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“Il
pleut, embrasse-moi”. Pascal Sevran titre ainsi son sixième
journal intime dédié à l’amour de sa vie. Un homme parle avec
pudeur et romantisme de l’amour qu’il porte à un autre homme,
à “son” Stéphane. Un homme parle avec naturel de
l’homosexualité. Par les temps qui passent, cela devient trop
rare.
Monsieur
Vanneste me casse les oreilles. Une autre expression aurait pu être
mieux appropriée mais la vulgarité n’est pas de mon ressort.
Ce député s’en accommode déjà très bien tout seul. Je suis,
selon lui, un danger pour l’humanité. “Je” veut bien évidemment
dire “nous”. Pédé que je suis, ma maladie va m’obliger à
violer des enfants et à détruire le monde. Rien que cela !
J’aurai pu, naturellement, voler une orange, battre ma voisine,
égorger une vieille dame, décapiter le premier venu… mais non,
je vaux plus que cela. Je vais détruire cette foutue terre où
les sodomites seront de préférence morts et enterrés. Je
remarque qu’un homme au pouvoir, Hitler pour ne pas le nommer,
avait eu la même impression sur ces “pédérastes”. “Ils
sont le danger de demain”.
Les
triangles roses sont oubliés, enlevés des esprits depuis bien
longtemps. Mais nous revoilà en pleine horreur d’une guerre fraîchement
ressortie des livres d’histoire. Hitler se réincarne en
Vanneste… diffamation, délire pointu, honte à moi… Criez
Vanneste, crachez vos poumons sur ma faible et misérable
personne, donnez-moi tous les procès que je peux prendre, je ne
me tairai point. “Les pédés dangereux pour le monde” me paraît
plus outrancier que de comparer un haineux parlementaire à un fou
furieux.
Et
Messieurs Chirac, Raffarin et Sarkozy que j’interpelle pour
remettre cette droite dans sa ligne de conduite. Ils n’en ont
que faire. La France d’en bas va mal, les pédés pourront bien
attendre. Un brûlé de plus : cette idée ne déplairait pas à
ce fumeux Vanneste. J’attendrai encore un peu avant de me jeter
en pâture à ces enragés de la politique que la haine ravit.
Excusez-moi,
mais je jouis d’autres choses.
Pascal
Sevran écrira-t-il ce triste événement dans son prochain livre
?
Vanneste
deviendra-t-il Hitler ? Nos politiques vont-ils enfin se décider
à réagir ?
Renaud
a-t-il raison de chanter “qu’il ne fait pas bon être pédé
quand on est entouré d’enculés” ?
Les
temps sont difficiles. Ces injures de députés venus d’un autre
temps pleuvent et mouillent ma peau grasse de tous ces délires.
L’homme
de ma vie me regarde écrire ce billet d’humeur. Il me sourit
quand je deviens homo-textuel.
“Il
pleut, embrasse-moi”.
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