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JEAN GUIDONI... EN APESANTEUR |
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Par Cédric Chaory |
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Du haut
de son sombre mais si lumineux “Trapèze” (onzième
album studio tout de même), Jean Guidoni nous revient.
Intime et sincère, il se dévoile un peu plus pour Lettre Ouverte |
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Il aura
fallu attendre quasiment 9 ans pour vous entendre chanter de nouveaux
textes. Comment expliquez-vous ce silence ? Oh, je
n’avais pas disparu : plusieurs live, best-of sont sortis. Mais c’est un
hasard d’avoir enregistré “Trapèze”. La conjoncture actuelle de
l’industrie du disque a fait que je ne trouvais pas de label sérieux prêt
à m’accueillir. Comme toute carrière, j’ai connu des hauts et des bas.
Dans mon attente, m’est apparue Edith Fambuena qui m’a ramené sur le
chemin des studios. De cette formidable rencontre est né l’album. Comme à
votre habitude, vous avez su vous entourer d’auteurs de renom. On retrouve
donc Edith Fambuena et Daniel Lavoie à la musique et Marie Nimier et Jean
Rouaud à l’écriture. Comment se sont déroulées ces rencontres
artistiques ? Comme je
le disais, je ne provoquais pas les rencontres à cette période mais un
jour j’entends à la radio Jean Rouaud dire qu’il écrivait des textes.
J’ai souhaité en savoir plus et le rencontrer. Marie et lui se sont penchés
sur l’écriture de quelques textes et la magie a vite opéré. Idem pour
Edith. Je souhaitais de vrais mélodistes. J’ai de suite songé aux
Valentins alors en pleine séparation. Edith m’a suivi. Daniel Lavoie nous
a vite rejoints. Vous avez
apprécié qu’ils aillent directement vers l’homme et ne s’attardent
pas sur l’image Guidoni que vous avez construite dans les années 80… Il
était important de quitter votre univers cabaret glauque ? Oui, un
peu. Avec le temps on apprend énormément. Je pense qu’il était nécessaire
que je réapprenne, me noie dans de nouveaux univers. Et pour
cela il fallait que je m’ouvre aux autres. Moins de théâtralité dans ma
présence, ma voix, plus d’intime et de personnel dans mes textes, voilà
la recette du nouveau Guidoni. |
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Ce disque
a été très bien accueilli par la critique. On vous y découvre transformé
: votre voix, vos textes plus intimes. En parfait équilibre sur votre
“Trapèze” ? Je crois
surtout qu’un homme est toujours sur le fil du rasoir, surtout les
artistes. Donc je dirais équilibre, puis déséquilibre… la vie en somme
! Mais
toujours sincère. |
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Chacune
de vos productions est encensée par la critique et votre public,
vous croulez sous les prix honorifiques… mais comment se fait-il
que la jeune génération ne puisse trouver dans les bacs vos albums majeurs
? C’est
vrai bien qu’Universal ait sorti dernièrement un long box de mes
meilleurs albums. En tous les cas, mon travail souterrain a ouvert pas mal
de portes. A mes débuts, une nouvelle forme d’expression émergeait et le
public voulait sortir de la “variétoche” disco. En réinventant, moi et
certains autres, un répertoire très théâtralisé,
on renouait avec la notion du spectacle, voire celle du music-hall… C’était
alors underground. Et
quitter le milieu du show-business en début de carrière n’a-t-il pas été
dommageable ? Oh ce que
j’ai perdu en quittant les paillettes des plateaux TV, je l’ai récupéré
en crédibilité auprès des journalistes. Ce ne fut donc pas forcément un
mal car tout a commencé à prendre corps pour moi. Le punk débarquait et
je souhaitais prendre le train en marche pour participer à ce vent nouveau
qui soufflait dans la chanson française. Cette
attitude est complètement inconcevable à notre époque où de jeunes
artistes en herbe ne rêvent que de gloire rapide. Quel regard portez-vous
sur cette industrie qui s’amuse des désirs de ces adolescents ? C’est
un jeu pervers pour ces jeunes et puis cela prend une place toujours plus
importante chez les majors. Heureusement il y a de jeunes artistes,
qui eux aussi, sont “souterrains”. Pas forcément médiatisés mais au
discours intéressant. J’espère qu’ils réussiront à susciter la
curiosité du public. Lors de mes dernières dates à Paris, ma première
partie était assurée par Pauline Croze, une jeune artiste vraie et sincère
comme je les aime ! |
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Très
rapidement vous avez déclaré votre homosexualité. Aujourd’hui très peu
d’artistes relèvent ce “défi”. Quelques artistes s’y essayent en
jouant la carte marketing gay avec “gros muscles, belle gueule”. ça
vous inspire quoi ? Ce qui
est drôle c’est que je n’ai jamais rien dévoilé sur moi. Mes textes,
mes prestations scéniques étaient explicites pour ceux qui savaient lire
entre les lignes… ou pas. Je ne me
suis jamais affirmé tel un héraut de la cause gay. C’était juste
inscrit. Les gays
ne m’ont d’ailleurs pas tous suivi, je ne sais pas si j’ai réussi à
les captiver. Dalida a su plus les charmer à l’époque. Bientôt
sur scène, en tournée française. C’est là que vous vous réalisez
complètement. Vous réservez des surprises à votre public ou allez
privilégier le dépouillement propre à “Trapèze” ? Ce sera
dépouillé et, en grande partie, axé sur la musique. Et puis… comment
dire ?… je pense qu’il y aura des clins d’œil au Guidoni théâtral,
l’ancien en quelque sorte, et des retours sur celui d’aujourd’hui…
Pas de maquillage en vue donc, mais on peut rester masqué sans, non ? |