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Jean-Luc Romero Conseiller régional d’Ile-de-France et ancien secrétaire national de l’UMP "Le sida se soigne aussi par la politique !" |
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Propos recueillis par Jonathan Denis |
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Premier homme politique français à avoir été outé, premier homme politique au monde à avoir révélé sa séropositivité, Jean-Luc Romero, 45 ans, a donné toute son énergie à faire avancer "les combats de l’ombre". Président-fondateur des associations ELCS et "On Est Là !", il se confie dans nos colonnes sur ses convictions, ses repères, ses idées novatrices mais surtout sur son destin. Un destin qui s’annonce d’ores et déjà par une rentrée 2004 à vivre à grande vitesse.
Jean-Luc Romero, vous avez été nommé, le 14 juillet dernier, chevalier de la Légion d’Honneur. Qu’est-ce que cette décoration peut apporter à votre combat ? C’est avant toute chose une reconnaissance du travail fourni avec mon association Elus Locaux Contre le Sida. Il y a dans cette "récompense" un encouragement fort à développer mes activités et à appuyer mon projet pour que le sida soit reconnu "grande cause nationale 2005". Et puis c’est un geste symbolique de décorer un homo séropositif. Enfin, cette décoration prise sur le contingent des victimes est l’hommage rendu par la République aux personnes touchées par cette horreur.
Pourtant vos projets ont conduit à votre démission de l’UMP… Ma démission de mon poste de secrétaire national en charge de la lutte contre le sida et des comportements à risque n’est pas due à mes projets mais plutôt à une accumulation d’idées divergentes notamment sur l’homosexualité et la toxicomanie. J’ai eu le sentiment d’être instrumentalisé. Et puis, je ne suis pas totalement parti de l’UMP même si je me dirige, en compagnie des responsables d’On Est Là ! vers l’orientation d’un nouveau parti politique, dont le nom est "Aujourd’hui, Autrement". |
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Quand vous vous dites "instrumentalisé", vous reconnaissez avoir été une "bonne conscience" et une "caution gay" à l’UMP… Oui, car j’ai été le dernier prévenu du nouveau retard du projet de loi sur l’homophobie. Même François Baroin s’était engagé, devant moi, à son examen lors de la session extraordinaire du Parlement. Mais apparemment treize textes étaient considérés comme plus importants. A l’UMP, ils ne m’ont, tout de même, pas eu sur toute la ligne. J’ai contribué, modestement, à une évolution de la droite. Sarkozy et Juppé ont eu conscience des mauvais discours. De toute manière, ma démission n’a pas été un coup de sang. Je l’avais déjà présentée un mois auparavant.
Vous avez pensé arrêter la politique ? Pour moi, le virus de la politique est plus fort que le virus du sida. La pire des choses serait de baisser les bras. Toutefois, si mes nouvelles expériences ne fonctionnaient pas et si tout mon combat devait échouer, je prendrai mes responsabilités et je m’engagerai à plein-temps dans l’humanitaire.
Votre combat, c’est que le sida soit reconnu "grande cause nationale 2005" ? C’est clair : c’est mon combat ! Cela fait deux ans que je demande que le sida soit "grande cause nationale". Et puis, sur ce sujet, j’ai mobilisé tous les élus, de Raffarin à Hollande. Je reste persuadé que le sida se soigne aussi par la politique et que sensibiliser les hommes politiques, c’est aussi sensibiliser les Français. Les gens ne s’y intéressent plus. Il y a une indifférence autour de l’épidémie mais il faut redonner de l’espoir. Sur ce point, je pense ne pas être inutile. Et puis, ce combat, c’est aussi en mémoire de mon premier amour que je le mène. Il s’appelait Hubert et cela fait dix ans qu’il est mort du sida. Dix ans après, je peux espérer que le gouvernement m’entende. Alors, ce combat, je l’offre à Hubert, comme un symbole pour lui dire qu’il n’est pas mort pour rien.
Le sida "grande cause nationale", votre nouveau parti politique "Aujourd’hui, Autrement", tout cela coïncide avec la sortie de votre récit "Je n’ai jamais connu Amsterdam au Printemps". Votre quatrième livre serait-il une sorte de bilan avant de nouveaux horizons ? Mon prochain livre est un journal politique où effectivement je fais le bilan pour voir si il y a eu une évolution sur les questions de société. Je me demande si finalement j’ai eu raison de sacrifier ma vie à la politique. A partir de cette interrogation, je développe mes idées, je reviens sur mes positions, je m’engage sur des sujets comme la modernisation de la vie politique, la drogue, l’euthanasie et le sida. Mais, ce livre, c’est aussi un serment d’amour. Je devais connaître Amsterdam au Printemps avec Hubert. C’était une promesse. Je lui rends ainsi hommage et je fais le point dix ans après son décès. Et puis, j’ose dire, dedans, ce que c’est que vivre avec le sida quotidiennement. C’est aujourd’hui encore une maladie honteuse. Il faut que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités.
Justement, les pouvoirs publics ont pris leurs responsabilités sur le sujet du mariage homosexuel. Etes-vous en accord avec le Président de la République et le Garde des Sceaux ? Je suis partagé. Il faut, obligatoirement, une amélioration du Pacs. Ce dernier doit pouvoir être signé en mairie et être applicable sur l’ensemble du territoire. En ce qui concerne le "mariage gay", j’y suis favorable. J’encourage l’ouverture rapide d’un débat où il s’agira de le dépassionner et de rassembler plutôt que de diviser. Au risque de déplaire, je pense que même s’il a été sincère dans sa démarche, Noël Mamère n’a pas rendu un bon service aux causes qu’il défend. Les minorités ont toujours plus d’honneur quand elles savent persuader la majorité de leur donner des droits. Et puis, il faut entendre toutes les voix, y compris celles de homos qui sont contre. Pour que le mariage homo passe dans la loi, il pourrait aussi être approuvé par les urnes comme cela s’est passé en Espagne. Ce serait une belle et grande victoire pour l’égalité des droits. Mais avant de parler du mariage, il faudrait plutôt s’attarder sur l’homoparentalité. A mon sens, c’est plus urgent. Il faut donner un cadre juridique à ces 200.000 enfants et à ces 100.000 familles déjà existantes.
Finalement, Jean-Luc Romero, votre bilan est plus qu’honorable. C’est un destin de rêve que vous avez… De rêve ? J’ai perdu mon premier amour du sida. Cela fait dix-neuf ans que je suis séropositif. J’ai été marginalisé après un outing digne d’une méthode de Vichy. Je suis conspué par une partie de la presse gay. Je vis seul aujourd’hui. Alors non, mon destin n’est pas comme dans un rêve : c’est une vie ordinaire faite de joies et de peines. Maintenant, j’ai de nouveaux combats et puis j’aime la vie. Après, je pourrai rentrer dans la mort les yeux ouverts. Avant cela, je veux faire honneur à ma devise : "L’avenir dure toujours !". |
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