Courriers des lecteurs Lettre Ouverte N°67
Septembre/Octobre 2004

J’envisage d’ouvrir un salon de massages pour hommes. 
Cette activité est-elle autorisée ?

Xavier >>> Dépt 69 Réf 01/67

Je ne sais si vous pourrez me renseigner, car ma demande n’est pas habituelle. Cela fait plusieurs années que je pratique le massage. Au départ sur des amis et connaissances, puis par la suite j’ai proposé mes services par petites annonces. Je pense avoir acquis la maîtrise nécessaire pour pratiquer cette activité en tant que professionnel. Aujourd’hui j’envisage de créer un salon de massages pour hommes. Pouvez-vous me dire si cela est autorisé en France et quelles sont les formalités à accomplir ? Merci par avance pour votre aide, votre sérieux et bonne continuation à vous tous.

 

Réponse de Lettre Ouverte : Votre question est intéressante car nous recevons régulièrement des annonces de personnes qui pratiquent le massage et qui ignorent la réglementation.

Sachez que les annonces que vous faites paraître sur divers supports sont illégales et donc condamnables, comme d’ailleurs la plupart de celles qui proposent des massages et que l’on peut découvrir en parcourant de nombreux magazines.

Avant d’aller plus loin, il faut savoir que cette profession est réglementée. Tout comme pour ouvrir un salon de coiffure où vous devez être titulaire d’un CAP de coiffure, vous devrez être titulaire d’un Brevet Professionnel ou CAP d’esthétique pour ouvrir un institut de beauté. Si vous n’avez pas ce diplôme, vous serez dans l’obligation d’employer une personne le possédant.

En France, le terme de massage était réservé aux "kinés", mais depuis juin 2000, le décret de compétence des kinésithérapeutes ne leur réserve que l'exclusivité des massages thérapeutiques.

Vous pouvez donc exercer cette activité et vous rentrerez dans la catégorie des instituts de beauté. Première démarche, prendre contact avec la chambre des métiers de votre ville.

Mais avant tout, je ne peux que vous conseiller vous renseigner auprès de la Fédération d’Esthétique qui vous apportera une information beaucoup plus complète (05.46.41.69.79).

Un acte minable et lâche

Benoit >>> Dépt 31 Réf 02/67

Il y a quelques mois, j’ai posé pour une publicité gay. Celle-ci a été publiée à diverses reprises dans les magazines, mais j’étais loin de me douter de ce qui allait m’arriver.

Ma surprise fut de taille, lorsqu’un exemplaire d’un des magazines, sur lequel on pouvait me voir, a été expédié à mes parents avec un petit mot d’injures à mon égard.

J’ai 21 ans, mes parents n’étaient pas au courant de mon homosexualité. La panique m’a envahi lorsque ma mère m’a téléphoné pour me demander des explications.

Les relations avec mes parents furent tout de même assez tendues durant quelques temps, mais en fin de compte, après une longue discussion, tout s’est arrangé. Au final, je suis franchement content, car depuis je me sens mieux, je n’ai plus rien à cacher. Ils m’acceptent tel que je suis et j’avoue que je suis très étonné et heureux de leur comportement. J’en arrive même à regretter de ne pas avoir moi-même, et surtout plus tôt, parlé de mon orientation. Je ne saurai peut-être jamais qui a envoyé ce courrier à mes parents, sûrement quelqu’un qui ne m’apprécie pas.

Je crois que si j’avais été plus honnête envers mes parents ça m’aurait évité tout problème.

 

Réponse de Lettre Ouverte : Je trouve que vous n’êtes ni méchant et ni rancunier vis-à-vis de cette personne qui vous a "outé". Ce sont des choses qui arrivent malheureusement, souvent par jalousie. C’est un acte minable et lâche. Je ne crois pas que la personne stupide qui agit de la sorte soit apte à mesurer la gravité de son acte. Tout finit bien pour vous et j’en suis ravi, mais parfois de tels agissements peuvent plonger des personnes fragiles dans une dépression grave pouvant mener jusqu’au suicide ou bien encore la mise à la porte du domicile familial.

Que l’on se pacse, que l’on se marie, tant mieux

Henri >>> Dépt 26 Réf 03/67

Bonjour. Je voudrais répondre à Patrick Cardon sur la question que vous avez posée (Forum des lecteurs, Lettre Ouverte n°66). Une fois n'est pas coutume, je prendrai la défense de Mme Aubry, personne détestable par ailleurs. Mais vous lui faites un mauvais procès, cher Patrick, d'abord en l'attaquant sur ses difficultés personnelles à se marier (on ne voit pas ce que cela apporte au débat sur le mariage homo), ensuite en faisant des amalgames choquants entre l'apartheid d'Afrique du Sud, le vote des femmes en France et... "l'âme des femmes" dans l'Eglise catholique. On ne peut comparer en effet une procédure d'exclusion violente des Noirs hors de la société civile, comme elle se pratiqua en Afrique du Sud, et le sort fait aux femmes par le code Napoléon en France ; ce sont bien des injustices, mais pas de la même nature, pas dans les mêmes objectifs, et différentes quant à leurs méthodes ! Ensuite, la vieille lune de "l'âme des femmes" dans l'Eglise est un résidu de propagande antichrétienne, un mensonge de la vieille école laïque de 1905 sans aucune réalité historique. Voyez là-dessus le petit livre de Régine Pernoud "Pour en finir avec le Moyen-Age." Si pour l'Eglise ancienne les femmes avaient été des animaux sans âme, on ne comprendrait pas la place faite à Marie et aux saintes dans sa tradition la plus antique. Les sujets du Pacs et du mariage homosexuel sont trop sérieux pour qu'on utilise de tels arguments peu honnêtes que sont l'amalgame et l'attaque personnelle. Sur le fond, je crois en plus que Mme Aubry a raison à propos des besoins éducatifs de l'enfant. Ce n'est pas attaquer les droits des citoyens homosexuels que de rappeler qu'il existe deux sexes, et que chaque sexe a sa fonction dans la procréation et l'éducation d'un enfant humain. C'est ainsi, nous n'y pouvons rien. Nous pouvons désirer que ce soit autrement, mais dans ce cas notre désir se heurte à la réalité ! Je voudrais, moi aussi, que le sida n'eût pas existé et que beaucoup de mes amis soient encore en vie, mais la mort existe, elle aussi, que je le veuille ou non, et elle constitue une atteinte à mes droits fondamentaux. Eh bien, il en va de même pour la procréation et l'éducation de l'enfant : il a besoin d'un père et d'une mère, que je le veuille ou non. Si le hasard le prive de l'un ou de l'autre, c'est un malheur pour lui. Mais si nous décidons, parce que ça nous arrange, de le priver de son père ou de sa mère pour notre commodité personnelle, notre plaisir, nos droits de citoyens ou que sais-je, alors nous faisons passer nos droits d'adultes devant ses droits d'enfant. Au nom de notre homosexualité, nous le priverons d'une dimension essentielle de la vie, qu'il ne peut pas revendiquer pour lui-même comme nous faisons pour la nôtre. Que l'on se pacse, que l'on se marie, tant mieux. Certains y trouvent une satisfaction, c'est bien pour eux. Que cette facilité de vie ne nous enivre pas au point d'oublier que tout le monde n'a pas vocation à vivre comme nous et selon nos valeurs ! Amicalement Henri

Demain je me marie

Tanirt >>> Dépt 30 Réf 04/67

J’ai vécu plusieurs années en France, pays des libertés. Je prépare mes valises et je retourne au pays, le Maroc. Vous ne pouvez pas imaginer comme vous avez de la chance, car chez nous l’homosexualité, même si elle est pratiquée couramment entre jeunes, reste sanctionnable aux yeux de tout le monde et principalement des autorités. Alors je rentre la tête basse car je sais ce qui m’attend à mon retour. J’ai 26 ans et là-bas, il n’est pas question de vivre mon homosexualité librement.

Alors je vais me marier, mentir à ma future femme, à toute ma famille, à mes amis, à mes collègues de travail. Je vais avoir des enfants, une vie que je n’aurai pas choisie, une vie que l’on m’aura imposée. Ai-je vraiment le choix ? Mes études sont terminées, tout était programmé d’avance, je savais que je devrais revenir au "bled" et pourtant durant ces années j’ai essayé de ne pas penser à ce moment-là, le moment où je devrais dire adieu à tout ce que j’ai vécu, à tous ceux que j’ai connus et parfois aimés, durant ces quelques années en France. Votre pays est magnifique, je garderai un souvenir indélébile jusqu’au dernier jour de ma vie. Je tenais simplement à vous le dire.

 

Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, Jacques Chirac et Noël Mamère répondent
à la lettre ouverte de Jonathan Denis sur la question homosexuelle.

Réactions des politiques >>> Réf 05/67

Suite à la lettre ouverte au Président de la République sur la question homosexuelle -rédigée par Jonathan Denis en mai dernier et envoyée à l’ensemble de la classe politique- les premières réactions sont parvenues.

Alain Juppé, Président de l’UMP, a fait savoir dans un courrier adressé à Jonathan Denis, que "l’UMP lutte avec force contre l’homophobie, qui doit être combattue au même titre que toute les formes de discriminations". Il a en outre souligné que la décision de Noël Mamère, maire de Bègles, de marier un couple homosexuel était "contraire à la loi [... ) et que la cour de cassation, la cour de Justice des communautés européennes et la cour européenne des droits de l'homme considéraient que le mariage vise l'union de deux personnes de sexe biologique différent".

M Juppé a rappelé, tout de même, qu'il était necessaire "de lancer un vrai débat sur la question de l'union des couples homosexuels et d'étudier les possibilités d'améliorer le PACS afin que les couples pacsès puissent disposer des mêmes avantages patrimo, iaux que les couples maries".

Jean-Pierre Raffarin ne s'est pas exprimé explicitement sur ce courrier. il a simplement fait savoir par la voix de son cabinet - dans une correspondance électronique à Jonathan Denis qu'il était "attentif à ses propos".

Jacques Chirac, par l'intermédiaire de son conseiller technique chargé des affaires sociales, a confirmé - dans un courrier personnel adressé à Jonathan Denis - le besoin "de condamner très durmement toutes les discriminations" et s'est engagé "a faire progresser dans notre pays le respect de l'autre".

Il explique aussi son choix de lutter contre l'homophobie par "le lien préoccupant entre homosexualité et suicide". Il assure ainsi "que notre société doit savoir mieux écouter ces jeunes et les comprendre".

Enfin, le chef de l’Etat se dit "naturellement ouvert a un débat rèflèchi et serein sur la question du mariage entre personnes du même sexe" et rappelle "qu'il est favorable à ce que les modifications nécessaires soit apportées a l'actuelle législation du PACS afin de pallier ses insuffisances".

Seul homme de sensibilité de gauche à avoir réagi à la lettre de Jonathan Denis, M. Noël Mamère a approuvé, au cours d'un bref entretien avec M. Denis, "les convictions et les gestes" de ce dernier et a assuré de tout son soutien l'action mené par le jeune parisien.

Jonathan Denis a, lui-même, manifesté son vif soutien à l'égard des actions du maire de Bègles.

Vos générations se réveillent et nous éveillent !

Gérard Santi >>> Dépt 34 Réf 06/67

Réponse à Jonathan Denis (LO 04/66)

Jonathan, merci. Je t’écris en tant qu’homme et artiste. Ta lettre au Président de la République m’a réchauffé le cœur et l’espoir. Vos générations se réveillent et nous éveillent !

Je lis souvent Lettre Ouverte, c’est la seule revue "gay" qui semble être dans un "engagement" de parole et de vie. Ta lettre m’a ému, car c’est d’abord un homme positionné et adulte qui parle. Cet homme parle ensuite de son état, de sa sexualité, de sa souffrance, de son opposition, de sa place en tant que citoyen (électeur et contribuable).

Peut-être, (je dis peut-être) que si les hommes de nature homo décidaient une bonne fois pour toutes de se positionner en tant qu’homme, notre place et notre force dans la société seraient grandes.

J’aime la parole de Jonathan car je peux m’identifier, même si nos âges sont différents, même si nos préoccupations ne sont pas les mêmes, je pense me battre pour et avec lui dans une même parole et un avenir meilleur. Merci et bravo, je t’embrasse et serais heureux de te connaître.

 Réagissez à ces courriers

Retour sommaire