"Les Français veulent entendre d'autres sujets tels que
l'accès au logement ou à l'emploi et la construction d'une
Europe sociale". Les mots sont de Laurent Fabius, invité le
dimanche 16 mai au JT de 20 heures sur TF1.
La citation fait référence aux propos homophobes, à la
question du mariage homosexuel et à celle de l'homoparentalité.
D'autres sujets sont donc plus importants que ces derniers cités
? J'en conviens avec Monsieur Fabius et avec une majorité
écrasante de la classe politique. Mais moi ? Mais eux ? Mais nous
? Que sommes-nous ?
Oui, je suis homosexuel et alors ?
J'ai 20 ans, des rêves dans la vie, un travail qui me permet
de vivre, de payer des impôts et autres taxes étatiques.
J'ai 20 ans, des rêves dans la vie, un homme que j'aime et qui
m'aime.
J'ai 20 ans, des rêves dans la vie… mais mes rêves, mes
volontés ne sont pas celles que veulent entendre les dirigeants
de notre pays.
Monsieur Fabius réagissait par la suite à la montée de
l'antisémitisme en France et appelait à la "communion"
et aux "condamnations de ces actes". Mais l'homophobie,
la lesbophobie, la transphobie ? On s'en fout. C'est le mot
d'ordre de la politique.
J'ai 20 ans et mon rêve au-delà de me marier avec mon petit
ami, au-delà d'adopter un orphelin pour lui apporter l'amour
familial, c'est vivre.
C'est triste à 20 ans, dans un pays industrialisé, qui se
vante de son hypocrite " Liberté, Egalité, Fraternité
", d'avoir comme rêve de vivre heureux, sans grincements de
dents, sans rires moqueurs sur son passage, sans discriminations
professionnelles, sans tueries en tout genre.
Monsieur le Président de la République, je ne suis donc rien
dans cette société à qui je rends des services, pour qui je
travaille mes devoirs. Mais quels sont mes droits, Monsieur Chirac
?
Vous me considérez, vous, votre gouvernement, l'opposition,
comme un sous-citoyen, pire comme un sous-humain. Car, Monsieur le
Président, le débat est bel et bien là !
Nous, homosexuel(le)s sommes exclu(e)s de votre société, de
votre république faussement fraternelle. C'est indéniable que
l'antisémitisme et le racisme sont à combattre. Mais
rappelez-vous, sous Hitler, 2 millions d'homosexuels, tristement
porteurs du "triangle rose" sont morts pour leur
"différence".
Aujourd'hui la France s'engage à condamner les discriminations
mais je ne crois plus à vos sornettes. Bas les mots, place aux
actes !
Dans mon précédent livre ("Le Reflet d'une ombre :
Confessions d'un jeune homo" aux éditions Publibook), je
m'insurgeais contre ces "Gay Prides" délurées et
inadaptées mais en cette année 2004, je serai au premier rang de
toutes pour vous dire " non ". Non à votre politique,
non à votre vision sociétale, non à votre écoute sociale, non
à vos mensonges et à vos miroirs aux alouettes. J'ai voté pour
vous en 2002, j'ai effectué mon travail de citoyen, mais vous me
remettez en place en m'assurant que je ne suis pas un citoyen
comme les autres. Vous me rappelez que je dois être anormal,
malade ou diabolique comme l'a expliqué le pasteur Léonard
Gendron dans les tribunes de "Libération" le 12 mars
dernier.
Monsieur le Président, il y a cinq années, je pleurais devant
les pancartes de Madame Boutin et de votre Ministre de la Culture,
quand ceux-ci scandaient "les pédés aux bûchers" et
"pas de neveux pour les tantouzes".
En tant que secrétaire de l'association "Contact-Lyon",
j'ai pu voir, écouter, comprendre des jeunes homosexuel(le)s qui
voulaient mettre fin à leur vie car ils pensaient qu’être gay
c'était finir triste " ! Vous pouviez être honteux.
Porteur de la carte de membre de l'UMP, administrateur de
l'association "Contact-Lyon", jeune "sorti du
placard" et brandissant un message d'espoir dans l'émission
"Demain tous" sur M6, auteur de 2 livres sur
l'homosexualité, je pleure votre manque d'écoute, d'attention,
de respect et d'humanisme envers ce qui est appelé "la
communauté homosexuelle".
Vous avez perdu Paris en 2001 à cause du vote gay, vous avez
laissé tomber Jean-Luc Romero après son scandaleux "outing",
vous n'avez pas réagi lors des débats "anti-pacs" et
aujourd'hui vous faites le fier en pensant qu'après le vote
sanction des dernières Régionales, vous pouvez encore vous
permettre de ne pas écouter les préoccupations du peuple, de
votre chère "France d'en bas".
Mais, bien évidemment, vous n'êtes pas le seul. Les
socialistes démagos s'en donnent aussi à cœur joie, Madame Ségolène
Royal en chef de file qui pense encore que la pornographie est la
cause d'inceste, de viols et de barbaries en famille. Mais vous,
énarques reconnus, savez-vous vraiment quelles sont les
préoccupations des citoyens français, de ceux d'en haut ou d'en
bas, ou même de ceux qui à vos yeux n'existent pas ?
Monsieur le Président, c'est une révolution qu'il faut faire
!
Je ne veux plus pleurer (cela aurait pu me faire rire) en
écoutant les dirigeants politiques condamner les propos
homophobes alors qu'ils en font, eux-mêmes, dans leurs discours
à la limite de la réalité.
Je ne veux plus pleurer (cela aurait pu me dégoûter) en
entendant que la question de droits pour les homosexuel(le)s n'est
pas une question importante, voire existentielle. Car la question
est bien là Monsieur le Président. Vous me privez de mes droits,
vous reconnaissez que je n'en ai pas, vous confirmez, malgré
vous, que je ne suis pas un citoyen doué de droits et de devoirs,
mais bien seulement un pion social répondant civiquement, à mes
obligatoires devoirs.
Dès aujourd'hui, je veux faire entendre la voix d'une
minorité qui a mal, qui souffre de vos hypocrites discours, qui
court après un rêve social et égalitaire.
Dès aujourd'hui, je veux faire entendre ma voix, pour que le
débat soit revu à sa juste valeur, sans attente, sans repousse
dans le temps, sans soi-disant "il y a plus important à
faire et à voir".
Dès aujourd'hui, je veux faire entendre ma voix auprès des
médias qui le voudront pour replacer, relancer, mettre en
lumière cette hypocrisie politique qui sévit dans les rangs de
la majorité et de l'oppositon. Cette lettre ouverte sera
adressée aux associations homosexuelles, aux médias, aux
responsables politiques.
Si ma voix ne saurait vous interpeller, je ferai de mon nouveau
devoir, de vous rappeler les faits historiques qui font
qu'aujourd'hui je suis encore, à vos yeux, un citoyen anormal. En
1981, François Mitterand affirmait que l'homosexualité devait
cesser d'être un délit. En 1983 (année de ma naissance),
l'homosexualité n'était plus considérée comme une maladie
mentale. En 2004, j'affirme que tout cela n'est que faux-semblant,
n'est qu'une hypocrisie électorale.
Par cette lettre ouverte, Monsieur le Président de la
République Française, je vous demande de prendre en compte mes
considérations et de me permettre de les affirmer sur la place
publique et médiatique. Je vous demande, Monsieur Chirac, la
possibilité de m'exprimer face à votre gouvernement, face à
vous-même.
Par cette lettre ouverte, j'espère ne pas avoir à cracher un
jour sur la République et que la devise à laquelle je ne crois
plus ("Liberté, Egalité, Fraternité") ne sera plus un
rêve mais bien une réalité. Je finirai, Monsieur le Président,
en vous expliquant que le rêve que j'avais fait était de ne
jamais avoir à vous écrire une telle lettre mais la réalité
m'y oblige. J'ai fait un rêve … celui que vous m'entendiez.
Dans l'attente d'une réponse de votre part, je vous prie,
Monsieur le Président, de croire en mes sentiments les plus
respectueux.