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Elle nous avait laissés en 1998 après une série
de concerts au Sentiers des Halles, quatre albums et les tubes
“Georges”, “Capitaine”, “A part Ted”...
Véronique Rivière est de retour avec ce cinquième album sobrement
intitulé “Eponyme”.
Retirée dans le sud de la France, c’est
pourtant à Paris où elle vient de se produire au Théâtre de dix heures
que nous l’avons rencontrée.
Où vous situez-vous dans la chanson française ?
Juste à côté de la marge ! Je ne sais pas. Depuis que j’ai commencé
on m’a toujours dit que j’étais hors norme. La norme changeant un peu
avec les modes, la norme étant la mode, je n’étais jamais dedans. Je
ne sais pas où je suis. J’aime les mots, j’aime écrire, je raconte
des histoires, et être sur scène est un peu comme raconter des histoires
au coin du feu.
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Sur ce nouvel album vous semblez avoir lâché prise, avoir trouvé une
liberté, comme pardonné à certains.
Je ne suis pas rancunière, je peux être très en colère par contre.
Mais ma colère est très courte, j’oublie vite. Le fait de partir vivre
à la campagne, ce que j’ai fait il y a 6 ans, est aussi ça. Il ne faut
pas rester dans les situations où la rancœur s’installe, Il faut évacuer.
J’ai écrit les textes de ce nouvel album dans une liberté totale.
J’ai écrit sans but, sans personne qui vous dise “Est-ce que c’est
un single potentiel ?” la phrase épouvantable, ou “Ce n’est pas
formaté radio, c’est trop court, c’est trop long, ces mots-là faut
pas les dire, c’est pas une chanson pour une fille”. Ces nouvelles
chansons personne me les demandait, personne n’en avait rien à faire.
Plusieurs titres de ce nouvel album “L’Arlésienne”, “Adorable”
et “Tout doux” dressent des portraits et regorgent d’amour et de
compassion. Comment sont nés ces textes ?
Pour “L’Arlésienne”, j’ai toujours aimé le conte d’Alphonse
Daudet. Cette femme qu’on attend et qui ne revient jamais, parfois je me
mettais dans la peau de l’Arlésienne en me disant que je manquais peut-être
à certaines personnes. Quelquefois j’étais dans le rôle du fiancé
qui attend. La notion de distance est aussi palpable. J’ai quitté Paris
qui est ma ville, je suis née à Paris. C’est difficile de
s’expatrier. Ma famille, mes amis sont à Paris. Mais en même temps,
l’absence est un moteur, l’éloignement; le bonheur de retrouver les
personnes absentes la majorité du temps. Je suis contre la vie “collé
tout le temps”. Comme un couple collé, tous les dimanches à passer en
famille. Ce qui est beau c’est se dire “Au revoir...”, le bonjour
est encore plus beau.
Quant à la chanson “Adorable” c’est un peu l’histoire des
personnes qui tombent amoureuses pour les défauts de l’autre. Penser
aussi que la qualité qui fait que l’on tombe amoureux devient ensuite
le défaut. On est souvent charmé par la chose qui ensuite vous énerve
le plus. De tout ça peut naître une séparation.
Dans le titre “L’un des sens”, vous écrivez “Laisse-moi faire,
laisse-toi faire...”. Alors, heureuse ?
(Rires). La base de cette chanson est un jeu sur les cinq sens. J’avais
envie d’écrire un texte sur les cinq, voir six sens. C’est parti
d’un exercice de style; tu as cinq sens, développe une chanson à
partir de là. C’est une chanson sur l’éveil. L’éveil à
l’amour, l’éveil à la vie, l’éveil du matin, comme la voix que
j’ai choisie pour interpréter ce titre, c’est la seule chanson où
j’ai essayé de prendre une voix de “mal réveillée”. Donner des
frissons aux personnes qui écoutent ce titre est mon but.
J’aime beaucoup la chanson “Mister Jack” !
Cette chanson est liée au sud ! J’ai découvert dans le sud la
tradition de l’apéritif. Donc ce passage “obligé” par le bistrot,
un lieu de retrouvailles dans les villages. On échange trois phrases,
c’est une étape de la journée, après le travail, avant la soirée. Je
suis très charmée par ça. Ici à Paris, il manque ce petit moment de décompression.
Pour en revenir à ce titre, c’est vrai que dans les bars il y a ce
pilier; des personnes que l’on croise tous les jours, des gens un peu éteints.
Ces personnes-là ensuite par le biais de l’alcool se lâchent et
parlent de tout, d’amour, de politique, refont le monde. Mais il faut
les vapeurs d’alcool pour ça.
Nous sommes en 2005, ce nouvel album semble décrire une réelle
renaissance. Notamment avec le titre “Galopez”? A croire que c’est
le premier texte écrit pour ce recueil ?
Pas du tout, c’est un des derniers ! En fait voilà ce qui s’est passé.
Quand on m’a appelée pour faire un disque, j’ai trouvé ça trop beau
pour être vrai.
Au départ j’y suis allée sur la pointe des pieds. Puis écrire par
rapport à l’album il m’a fallu 2-3 mois. A ce moment-là
“Galopez” est arrivé. J’ai trouvé ma vie jusqu’alors totalement
folle, je me suis dit, vas-y, on te propose un album, fonce.
Apaisée, sereine, ne veut pas dire pour autant insensible. Par exemple,
le titre “Matador” où vous dénoncez les corridas. A quand remonte
cette colère ?
La première et seule corrida à laquelle j’ai assisté remonte à celle
de mes 14 ans. C’était une corrida à cheval, c’était juste
l’horreur. On m’a sortie de l’arène, je pense que je traitais
les gens de “nazi”. Cette corrida m’a laissé un souvenir épouvantable.
Souvenir encore très vif, d’autant plus que vivant dans le sud je suis
entourée de toute cette culture. Avec cette chanson je ne dis pas aux
gens de ne plus y aller, j’essaie juste d’expliquer mon point de vue.
A la base c’est mettre en exergue la tradition de la mise à mort. A
partir de là cette “culture” autorise tout. Je ne comprends pas ces
cris de plaisir à la vue du sang, je ne comprends pas ces petits
messieurs dans leur costume étriqué.
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