Véronique Rivière 

   (c) Patrick Roulph 2005  

Elle nous avait laissés en 1998 après une série de concerts au Sentiers des Halles, quatre albums et les tubes “Georges”, “Capitaine”, “A part Ted”...

Véronique Rivière est de retour avec ce cinquième album sobrement intitulé “Eponyme”. 

Retirée dans le sud de la France, c’est pourtant à Paris où elle vient de se produire au Théâtre de dix heures que nous l’avons rencontrée.

 

Où vous situez-vous dans la chanson française ?
Juste à côté de la marge ! Je ne sais pas. Depuis que j’ai commencé on m’a toujours dit que j’étais hors norme. La norme changeant un peu avec les modes, la norme étant la mode, je n’étais jamais dedans. Je ne sais pas où je suis. J’aime les mots, j’aime écrire, je raconte des histoires, et être sur scène est un peu comme raconter des histoires au coin du feu.


Sur ce nouvel album vous semblez avoir lâché prise, avoir trouvé une liberté, comme pardonné à certains.
Je ne suis pas rancunière, je peux être très en colère par contre. Mais ma colère est très courte, j’oublie vite. Le fait de partir vivre à la campagne, ce que j’ai fait il y a 6 ans, est aussi ça. Il ne faut pas rester dans les situations où la rancœur s’installe, Il faut évacuer. J’ai écrit les textes de ce nouvel album dans une liberté totale. J’ai écrit sans but, sans personne qui vous dise “Est-ce que c’est un single potentiel ?” la phrase épouvantable, ou “Ce n’est pas formaté radio, c’est trop court, c’est trop long, ces mots-là faut pas les dire, c’est pas une chanson pour une fille”. Ces nouvelles chansons personne me les demandait, personne n’en avait rien à faire. 

Plusieurs titres de ce nouvel album “L’Arlésienne”, “Adorable” et “Tout doux” dressent des portraits et regorgent d’amour et de compassion. Comment sont nés ces textes ?
Pour “L’Arlésienne”, j’ai toujours aimé le conte d’Alphonse Daudet. Cette femme qu’on attend et qui ne revient jamais, parfois je me mettais dans la peau de l’Arlésienne en me disant que je manquais peut-être à certaines personnes. Quelquefois j’étais dans le rôle du fiancé qui attend. La notion de distance est aussi palpable. J’ai quitté Paris qui est ma ville, je suis née à Paris. C’est difficile de s’expatrier. Ma famille, mes amis sont à Paris. Mais en même temps, l’absence est un moteur, l’éloignement; le bonheur de retrouver les personnes absentes la majorité du temps. Je suis contre la vie “collé tout le temps”. Comme un couple collé, tous les dimanches à passer en famille. Ce qui est beau c’est se dire “Au revoir...”, le bonjour est encore plus beau.
Quant à la chanson “Adorable” c’est un peu l’histoire des personnes qui tombent amoureuses pour les défauts de l’autre. Penser aussi que la qualité qui fait que l’on tombe amoureux devient ensuite le défaut. On est souvent charmé par la chose qui ensuite vous énerve le plus. De tout ça peut naître une séparation.

 Dans le titre “L’un des sens”, vous écrivez “Laisse-moi faire, laisse-toi faire...”. Alors, heureuse ?
(Rires). La base de cette chanson est un jeu sur les cinq sens. J’avais envie d’écrire un texte sur les cinq, voir six sens. C’est parti d’un exercice de style; tu as cinq sens, développe une chanson à partir de là. C’est une chanson sur l’éveil. L’éveil à l’amour, l’éveil à la vie, l’éveil du matin, comme la voix que j’ai choisie pour interpréter ce titre, c’est la seule chanson où j’ai essayé de prendre une voix de “mal réveillée”. Donner des frissons aux personnes qui écoutent ce titre est mon but.
 
J’aime beaucoup la chanson “Mister Jack” !
Cette chanson est liée au sud ! J’ai découvert dans le sud la tradition de l’apéritif. Donc ce passage “obligé” par le bistrot, un lieu de retrouvailles dans les villages. On échange trois phrases, c’est une étape de la journée, après le travail, avant la soirée. Je suis très charmée par ça. Ici à Paris, il manque ce petit moment de décompression. Pour en revenir à ce titre, c’est vrai que dans les bars il y a ce pilier; des personnes que l’on croise tous les jours, des gens un peu éteints. Ces personnes-là ensuite par le biais de l’alcool se lâchent et parlent de tout, d’amour, de politique, refont le monde. Mais il faut les vapeurs d’alcool pour ça. 

Nous sommes en 2005, ce nouvel album semble décrire une réelle renaissance. Notamment avec le titre “Galopez”? A croire que c’est le premier texte écrit pour ce recueil ?
Pas du tout, c’est un des derniers ! En fait voilà ce qui s’est passé. Quand on m’a appelée pour faire un disque, j’ai trouvé ça trop beau pour être vrai.
Au départ j’y suis allée sur la pointe des pieds. Puis écrire par rapport à l’album il m’a fallu 2-3 mois. A ce moment-là “Galopez” est arrivé. J’ai trouvé ma vie jusqu’alors totalement folle, je me suis dit, vas-y, on te propose un album, fonce.

Apaisée, sereine, ne veut pas dire pour autant insensible. Par exemple, le titre “Matador” où vous dénoncez les corridas. A quand remonte cette colère ?
La première et seule corrida à laquelle j’ai assisté remonte à celle de mes 14 ans. C’était une corrida à cheval, c’était juste l’horreur.  On m’a sortie de l’arène, je pense que je traitais les gens de “nazi”. Cette corrida m’a laissé un souvenir épouvantable. Souvenir encore très vif, d’autant plus que vivant dans le sud je suis entourée de toute cette culture. Avec cette chanson je ne dis pas aux gens de ne plus y aller, j’essaie juste d’expliquer mon point de vue. A la base c’est mettre en exergue la tradition de la mise à mort. A partir de là cette “culture” autorise tout. Je ne comprends pas ces cris de plaisir à la vue du sang, je ne comprends pas ces petits messieurs dans leur costume étriqué.

Vous écrivez souvent des textes engagés. Vous sentez-vous une âme de rebelle ?
Mon engagement est juste dans les mots. Je ne fais pas partie d’associations, parfois je me le reproche. Je peux simplement écrire et parler. Je suis une râleuse, allez. Je suis une bonne française pour ça.
Certaines choses me démoralisent, m’énervent, me mettent en colère et je le dis. J’espère le dire encore longtemps. J’espère être une vieille dame indigne qui hurlera sur son banc et qui engueulera les gens... On dit que le Gaulois est râleur, je suis fière d’être Gauloise (rires).                                                                    

Site internet: www.veroniqueriviere.com 

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