Courriers des lecteurs Lettre Ouverte N°66
Juillet/Août 2004

Réponse au courrier d’Hubert. 

David >>> Dépt 69 Réf 01/66

Que faut-il comprendre dans ce courrier ? Pourquoi les gays s'attendraient-ils à se voir accorder des droits en refusant de participer à la vie de la cité de manière plus révolutionnaire, plus engagée ? Il est vrai que les actuelles associations homos ne font que manifester dans nos rues et ne portent rien de très significatif dans l'idée d'un combat politique pour plus de droits accordés aux gays. Si nous voulons plus de droits, il nous appartient de créer un élan nouveau, de nouvelles valeurs.

 

"... La loi protège les étrangers en condamnant les propos racistes et antisémites mais les droits des homos semblent moins importants ..." Mais n'oublions pas que les groupes concernés se battent, se prononcent ouvertement. Leurs propositions sont cohérentes, porteuses d'espoirs. Et les gays ? Que font-ils ? Sauf peut-être de manifester leur différence alors que pour beaucoup nous n'attendons que de connaître un sentiment réel d'indifférence, qu'il n'y ait plus de multiples visions selon l'appartenance sexuelle, culturelle de tel individu ou de tel autre ... Etre Homme ou Femme. Sans plus.

Il ne faut pas attendre que les politiques actuels et futurs soient porteurs d'un nouveau message. Le politique n'est plus apte à se projeter vers l'avenir, il n'est qu'un valet des grandes firmes industrielles et se fiche de la destinée de ses concitoyens.

 

"... l’église exerce une pression toujours trop importante ..." L'Eglise, la Mosquée, la Synagogue ... De fait, toutes les religions sont une entrave au bonheur de l'Homme. Lyon, en la matière, tient une position désastreuse. Les cathos, ou de ceux que je nomme chrétiens sionistes, ruinent nos aspirations au bonheur. Mais là aussi, personne ne dit rien. De ces Eglises qui condamnent les gays et qui abritent des légions de prêtres pédophiles ... Crise des Valeurs ? Valeurs républicaines, radicalement laïques. Et, il serait parfois utile de rappeler aux corbeaux noirs que la Terre de France est consacrée aux seuls principes laïcs. Aurait-on mal fait la révolution de 1789 ?

 

"Les gouvernements se suivent et se ressemblent". Evidemment. Il faut admettre une évidence. Il n'y a plus de partis de droite comme de partis de gauche. Pour les uns, le libéralisme est moteur de leurs engagements et pour les autres, socialistes, ils se livrent depuis longtemps à ces mêmes principes mortels . Jacques Delors en étant certainement la figure de proue ainsi que Lamy, son chef de Cabinet, de celui-là même qui n'est pas l'ami du peuple ...

 

"Des manifestations ont été organisées dans plusieurs grandes villes de France et ont connu un succès mitigé. J’étais présent à celle de Lyon et le constat que j’ai pu en tirer est que les centaines de gays et lesbiennes qui paradent lors de la Gay Pride de notre ville n’étaient pas présentes ce jour-là." C'est un fait, mais rares sont celles et ceux qui souhaitent s'engager réellement dans un combat. Néanmoins, un certain nombre de gays étaient présents lors du dépôt de gerbe place Bellecour, au monument aux morts. Et quelles furent les réactions de nos brillants anciens soldats ou résistants (sic) lorsqu'ils perçurent cette volonté d'honorer les homosexuels portés disparus dans les camps de concentration nazis ? On aurait presque pu penser qu'ils s'en foutaient. Trouvaient cela sans intérêt. Mais il est vrai que toutes les victimes ne bénéficient pas du même traitement de reconnaissance. Alors, lorsque des soldats de la SS lâchaient leurs chiens affamés sur des gays, en quelques camps de Pologne, nos chères têtes combattantes trouvent cela normal. Il est vrai que l'homosexuel est la bête noire de toutes les communautés. Je précise "résistants" en italique car lorsque ces fameux héros prirent d'assaut l'Hôtel de Ville de Lyon, en 44, plus aucun allemand n'était sur Lyon ... Aussi, ne vous attendez pas à être reconnu dans vos différences, ne nous espérons pas heureux par les politiques accordées à nos modes de vies. Nous ne parviendrons à gagner nos droits que lorsque l'on se sera mis au travail, affirmé. Aucun parti ne peut représenter nos aspirations. De ces mêmes partis qui, de toutes les manières, se fichent même des Français, des citoyens. Cela fait bien longtemps que le politique ne sert plus le Peuple, la Révolution de 1789 est bien loin, ses idéaux trahis.

 

"Au lieu de se mobiliser, le milieu gay brille par son absence" Mais, les gays comme les non-gays, ne mesurent plus le combat pour les idées. La crise est culturelle et pour beaucoup, nous ne sommes plus que des consommateurs orientés, nous ne nous engageons plus pour des valeurs supérieures ... "laissant à quelques militants associatifs la tâche de les représenter." Crise du combat mais aussi crise de la représentation ... S'ENGAGER, là est le problème. "Bien triste milieu ! " Le "milieu" gay seul n'est pas à dénoncer, c'est le Citoyen.

La croisière s'amuse ... version gay !

Jean-Marie >>> Dépt 34 Réf 02/66

Envolés les "a priori" que j'avais avant d'y participer...

Et oui, je viens vous raconter cette fabuleuse expérience unique et presque indescriptible que j'ai vécue avec un ami à bord d'une croisière gay. Moi qui pensais ne voir que des vieux, follasses, partouzes et m'ennuyer au possible ou y être hyper mal à l'aise... Que nenni et bien au contraire.

Nous voilà donc parti à Hawaï (via une escale de 3 jours à San Fransisco mémorable...) pour embarquer au port d'Honolulu entre Pearl Harbor et Waikiki Beach. Le paquebot, neuf et gigantesque «Norvégian Star», prend donc le large avec plus de 2200 gays (sorry, les filles) et près de 1000 membres d'équipage qui attendaient avec impatience cette fameuse croisière animée... Tu m'étonnes !!!

Très peu d'européens (uniquement 4 français !), beaucoup d'américains et quelques canadiens et australiens.

Non content de découvrir les 1001 merveilles des îles d'Hawaï; imaginez quand 2200 mecs descendent à terre sur une île perdue au fin fond du Pacifique et mettent le feu devant une tribu non civilisée de Fanny Island...

Chaleur ! Le mot est bien choisi... Car il faut dire que le feu ne s'est jamais éteint pendant 7 jours et 7 nuits (d'ailleurs quelle différence entre le jour et la nuit sur ce bateau ?).

Il y a tout sur ces croisières «Atlantis» en plus des excursions sur terre. 11 restaurants à thème dont un ouvert non-stop, 13 bars, des piscines avec de supers toboggans, des jacuzzis, sauna (no comment...), cinéma, Internet café, salle de gym, casino, des magasins, un vrai et immense théâtre avec chaque soir des shows dignes de Brodway, et bien sûr toute la journée des animations et des jeux... bref une vraie ville qui navigue sur l'eau répartie sur 14 étages (on oublie où l'on est).

Ce que je retiendrai le plus, ce sont ces incroyables soirées ou Tea Dances à thème à rendre jaloux tous nos directeurs et DJ's de nos chères discothèques. Chaque nuit des DJ's internationaux se relaient pour mettre une musique endiablée sur le dernier pont du navire et en plein ciel (Mardi Gras Party, Island Fever Party, Disco T Dance, White Party, Sexy Party, etc...). Le personnel de bord qui d'habitude gère des retraités est "frappé" lui aussi par cette frénésie dansante et s'y mélange gaiement...

Alors, même si tout cela reste soft en apparence, vous n'êtes pas à l'abri d'une soupe de langue et qui sait... les cabines sont spacieuses... à bon entendeur !

La moyenne d'âge est de 25 à 40 ans. Bien que son prix ne soit pas donné, je peux vous assurer que vous ne regretterez en rien cette aventure, et loin de toute idée reçue, j'espère vous avoir donné envie de vous «jeter à l'eau» à bord d'une croisière gay et qui sait, peut-être nous y retrouverons-nous, car c'est promis, j’y retournerai ! bises à tous.

J’agonise avec la même violence que lors de notre première séparation.

Laurent >>> Internet Réf 03/66

Je l'aime. Cinq ans se sont passés aujourd'hui. Bien sûr on a affronté des crises terribles, si terribles d'ailleurs que personne ne peut comprendre que je l'aime encore. Il est parti une quinzaine de fois pour un autre, mais pour finalement revenir à chaque fois, il m'a trompé, il m'a battu, mais s'est toujours excusé faisant valoir des remords insupportables. Je changerai hurlait-il entre deux sanglots, j'ai besoin de toi, jamais un autre n’a réussi à faire que je t’oublie.

Et moi je l'aime parce qu'il est plein de qualités, parce qu'il voudrait y arriver, parce que je l'aime. Hier l'histoire s'est répétée et moi, comme à chaque fois, j'ai le cœur arraché, pourtant il me manque, pourtant je l'aime mais je ne sais plus pourquoi. Aujourd'hui je suis un homme mort, à qui on a ôté 20 fois la vie, j'agonise avec la même violence que lors de notre première séparation, je voudrais m'en sortir mais je n'y arrive pas, tu es toujours là aussi présent. Comment peut-on faire autant de mal, je ne comprends plus, alors si tu m'aimes encore un peu, donne-moi le coup de grâce et ne reviens plus, j'ai trop souffert mais jamais je ne pourrai te dire non.

Lettre ouverte de Jonathan Denis à Monsieur Chirac sur la question homosexuelle.

Jonathan Denis >>> Dépt 69 Réf 04/66

"Les Français veulent entendre d'autres sujets tels que l'accès au logement ou à l'emploi et la construction d'une Europe sociale". Les mots sont de Laurent Fabius, invité le dimanche 16 mai au JT de 20 heures sur TF1.

La citation fait référence aux propos homophobes, à la question du mariage homosexuel et à celle de l'homoparentalité. D'autres sujets sont donc plus importants que ces derniers cités ? J'en conviens avec Monsieur Fabius et avec une majorité écrasante de la classe politique. Mais moi ? Mais eux ? Mais nous ? Que sommes-nous ?

Oui, je suis homosexuel et alors ?

J'ai 20 ans, des rêves dans la vie, un travail qui me permet de vivre, de payer des impôts et autres taxes étatiques.

J'ai 20 ans, des rêves dans la vie, un homme que j'aime et qui m'aime.

J'ai 20 ans, des rêves dans la vie… mais mes rêves, mes volontés ne sont pas celles que veulent entendre les dirigeants de notre pays.

Monsieur Fabius réagissait par la suite à la montée de l'antisémitisme en France et appelait à la "communion" et aux "condamnations de ces actes". Mais l'homophobie, la lesbophobie, la transphobie ? On s'en fout. C'est le mot d'ordre de la politique.

J'ai 20 ans et mon rêve au-delà de me marier avec mon petit ami, au-delà d'adopter un orphelin pour lui apporter l'amour familial, c'est vivre.

C'est triste à 20 ans, dans un pays industrialisé, qui se vante de son hypocrite " Liberté, Egalité, Fraternité ", d'avoir comme rêve de vivre heureux, sans grincements de dents, sans rires moqueurs sur son passage, sans discriminations professionnelles, sans tueries en tout genre.

Monsieur le Président de la République, je ne suis donc rien dans cette société à qui je rends des services, pour qui je travaille mes devoirs. Mais quels sont mes droits, Monsieur Chirac ?

Vous me considérez, vous, votre gouvernement, l'opposition, comme un sous-citoyen, pire comme un sous-humain. Car, Monsieur le Président, le débat est bel et bien là !

Nous, homosexuel(le)s sommes exclu(e)s de votre société, de votre république faussement fraternelle. C'est indéniable que l'antisémitisme et le racisme sont à combattre. Mais rappelez-vous, sous Hitler, 2 millions d'homosexuels, tristement porteurs du "triangle rose" sont morts pour leur "différence".

Aujourd'hui la France s'engage à condamner les discriminations mais je ne crois plus à vos sornettes. Bas les mots, place aux actes !

Dans mon précédent livre ("Le Reflet d'une ombre : Confessions d'un jeune homo" aux éditions Publibook), je m'insurgeais contre ces "Gay Prides" délurées et inadaptées mais en cette année 2004, je serai au premier rang de toutes pour vous dire " non ". Non à votre politique, non à votre vision sociétale, non à votre écoute sociale, non à vos mensonges et à vos miroirs aux alouettes. J'ai voté pour vous en 2002, j'ai effectué mon travail de citoyen, mais vous me remettez en place en m'assurant que je ne suis pas un citoyen comme les autres. Vous me rappelez que je dois être anormal, malade ou diabolique comme l'a expliqué le pasteur Léonard Gendron dans les tribunes de "Libération" le 12 mars dernier.

Monsieur le Président, il y a cinq années, je pleurais devant les pancartes de Madame Boutin et de votre Ministre de la Culture, quand ceux-ci scandaient "les pédés aux bûchers" et "pas de neveux pour les tantouzes".

En tant que secrétaire de l'association "Contact-Lyon", j'ai pu voir, écouter, comprendre des jeunes homosexuel(le)s qui voulaient mettre fin à leur vie car ils pensaient qu’être gay c'était finir triste " ! Vous pouviez être honteux.

Porteur de la carte de membre de l'UMP, administrateur de l'association "Contact-Lyon", jeune "sorti du placard" et brandissant un message d'espoir dans l'émission "Demain tous" sur M6, auteur de 2 livres sur l'homosexualité, je pleure votre manque d'écoute, d'attention, de respect et d'humanisme envers ce qui est appelé "la communauté homosexuelle".

Vous avez perdu Paris en 2001 à cause du vote gay, vous avez laissé tomber Jean-Luc Romero après son scandaleux "outing", vous n'avez pas réagi lors des débats "anti-pacs" et aujourd'hui vous faites le fier en pensant qu'après le vote sanction des dernières Régionales, vous pouvez encore vous permettre de ne pas écouter les préoccupations du peuple, de votre chère "France d'en bas".

Mais, bien évidemment, vous n'êtes pas le seul. Les socialistes démagos s'en donnent aussi à cœur joie, Madame Ségolène Royal en chef de file qui pense encore que la pornographie est la cause d'inceste, de viols et de barbaries en famille. Mais vous, énarques reconnus, savez-vous vraiment quelles sont les préoccupations des citoyens français, de ceux d'en haut ou d'en bas, ou même de ceux qui à vos yeux n'existent pas ?

Monsieur le Président, c'est une révolution qu'il faut faire !

Je ne veux plus pleurer (cela aurait pu me faire rire) en écoutant les dirigeants politiques condamner les propos homophobes alors qu'ils en font, eux-mêmes, dans leurs discours à la limite de la réalité.

Je ne veux plus pleurer (cela aurait pu me dégoûter) en entendant que la question de droits pour les homosexuel(le)s n'est pas une question importante, voire existentielle. Car la question est bien là Monsieur le Président. Vous me privez de mes droits, vous reconnaissez que je n'en ai pas, vous confirmez, malgré vous, que je ne suis pas un citoyen doué de droits et de devoirs, mais bien seulement un pion social répondant civiquement, à mes obligatoires devoirs.

Dès aujourd'hui, je veux faire entendre la voix d'une minorité qui a mal, qui souffre de vos hypocrites discours, qui court après un rêve social et égalitaire.

Dès aujourd'hui, je veux faire entendre ma voix, pour que le débat soit revu à sa juste valeur, sans attente, sans repousse dans le temps, sans soi-disant "il y a plus important à faire et à voir".

Dès aujourd'hui, je veux faire entendre ma voix auprès des médias qui le voudront pour replacer, relancer, mettre en lumière cette hypocrisie politique qui sévit dans les rangs de la majorité et de l'oppositon. Cette lettre ouverte sera adressée aux associations homosexuelles, aux médias, aux responsables politiques.

Si ma voix ne saurait vous interpeller, je ferai de mon nouveau devoir, de vous rappeler les faits historiques qui font qu'aujourd'hui je suis encore, à vos yeux, un citoyen anormal. En 1981, François Mitterand affirmait que l'homosexualité devait cesser d'être un délit. En 1983 (année de ma naissance), l'homosexualité n'était plus considérée comme une maladie mentale. En 2004, j'affirme que tout cela n'est que faux-semblant, n'est qu'une hypocrisie électorale.

Par cette lettre ouverte, Monsieur le Président de la République Française, je vous demande de prendre en compte mes considérations et de me permettre de les affirmer sur la place publique et médiatique. Je vous demande, Monsieur Chirac, la possibilité de m'exprimer face à votre gouvernement, face à vous-même.

Par cette lettre ouverte, j'espère ne pas avoir à cracher un jour sur la République et que la devise à laquelle je ne crois plus ("Liberté, Egalité, Fraternité") ne sera plus un rêve mais bien une réalité. Je finirai, Monsieur le Président, en vous expliquant que le rêve que j'avais fait était de ne jamais avoir à vous écrire une telle lettre mais la réalité m'y oblige. J'ai fait un rêve … celui que vous m'entendiez.

Dans l'attente d'une réponse de votre part, je vous prie, Monsieur le Président, de croire en mes sentiments les plus respectueux.

 Réagissez à ces courriers

Retour sommaire