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Pour
le meilleur et surtout pour le pire : la
France et le mariage gay |
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Par
Cédric Chaory |
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“Le
mariage répondra aux mêmes conditions et aura les mêmes effets que les
contractants soient du même sexe ou d'un sexe différent”. Cette simple
phrase est, depuis le 21 avril, écrite noir sur blanc dans le Code Civil
Espagnol. L’ultra-catholique
Espagne a donc rejoint le club très fermé des états qui autorisent les
gays et lesbiennes à s’unir “pour le meilleur et pour
le pire.” Deux
jours avant cette belle avancée sociale hispanique, en France, nos mariés
de Bègles voyaient leur union annulée par la Cour d’appel de Bordeaux.
Frileuse
ou rétrograde, où en est alors la patrie labellisée Liberté Egalité
Fraternité ? "On
tiendra la lutte. La mentalité en France a changé, maintenant il faut
changer les textes" déclame dépité, Stéphane Chapin, marié de Bègles,
à l’annonce de l’annulation de son mariage. Un
an après les noces les plus médiatiques de 2004, le cœur n’est donc
plus à la fête et aux cotillons lorsque la Cour d’appel tranche sous
le coup des lois du Code Civil, en la défaveur de cette union mort-née. En
effet, dans son arrêt, la cour a fait référence à l’implacable
article 75 qui précise que l'officier d'état civil chargé de célébrer
le mariage, "recevra de chaque partie, l'une après l'autre, la déclaration
qu'elles veulent se prendre pour mari et femme". Les
juges se sont alors empressés de souligner : "Sans équivoque
possible, le code civil impose de recueillir la déclaration de deux
personnes de sexe différent". Rien de nouveau sous le soleil, donc !
Le
scandale médiatico politique orchestré par Noël Mamère n’aura que déchaîné
les passions (à la manière du PACS) mais pas posé de réel débat en
France, et encore moins d’avancées. La
communauté gay française n’en attendait pas moins de la droite, mais
espérait un intérêt un peu plus appuyé d’une gauche qui, depuis mai
2004, a mis en place un travail de réflexion sur le mariage homo et
l’ouverture de l’adoption aux couples de même sexe. Force
est de constater qu’en un an les propositions publiques se font
attendre. Les
positions sont-elles beaucoup plus claires : Delanoë et ses petits
camarades nous ressassent la même rengaine : “La solution n’est pas
à trouver dans l’illégalité.”
Oui et donc ? Les associations LGBT ne se contentent plus de cette
sentence et exigent aujourd’hui des propositions concrètes. Si
au sein même de la communauté gay et lesbienne on débat toujours avec
ferveur sur l’intérêt d’un tel mariage, les associations les plus
dynamiques sont sans nul doute “Inter- LGBT” et “C’est le bouquet
!” La
première dénonce le flou artistique qui
“à deux ans d'échéances électorales majeures plane toujours
sur les principaux partis de gouvernement.” La
seconde, plus dans le créneau de la fameuse “désobéissance civique”
a organisé de nombreux mariages lors de la dernière Saint Valentin. Cette
action, mollement soutenue par une dizaine de couples, n’a pas suscité
le débat tant attendu. Sans doute car du côté des mairies, la farce a
été vite contrecarrée : à quelques jours de la Saint Valentin, une
circulaire tournait dans les services juridiques de la Ville de Paris.
Celle-ci prévoyait en substance comment réagir en pareil dépôt :
"Au cas où votre service (...) recevrait un dossier de mariage
concernant deux personnes de même sexe, il conviendra de prendre le
dossier, de surseoir à la publication des bans (...) et de transmettre au
Parquet l'intégralité du dossier afin qu'il puisse faire usage de son
droit d'opposition en vertu de l'article 175-1 du Code civil". La désobéissance
civile n’est décidément pas l’option idéale, à droite comme à
gauche. Faudra-t-il
attendre les élections présidentielles pour voir pointer une bribe de
propositions démocratiques ou bien organiser des référendums (comme
cela est le cas dans de nombreux états américains) pour trancher sur la
question. A
moins que le mois de la Gay Pride n’ait rappelé aux politiciens le
besoin pressant d’actions. Le
slogan de la Pride 2005 aura d’ailleurs eu à cet effet un mot d’ordre
sans équivoque : “Couples et parentalités : l'égalité maintenant
!” Stéphane,
le malheureux époux de Bègles a raison : “les Français sont prêts,
les politiciens (d’un autre âge) pas vraiment !” Ils
devraient pourtant s’inspirer des Pays-Bas, de la Belgique ou encore de
l’Espagne. Comme le souligne si bien Pedro Zerolo, le secrétaire du
PSOE aux Mouvements Sociaux : “Les pays n'exportent pas seulement des
jambons, mais aussi des idées et des modèles de société.” Qu’il
semble loin le temps où la France exportait ses idées révolutionnaires,
insufflant un souffle humaniste et démocratique dans toute l’Europe. 1789,
ça commence à dater, non ? Il est temps de se réveiller. |
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