|
HOMMES AUX SENTEURS EXOTIQUES |
|
|
Par Cédric Chaory |
|
|
|
Au rayon des fantasmes, on avait le bear, la gym-queen bodybuildée..., nous pouvons y ajouter désormais la racaille ! Derrière ce mot péjoratif se cache une faune d’éphèbes arabes, blacks et latinos qui ont sacrément le vent poupe dans la communauté. Sites Internet, soirées clubbing ou revues spécialisées, rien ne résiste aux hommes aux senteurs exotiques. Rencontre et points de vue des principaux concernés.
Il évolue, sûr de lui, dans un des bars gay de la ville de Marseille, fanfaronne un peu mais derrière cette assurance qui plaît tant, se cachent des angoisses qui ressurgiront une fois les barres HLM passées. Sofiane est marocain et gay Un dilemme avec lequel il faut sans cesse composer. Loin de l’imagerie homo qui le place au top des mecs bandants du moment, ce jeune maghrébin porte un regard plein de paradoxes sur son homosexualité : "Je ne comprends pas trop cet engouement dans la communauté gay sur les rebeus. Je crois qu’il y a comme un malentendu : on vante nos queues énormes, nos propensions à la sodomie dans les cités, notre machisme. Mais derrière ces images d’Epinal, je peux vous dire qu’en ce qui me concerne je vis constamment deux vies : le Sofiane gay dans le milieu et le Sofiane hétéro chez moi et cela est loin d’être "in". Devenu comédien malgré lui, le jeune étudiant ne cesse de composer avec une religion omniprésente dans son foyer, un grand frère rigide et une mère qui ne cesse d’attendre sa future bru : "La fac m’a permis de m’évader un peu. J’y ai rencontré beaucoup d’amis : des filles qui m’écoutent, des hétéros ouverts d’esprit et même un pote de la cité qui m’a avoué ses penchants". |
|
Ce pote, c’est Ben. Pour lui la vie est plus simple. "J’ai la chance d’avoir des parents super-ouverts qui arrivent à se détacher de certains dogmes pour écouter leur cœur. Du coup je n’ai jamais hésité à en parler à ma mère puis récemment à mon père.Comme dans toutes les familles il y a eu une période de grincements de dents mais l’amour pour le fils aîné a primé." Chanceux peut-être mais surtout acide quant au sirocco qui souffle dans la communauté depuis que les latinos et beurs dictent leur loi. "Je trouve complètement crétin cette mise en lumière sur nous"On parle de nous partout dans les revues à grands coups de photos hot. Quel intérêt de nous montrer ainsi quand on sait que beaucoup de Maghrébins ou blacks souffrent d’homophobie dans leur vie quotidienne. De plus j’aime l’homme en général, et pas pour une couleur de peau, une question de cm ou de tendance. Et quand la mode sera au canard, est-ce que toutes les folles iront dans des fermes ?" En tous les cas, les soirées dédiées aux "enfants du soleil" ne désemplissent pas à l’instar de la mythique "Black Blanc Beur" du Folies Pigalle qui lança le concept tek-orientalo-africano, repris aujourd’hui dans quelques villes de province. La capitale, où l’anonymat permet à de nombreux jeunes hommes de se révéler, possède même depuis quelques mois sa propre revue 100% afro : "King Size"… Tout un programme. En refermant les pages de cette nouvelle bible des Ebony Queens, Damien en couple depuis deux ans avec Tafik, se pose tout de même quelques questions. "Bien évidemment que je trouve cela merveilleux que les Africains, toutes couleurs confondues, sortent de l’ombre. Mais n’oublions qu’il est encore très difficile pour eux de vivre pleinement leur homosexualité. De nombreuses associations luttent contre les préjugés qui subsistent, loin des papiers glacés où s’étalent des beautés maghrébines. C’est à eux que la gloire revient et pas aux médias et organisateurs qui exploitent trop souvent ces hommes comme de la chair fraîche et exotique." Ce discours sans appel soulève des questions beaucoup plus subtiles que taille de sexe ou le satiné de peau, trophée de gloire qui légitime l’entrée de la "racaille" dans le grand bal de la communauté gay. Une fois la mode passée, ces nouveaux boys-toys pourront-ils vivre sereinement leur sexualité ? |
|