La Black Music n’aime pas le Pink !

Par Cédric Chaory

L’industrie du disque vit décidément des heures sombres. Après la menace du peer-to-peer, responsable aux yeux des maisons de disques de l’écroulement du marché du CD, s’ouvre désormais une bataille sans pitié entre rappeurs homophobes et défenseurs des Droits de l’Homme.

 

La nouvelle est tombée comme un couperet au début de l’automne 2004 : Brett Lock, le porte-parole de l’association britannique de lutte contre l’homophobie Outrage est menacé de mort.

A trop vouloir endiguer la déferlante homophobe qui sévit dans le milieu du reggae jamaïcain, en tentant notamment d’empêcher Beenie Man, star de cet état, de se produire en Angleterre, Mr Lock est devenu un homme à abattre.

C’est au mois d’août, lors de la sortie du nouvel album du chanteur antillais, que les hostilités ont commencé.

Face à son contenu ouvertement anti-gay, plusieurs associations, Outrage en tête, décident de porter plainte pour "incitation à la haine et au meurtre".

Virgin Records aura beau publier des communiqués de presse pour calmer le jeu et brandir la liberté d’expression artistique comme étendard, la carrière de Beenie Man semble bien compromise en Europe.

L’affaire fait grand bruit, à tel point qu’avant le lancement des Jeux Olympiques, Puma, équipementier officiel des athlètes jamaïcains, a annoncé qu’il ne soutiendra plus les chanteurs aux paroles homophobes… craignant sans doute un nouveau tollé comme celui provoqué lors du parrainage d’un concert du chanteur Buiu Banton, autre chanteur reggae homophobe notoire.

Entre business florissant (la black music n’a jamais été autant lucrative qu’aujourd’hui) et problèmes d’éthiques, les maisons de disques se doivent donc de revoir la copie des lyrics haineux de ces poulains.

Mais elles savent également utiliser cette haine pour en faire un fond de commerce, avec rebondissements et repentirs médiatiques de chanteurs en mal de reconnaissance.

L’exemple le plus probant est bien sûr : Eminem.

Ce blanc-bec, monstre de talent, n’en est pas moins un petit énervé homophobe, raciste et sexiste.

Au fil de ses albums, tout y passe : sa traînée de mère, sa pute de femme, cette conne de Britney Spears et bien évidemment ces PD qui le dérangent.

Si Maman et Britney se sont laissées insulter sans trop réagir, la communauté gay elle s’est organisée : une dizaine d'étudiants de Sheffield ont protesté contre sa venue sur leur campus, au nom du respect et de la défense de la communauté homosexuelle étudiante, Une mère l’a accusé d'être responsable du suicide de son fils homosexuel, qui n'aurait pas supporté les propos injurieux et homophobes de ses chansons.

Récemment, le chanteur a dû payer 164.500 euros pour acheter chaque exemplaire du magazine Face à paraître. Il y apparaissait sur la couverture, vêtu d'un tee-shirt rose. Pour se racheter une conduite il s’est alors décidé à chanter avec ce bon vieil Elton John…

Depuis : statu quo. De l’autre côté de l’Atlantique, nos rappeurs n’ont rien à envier à leurs frères ricains.

Le plus médiatique est sans conteste Passi, toujours disposé à critiquer les homosexuels. Contre le mariage, l’adoption et à peu près tout, ce n’est pas cette parole issue d’un de ses tubes "Laisse parler les gens" : " On dit que ton petit ami est un gay, Et alors ? On dit ci, on dit ça pour dénigrer, On s'en fout !" qui effacera ses trop nombreux faits d’arme homophobes.

Pourtant Passi n’est pas le plus virulent. Le groupe de rap Sniper, longtemps dans le giron de Monsieur Sarkozy pour propos homophobes, ou encore le rappeur OL Kainry vont beaucoup plus

loin dans leurs démarches haineuses. "Moi, je n’aime pas les homosexuels. Je ne suis pas raciste tu vois mais je ne comprends pas l’homosexualité. Il y a les femmes qui sont là. Pourquoi tu veux aller chercher un bout ? Mais ils vivent leur vie, c’est cool pour eux, du moment qu’ils ne m’approchent pas, qu’ils n’essaient pas de me charmer, de me draguer. Je n’ai pas grandi avec ça." s’explique OL Kainry à propos du texte explicite d’un de ses titres. ("ils s’embrassent, ils se lèchent et ils s’explosent le cul…")

Le mouvement hip-hop serait-il alors incompatible avec l’homosexualité ?

Pas si sûr car plusieurs groupes de rap ouvertement gay se produisent régulièrement à Brooklyn et dans d'autres quartiers de New York. La ville assiste alors à la naissance d'un mouvement gay dans le milieu du rap et ce phénomène trouve également un écho en Angleterre avec le craquant Qboy.

Ce jeune britannique, blanc et gay, à la notoriété croissante à Londres est bien décidé à conquérir l’Europe. Son concert parisien au Queen, en octobre dernier a fait grand bruit.

Une lueur d’espoir pour le rap ?

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