Les Panthères Roses

Interview Serge Giordano

Les panthères Roses se définissent comme tel : Réseau de pédégouines énervées par l’ordre moral, le patriarcat, le sexisme, le racisme, le tout sécuritaire, les régressions sociales et tout ça. Outil de résistance et composante politique du combat pour une société alternative. L'orsque quelque chose les insupporte ou les irrite, les Panthères sortent leurs griffent. Celles-ci ont bien gentiment accepté une interview.

 

Comment et quand est né votre mouvement ?

L'idée a germé au moment des présidentielles 2002, de la campagne ultra-sécuritaire, à droite comme à gauche, aux résultats du premier tour le 21 avril et à l'avènement du gouvernement moralo-sécuritaire actuel. Nous n'avons alors pas trouvé de réponse à la mesure de ces attaques parmi le mouvement LGBT. Après quelques mois passés à réfléchir à l'outil le plus approprié pour contrer ces attaques, nous sommes apparues publiquement pour la première fois en décembre 2002 à l'occasion des premières manifestations contre la guerre en Irak.

Quelles sont vos actions ?

Aussi diverses que nos buts. Premièrement, nous sommes des gouines et des pédés et nous souhaitons faire de la politique au sein de la communauté. Nous éditons de manière "régulièrement irrégulière", une lettre aux PédésGouines, distribuée dans les lieux gay et lesbiens qui traite d'actualité, de sujets qui nous semblent importants, de débats qui peuvent avoir lieu…

Nous considérons que la lutte contre l'ordre moral et l'hétéropatriarcat n'est pas isolée d'autres mouvements de protestation : Nous vivons dans une société qui développe des inégalités sociales, engendre des violences et qui, pour se maintenir, a besoin de systèmes qui hiérarchisent les individus entre eux, afin que tout le monde reste à une place imposée. Le racisme, le sexisme, la chasse aux prostituées, la stigmatisation des gays, des lesbiennes, des bis, et des trans est pour nous intrinsèquement liée et sert de substrat au système capitaliste. Un exemple très récent : le gouvernement Raffarin détruit le système collectif des retraites et en même temps parle de solidarité familiale. Il y a bien l'idée que le schéma classique de la famille est utile au système pour se décharger des solidarités collectives !

C'est dans cette optique que nous nous lions au mouvement social (syndicats, antifascistes, mouvements de sans-papier, féministes, alter mondialistes…). En permanence au sein de ces mouvements (manifestations, actions…) nous apparaissons visiblement gouines et pédés, fièr(e)s de l'être, notamment pour rappeler certaines thématiques qu'ils auraient pu malencontreusement oublier !

Enfin dès que des choses nous insupportent nous le disons de différentes manières ! Lorsque le magazine 20 ans explique qu'il vaut mieux éviter de coucher avec des séropos parce qu'on ne sait jamais !, on va distribuer un tract au lycéen (ne) s rappelant les réelles bases de la prévention, lorsque Robert Mugabe, Président du Zimbabwe, tortionnaire homophobe et lesbophobe est accueilli par J. Chirac, nous co-organisons une action devant le ministère de la justice pour demander à Perben de condamner Mugabe, lorsque Mgr Dubost, évêque d'Evry s'invite dans le débat politique sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe, en tenant des propos homophobes, nous allons interrompre une messe à la cathédrale d'Evry, lorsque des Anti-IVG, manifestent en priant et en bloquant l'accès au planning familial nous crions laisser les jouir dans leurs rangs. Bref plein de choses assez diverses !

 

Vous revendiquez une société alternative, seriez-vous les "José Bové du milieu gay" ?

En tout cas sans cette vilaine moustache ! Mais oui nous nous battons pour une société alternative ! Non, il ne nous paraît pas fatal que les individus soient classés selon leur sexe de naissance. Que les petits mâles soient de futurs petits chefs, rois du pouvoir et de la sphère publique. Que les petites femelles, soient de futures femmes douces et attentionnées, qui n'attendent que d'être mères ! Et que ces deux horribles modèles auxquels nous devrions tous ressembler soient faits pour vivre ensemble : l'homme qui domine la femme qui fait le ménage et les enfants. Et le tout qui consomme ! Tout cela à l'exclusion des autres sexualités, tout cela à l'exclusion des ambiguïtés ou des mobilités de genres ! Tout cela pour maintenir les gens dans des cadres afin de leur faire oublier la violence de la société dans laquelle nous vivons ! Oui un autre monde est possible.

Quelles sont vos réelles revendications ?

On veut juste un autre monde, c'est tout, merci ! Ah non, une dernière chose, nous n'avons pas de projet de société global, parce que la société dans laquelle nous vivons ne nous permet plus de rêver. Nous ne disposons que de pistes, de points qui nous importent et à partir desquels nous pouvons penser et imaginer ou construire des possibles : le refus de l'ordre naturel, fondé sur une distinction entre les sexes, selon une grille de lecture biologique, et l'assignation à des rôles sociaux

sexués qui en découle ; la mise en place de droits sociaux individuels, indépendants des statuts administratifs et professionnels des personnes, qui nous paraît être une première étape nécessaire.

 

Ne croyez-vous pas être en décalage avec la majorité des gays qui sont des "consommateurs" ? Que reprochez-vous à un évènement tel le salon Rainbow Attitude ?

De se présenter comme un événement politique et associatif là où il ne s'agit que d'un salon commercial. De se dire LGBT alors qu'il ne s'adresse qu'aux gays riches, blancs. De définir dans sa plaquette adressée aux exposants le portait type du "gay" qui les intéresse : c'est un homme, bien sûr, riche, à la pointe de la mode et vecteur de tendance !

Ce salon dessine les contours du placard doré dans lequel les LGBT doivent se faufiler pour avoir le droit d'exister ! Etre gouine ou pédé ce n’est pas top, mais si on est discret, riche, à la mode, exotique, pas trop sexuel et pas trop provoquant, voilà le discours de ce Salon. Et même si vous n'avez aucune valeur sociale, les commerciaux peuvent vous prendre pour cible ! Ainsi, l'intégration passerait par la seule réussite économique et le pouvoir du fric ! Eh bien, non ! Non seulement nous ne voulons pas de cette reconnaissance qui exclue économiquement, mais en plus, ce genre d'illusion affaiblit le mouvement LGBT et vient nourrir l'idée qu'aujourd'hui il n'y aurait plus de raison de se battre ! Mais si cette forme d'intégration réglait tout, pourquoi les violences homophobes, lesbophobes et transphobes, existent-elles encore, pourquoi l'égalité des droits n'est pas une réalité…. Bref l'illusion de l'intégration économique ne fait qu'affaiblir le mouvement social LGBT !

 

Etes-vous pour des actions extrêmes comme le fait Act Up par exemple dans un autre domaine ?

Désolé mais actions extrêmes ça ne veut rien dire ! Nous utilisons l'humour la dérision, la colère parfois ! Que désigne-t-on comme extrême ? Lorsque les politiques nous expliquent que concernant le mariage pour les gays et lesbiennes la société n'est pas prête, alors qu’un sondage dit que 64 % sont pour, c'est de l'extrême foutage de gueule !

Lorsque suite à l'agression de Sébastien Nouchet, la droite qui 2 mois avant rejette le projet Bloche de loi condamnant les propos homophobes, se confond en compassion et en belles promesses, c'est de l'extrême violence !

Lorsqu’aucune campagne grand public de prévention HIV parlant directement de pratiques sexuelles, n'existe parce que le "sexe c'est sacré" (Lionel Jospin !) Alors que l'épidémie a fait 40.000 morts en France dont 28.000 (pédés) c'est extrêmement dommageable !

Donc si faire ressortir le caractère violent, stupide, meurtrier, insultant, stigmatisant de l'ordre moral peut prendre des détours, extrêmes, c'est bien parce qu'on répond à de l'extrême bêtise !

On peut dire que nos méthodes sont provocatrices. La provocation et la dérision ont deux fonctions, désarmer l'hétéroppresseur et mettre en lumière, au sein du mouvement LGBT, les problèmes, les contradictions et les blocages. La provocation a aussi comme intérêt de pousser l'ordre moral à apparaître au grand jour. Cela a été le cas quand des Panthères roses se sont fait arrêter pour "corruption de mineurs" au cours d'une action de prévention devant un lycée. Nous ne cherchons pas ce genre de réponse disproportionnée, mais cela nous aura montré qu'elles ne sont pas anachroniques mais bel et bien d'actualité, et que les menottes des flics sont bien moins agréables que celles que l'on peut avoir chez soi.

 

Avez-vous un message à faire passer à nos lecteurs ?

Non, nous ne sommes ni une avant-garde éclairée, ni un groupuscule passéiste…. Seulement des pédésgouines énervé(e)s contre l'ordre moral…

 

Retrouvez toute leur actualité et leurs actions sur le site www.pantheresroses.org 

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