HEY MISTER DJ - KAREEM JUNIOR

Interview : Patrick Roulph. Photo : Bernard Mouillon

Dès son plus jeune âge, Kareem Junior est bercé par la musique Funky et Soûl des artistes de la Motown. Ses racines nord-africaines lui apportent un sens inné du rythme et c’est tout naturellement qu’il se dirige à l’âge adulte sur les dancefloors du monde entier. En clubber averti et passionné, il se lance en 2002 dans l’aventure DJ. En moins de six mois son talent se fait remarquer. DJ Kareem Junior se voit alors confier les platines des clubs les plus prestigieux de Paris comme le Queen, le VIP room, le Nirvana, le Red Light... et se produit à l’étranger. Son style musical énergique se caractérise par une House funky et tribale.

Tu parcours le monde, Amsterdam, Madrid, Los Angeles et plus récemment Milan avec chaque fois un public différent. As-tu noté une différence notoire quant à l’accueil ?

Aux Etats-Unis les goûts musicaux sont forcément différents de l’Europe.

Mais l’accueil que j’ai eu durant la White Party de Palm Spring en Californie, l’un des plus gros événements gay au monde, a été formidable car les Américains voyagent beaucoup et connaissent forcément la culture en Europe et tout ce que l’on peut y jouer. Ils sont très ouverts et accueillent mon travail à base de house funky, vocale et tribale favorablement. Quant au public européen, l’accueil est partout excellent, la house est devenue internationale, notamment dans le milieu gay où la même musique circule dans toutes les capitales européennes.

 

De quelle façon travailles-tu tes sets ? Improvises-tu beaucoup ?

Oui. Lorsque je prépare mes disques à emporter, j’en prévois beaucoup, le maximum, et je pars très souvent avec deux sacs. Je préfère avoir plus de disques et être libre de changer de direction suivant la réaction du public.

J’aime me sentir comme chez moi avec mes disques à disposition et changer quand il le faut. C’est pour moi une grande liberté.

 

Travailles-tu avec des vinyles ou des compacts ?

Exclusivement avec des vinyles. Mais je pense passer au CD, c’est vraiment moins lourd à transporter ! Mais il y a quand même un plaisir non comparable à jouer sur du vinyle.

 

Tu es très jeune sur la scène DJ et tu as déjà de nombreuses soirées à ton actif. As-tu analysé les raisons de ton succès ?

J’ai l’avantage d’être clubber depuis une bonne dizaine d’années. J’ai eu l’occasion de travailler longtemps et souvent dans le "milieu des nuits parisiennes" comme barman lors des soirées Scream à Paris par exemple, avec au bout du compte beaucoup de contacts. Notamment des personnes à qui j’ai pu présenter mon travail, ce qui m’a permis par la suite d’accéder aux platines. Bon ensuite il y a peut-être le talent qui permet de rester. Mais à la base, j’ai eu ces contacts, que n’ont peut-être pas les autres, et les choses se sont accélérées, notamment à l’étranger.

 

Penses-tu que ton physique a joué ?

Pour ce qui est de la scène gay, je pense oui. J’espère que ça ne tient pas qu’à ça. (Rires). Mais c’est vrai que travailler son image est devenu une chose incontournable; quel que soit le DJ, que ce soit dans le milieu gay ou pas. Et cela touche tous les milieux, regarde le milieu du football !

 

Dans le monde des DJ as-tu une référence ?

Je suis plutôt influencé par des DJ’s anglais comme Kid Creme, Junior Jack, Peace Division, Erick Morillo. Quatre DJ’s qui m’influencent pas mal.

 

Pour toi quelle doit être la qualité première d’un DJ ?

Savoir mettre le feu, savoir être fort. Avoir en tête que l’on travaille pour le plaisir des clubbers, que la soirée doit être unique, et enfin s’effacer derrière la musique. Le DJ ne doit pas être LA star de la soirée, il est là pour le public, faire de la bonne musique et mettre le feu !

 

Depuis une quinzaine d’années, les DJ’s mettent leur talent au service d’artistes, de chanteurs. Y’a-t-il des artistes pour lesquels tu aimerais travailler ?

C’est le cas avec D’Geyrald, pour lequel je vais remixer des titres de son prochain album. Avant d’être DJ, la production m’intéressait beaucoup, j’ai commencé à produire, à travailler sur des projets. Aux Etats-Unis j’ai rencontré une chanteuse de House, Pepper MaShay, une black qui a cartonné il y a cinq ans avec "Not much heaven". Nous avons un projet ensemble.

 

Quel est ton meilleur souvenir ?

Je pense à l’un de mes premiers sets, la première fois où j’ai joué pour un public. Filles et garçons sont venus me dire que c’était génial, qu’ils avaient passé un excellent moment. Avoir ce retour est vraiment touchant. C’est un moment unique.

 

Quels sont tes projets ?

Dès mon retour de Madrid où je me produis pour la Sundance, je consacre mon été à travailler sur la production. Je suis résident pour Work it, soirées gay qui se déroulent au V.I.P. à Paris. Quant à la rentrée, les choses vont se mettre en place cet été par rapport à tout ce travail de production.