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JIL CAPLAN - ON THE ROAD AGAIN |
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Interview : Cédric Chaory |
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Comme elle nous revient, Jil Caplan ! L’air de rien, avec ses ballades dignes d’un road movie en plein cœur du Texas. "Comme elle vient", huitième album studio de la belle, est une pépite de soleil. La bande sonore parfaite d’une virée sur les routes de l’automne… Rencontre avec une artiste en état de grâce.
"Comme elle vient" sonne votre retour quatre
ans après le très sombre "Toute Crue". Solaire, légère et
enjouée, vous nous revenez aussi lumineuse qu’à vos débuts. Vous
êtes-vous décidée à prendre la vie comme elle vient ? C’est incroyable, beaucoup d’amis me le disent. J’ai
revu le clip de "Tout ce qui nous sépare" dans un bar, et j’ai
remarqué aussi que j’ai toujours le même visage, les mêmes expressions
qu'à cette époque. J’avais égaré tout cela à un moment. Mais de
nouveau le soleil passe à travers moi. J’ai comme l’impression qu’on
a passé sur moi du produit à vitres. "Comme elle vient" traduit
cet état d’esprit : le plaisir et l’enchantement. A l’écoute de l’album, on revoit les images de
Marilyn jouant tour à tour du banjo dans "Certains l’aiment
chaud" ou dans "Les Désaxés"… C’est la Jil cinéphile
qui parle ? C’est un beau compliment, elle est tellement
géniale. Son image forte a marqué la mémoire et l’imaginaire collectif.
Elle a inspiré quelques chansons de l’album… Les fantasmes qu’elle
incarnait nous ont inspirés, JC Urbain (ancien des Innocents) et moi-même.
En aucun cas nous n’avons voulu copier ou se substituer, juste
retranscrire ce qu’exprime Marilyn, ce qui nous touche. Croyez-moi, c’est
très dur de ressortir cet imaginaire si fort et délicat à manier. |
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On avait la fille de l’Est avec Patricia Kaas, on a la fille de l’Ouest avec vous : amoureuse des USA, du banjo et du western ? Ce pays renvoie à des choses oniriques. Enfant, ma mère m’emmenait au cinéma voir toutes les productions hollywoodiennes, dont beaucoup de music-hall et de westerns. Elle vénérait les USA depuis que les GI’s avaient sauvé la France. Et puis ce pays est tellement photogénique, comme Paris d’ailleurs mais dans un registre différent. J’ai visité les Etats-Unis au volant d’une Buick. J’ai tout traversé. La réalité sociale et politique y est pourtant loin du mythe, mais j’aime cet esprit rock et Be Yourself qui s’y dégage.
Les médias vous avaient rangée un peu trop vite dans les stars eighties, entre Jeanne Mas et Julie Piétri, occultant totalement votre univers et vos arrangements pop délicats. Quel regard portez-vous sur votre carrière ? On met toujours tout le monde dans le même panier. A l’époque où Jeanne Mas était l’icône des variétés, mes sons étaient différents de la pop du moment. Ces comparaisons et amalgames m’énervent (j’ai toujours suivi mes choix personnels). Je n’aurais jamais pu faire n’importe quoi et n’importe comment : Jay Alansky, le mentor de mes débuts, possédait une culture musicale à toute épreuve. Il m’a ouverte à beaucoup d’univers sonores. Je n’étais pas une poupée qui chante. Avec cet album, en tous les cas, je retrouve ce plaisir infini de chanter qui m’habitait à cette période. |
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Jay Alansky, la bande des Zinnos, Mirwais, la crème de la pop française vous a entourée depuis vos débuts. Vous êtes la charmeuse des mélodistes ? Je les aime. Ils ont été à l’école anglaise et on n’en a pas beaucoup de song writers comme cela en France. L’amour de la chanson française qu’il possède me fait penser à tous ces "Grands" que sont Brel, Brassens, et tant d’autres… Que du lourd… Mais j’ajoute à cette liste non exhaustive, Michel Berger, Daniel Guichard, et Claude François même… Le culte de la bonne musique populaire est important. A quoi bon être une artiste branchouille écoutée uniquement par 5000 personnes. Je préfère passer sur RFM que Nova, même si cela me tentait à l’époque de mon précédent album "Toute Crue". |
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Vous dites que "la musique doit être liée au mystère, au tourment". On est loin du business sans pitié des maisons de disques et de leur conception de la musique (qui ne vous ont jamais ratée). Que vous inspirent les secousses que l’industrie du disque est en train de vivre (Star'Ac, peer-to-peer…) ? Ah la télé-réalité ! Passer dans la petite lucarne est devenu la croix et la bannière car les Star’Ac et autres trustent un peu les programmes. Et Bénabar dans tout ça ? Il vend des milliers d’albums et on ne le voit pas à l’écran. Quant au peer-to-peer, il ne me dérange pas car je télécharge mais uniquement des bootlegs, des titres non distribués ou non commercialisés. Je pense qu’on devrait pouvoir télécharger des vieux titres, ou qu’un titre, passé 5 ans, puisse être écouté librement. Bref du téléchargement intelligent. Je comprends aussi le public qui se sent aussi dépouillé face aux pauvres productions marketées du moment et ne veut plus rien dépenser. Mais il faut savoir que certains albums sont des perles, qui, pour 20 euros à tout casser, peuvent vous suivre toute une vie. Moi, ma Madeleine de Proust c’est U2. Leur premier album me replonge dans mon adolescence.
Une des manœuvres de votre maison de disques a été de lancer un "Best Of", subtilement appelé "Jour de Fêtes". Pourquoi un tel dénigrement de votre part ? Je déteste la pochette, mais c’est surtout ce côté paresseux et facile de produire des disques qui m’agace. Certes, il y a tous les singles mais on ne trouve pas mes inédits comme les reprises de Polnareff ou de chansons de cinéma que j’ai interprétée s. J’aurais aimé retrouver les faces B. Ce sera une prochaine fois.
A la rentrée, vous nous revenez sur scène. La vie risque d’être western sur la route. Pas trop traqueuse ? La scène est un moment spécial. Il y a beaucoup de questions qui surviennent. Vais-je être bonne ? Le public sera-t-il heureux ? Tout est lié au moment, à l’état dans lequel nous sommes ensemble, le public et l’artiste. J’adore cet aboutissement d’humeur. Tout est possible et ça, c’est beau !
Un petit mot pour votre public gay ? Merci de votre fidélité et de votre goût si prononcé pour l’image. J’ai remarqué dans vos mails que vous portez un grand intérêt au paraître, et ce n’est pas péjoratif. Pendant longtemps je me suis renfermé dans une imagerie très sombre. Je me suis éteinte en quelque sorte. Là, je me veux plus solaire et lumineuse. Et c’est tant mieux, même si la pochette me semble encore "image calendrier", moi j’aurais souhaité un esprit un peu plus power-flower ! |
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