Pascale Borel

Premier album solo : “Oserai-je t’aimer”  

Propos recueillis par Julien Serrano

Quand as-tu eu envie de chanter pour la première fois ?

Il y assez longtemps. Je pense que je devais avoir 15-16 ans. C’était l’époque où j’ai écrit mon premier texte qui était une chanson qu’on a par la suite chantée avec Mikado et qui s’appelait “Ce garçon-là”.    

 

Comment as-tu rencontré Grégory Czerkinsky et quand avez-vous fondé le groupe Mikado ?

J’ai rencontré Czerkinsky parce qu’à l’époque, quand je suis arrivé à Paris en 1980, il était percussionniste et batteur dans un groupe avec lequel j’ai travaillé au tout début et qui s’appelait Lala et les Emotions. C’était le premier groupe dont j’ai fait partie, je faisais les chœurs, j’étais une Lalette (rires) et je jouais un tout petit peu de clavier. Très vite on est devenu copains, je lui ai fait lire les textes que j’écrivais et il se trouve qu’il composait déjà depuis un moment. Il avait envie d’arrêter de jouer pour les autres et d’avoir un projet à lui. Il a commencé à mettre des musiques sur mes paroles et Mikado s’est fait très vite en 1982. 

Tous les deux, vous avez eu la chance d’être photographiés par Pierre et Gilles, ils ont même réalisé 2 clips pour vous ainsi qu’une publicité pour la sardine. Comment s’est passée cette collaboration?

A peu près à la même époque, en 1982-83, on a commencé à chercher des idées de pochettes pour l’album et tous les deux on a flashé sur les premières photos qu’on a vues de Pierre et Gilles, c’était à l’époque dans un magazine qui s’appelait “Façade”. J’ai tout de suite adoré leur style, c’était exactement le genre de pochette que j’avais envie d’avoir, je trouve que ça correspondait très bien à la musique, c’était joyeux, coloré et simple. A cette époque ils avaient fait quelques pochettes de disques pour Marie-France, Etienne Daho et pour Krootchey (un Dj qui nous a quittés en 2003) qu’ils avaient imaginé en Monsieur Banania. Alors on a cherché à les contacter, j’ai réussi à avoir leur numéro de téléphone par un copain qui les connaissait un petit peu, je les ai appelés, on s’est rencontré, puis on leur a fait écouter les morceaux et tout de suite ils ont eu envie de faire la pochette. Ensuite, durant 2-3 ans, on a  uniquement travaillé avec eux. Quand il a été question de faire un clip, on leur a demandé s’ils étaient intéressés. Comme on était un peu copains, on a réussi à les convaincre de faire le clip de “Naufrage en hiver”, puis “La fille du soleil” et la publicité de la sardine .  

 

Comment vous êtes-vous retrouvés à vanter les mérites de la sardine ?

Pour le clip de “La fille du soleil”, on a travaillé avec une boîte de prod qui s’appelait “Vu à la télé”. Le producteur était un garçon qui travaillait dans la pub et qui s’appelait Charles Petit. A un moment donné, il a eu en main le projet de la coopérative de la sardine. Il a essayé d’imposer Pierre et Gilles pour l’image, nous pour la musique et Fifi Chachnil pour les costumes, il trouvait qu’on allait bien tous ensemble, que ça pouvait faire un truc très rigolo et très bizarrement son projet a été accepté par les sardiniers (rires) ce qui n’était quand même pas évident au départ. C’était génial parce qu’on était une bande de copains. C’était vraiment très rigolo, on a pu faire ce qu’on voulait, nous au niveau de la musique, Pierre et Gilles pour le visuel et Chachnil pour les vêtements, on a vraiment eu carte blanche.    

 

Avec le groupe vous avez connu beaucoup de succès au Japon, voire plus qu’en France…

En fait on a fait trois tournées au Japon et c’est vrai que ça a eu au départ plus de succès là-bas. Le petit label sur lequel on était à l’époque “Les Disques du Crépuscule” a eu l’opportunité de monter une petite tournée de 3 groupes au Japon dont nous. On est donc parti là-bas au tout début et ça a tout de suite accroché : le style de chansons qu’on faisait, ma voix et les textes. Ce qui fait qu’on y est retourné 6 mois après pour faire une seconde tournée, seul cette fois-ci, et c’est là qu’on a trouvé notre première “vraie” maison de disques et notre premier “vrai” producteur. “Les Disques du Crépuscule” avaient produit un mini lp de 4 titres mais ça restait quand même assez confidentiel. Ce producteur japonais a complètement produit l’album de Mikado et à partir de ce moment-là on a eu beaucoup plus de facilité pour trouver un distributeur en France parce que l’album était fini et la pochette était faite. «Naufrage en hiver» a quand même eu un succès un peu plus commercial en France qu’au Japon. C’est marrant parce qu’au Japon cet album-là continue de se vendre (rires). Presque 20 ans après il est toujours édité et je touche encore des royalties…    

 

Pourquoi avoir décidé de se séparer ?

C’est un concours de circonstances : après «La fille du soleil» on a fait un petit break, j’ai eu 2 bébés, on a pris le temps de s’arrêter. En mai 1990 on a fini nos maquettes, on a présenté un projet de second album chez CBS qui a accepté tout de suite, il était prévu d’enregistrer fin septembre. Entre temps notre directeur artistique, Dominique Lefevbre s’est fait virer de chez CBS et donc nous en même temps (rires). En plus de ça, c’est vrai qu’à cette époque-là, Grégory et moi nous entendions beaucoup moins bien. On était assez découragé, on a décidé de laisser tomber.

 

Aujourd’hui quel regard portes-tu sur tes années Mikado ?

C’est un souvenir génial, je suis très fière de ça, je ne renie absolument rien. Il y a des morceaux que je trouve plus moyens que d’autres, il y en a que je trouve un peu niais mais je trouve que ça correspondait à l’époque. Souvent quand on me parle de Mikado, il y a le terme de groupe mythique qui revient, je suis vachement contente.    

 

Dans les années 90, tu as participé à divers projets : une collaboration avec Etienne Charry, le morceau «A ring» en duo avec  Louis Philippe sur l’album “Last century modern” de Towa Tei (un des membres du trio Deee Lite)… En 2005, sur ton premier album solo “Oserai-je t’aimer” qui est sorti fin mai, la totalité des morceaux sont signés Jérémie Lefebvre, qui est-ce ?

Lui, c’est la personne grâce à qui tout est arrivé. C’est en fait un compositeur que j’ai rencontré en 2001 par hasard chez des amis. Je ne le connaissais pas du tout, il m’a dit qu’il écrivait des chansons, m’a demandé  si j’avais envie de les entendre. J’ai dit oui, je suis allée chez lui, il m’a fait écouter «Tout petit » et «Si j’étais une vache», j’ai tout de suite flashé, j’ai adoré son style d’écriture, je trouve que ça collait vachement bien avec ce que j’avais envie de chanter et d’être en personnage de chanteuse. Au fur et à mesure il a commencé à en écrire d’autres en pensant à moi puis ça a donné l’album. J’ai fait 2 textes et lui a écrit tout le reste, il a aussi arrangé tous les morceaux, fait la direction artistique de l’album, dirigé les instruments et fait tous les arrangements de cordes. En fait il est complètement à l’origine du disque , il a été la rencontre que j’attendais comme dans un conte de fées.    

 

Pourquoi une reprise d' “Into the groove” de Madonna ?

On a cherché une reprise tous les deux, on avait envie de trouver le truc le plus décalé par rapport à ma voix et au style de l’album. On a essayé plusieurs trucs, la première idée qu’on a eue c’était la chanson de Renaud «Marche à l’ombre». On n’a pas réussi à le faire vraiment bien alors on a laissé tomber. «Into the groove» c’est parce que je trouvais que la mélodie de la chanson était très jolie mais qu’on ne s’en rendait pas compte dans la version de Madonna, c’est pour ça qu’on a essayé de la reprendre doucement.

Au départ on l’a fait “guitare et voix” juste en chantant la mélodie et on a trouvé que ça collait bien.

En l’écoutant on pense à la reprise de “Can’t get you out of my head” de Kylie Minogue par Héléna Noguerra…

Cette version je l’ai entendue il n’y a pas très longtemps et je me suis dit que c’était exactement dans la même optique, on a eu la même idée. Heureusement que l’on n’a pas pris la même chanson (rires).    

 

Qu’est-ce que tu écoutes comme musique aujourd’hui ?

Tout et n’importe quoi ! J’écoute ce qu’écoutent mes 2 enfants à fond la caisse, j’ai 2 garçons ados qui ont 15 et 16 ans. J’en ai un qui écoute du rap américain et puis l’autre qui est beaucoup plus variété, chanson française et plus éclectique. Il aime Keane, Kyo, De Palmas. Ce qui m’a le plus touchée ces derniers temps c’est l’album de Carla Bruni. Quand je l’ai entendu pour la première fois j’ai trouvé ça génial, j’étais super contente qu’un truc comme ça touche les gens.

Sinon j’écoute des vieux tubes de Bowie, Prince, des Beatles, des Beach Boys et de la musique classique.    

 

Avec qui aimerais-tu faire un duo ?

Vanessa Paradis (rires), j’aime bien M, j’aime vachement l’album de Camille, musicalement ce n’est pas tellement mon truc mais je trouve qu’elle a vachement de personnalité et que son disque est vraiment drôle.  

 

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