandir. Ne jamais désespérer et oublier de croire qu’à 20 ans on est seul au monde, sans personne à qui parler puis s’armer de patience et de courage.

- Cette année 2004 marque la reconnaissance de ton talent. Les bonnes critiques dans la presse se multiplient. Heureux !
Très heureux ! Pour ton ego ça fait du bien. C’est pas forcément ce qu’il y a de plus important mais c’est agréable. Ensuite tu sens que ton travail commence à être connu, reconnu.

Album “L’impatience” (Abacaba).
www.laurentviel.com   
www.awcreation.com/laurent-viel 

Crédits photos : Phillipe Crochard /  AWcreation.com / Angélique Le Goupil

Actualité : “Que reste-t-il de leurs amours ?”  Spectacle musical autour de Mai 68  du 12/11 au 20/12 à l’Etoile du Nord ,16 rue Georgette Agutte, 75018 Paris.

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